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Note de l'auteur

Cette courte histoire fait partie de mon roman M/M historique, Dominus. Alors, presque tous les détails sont historiquement exacts et l’intrigue générale est liée aux grands évènements historiques et culturels en vigueur durant le règne de terreur de l’Empereur Trajan (98-117 après JC), l’histoire cependant, ainsi que les personnages principaux sont purement fictifs et le dialogue est délibérément moderne.

 

Cette courte nouvelle, Fragmentum 1 – Février se déroule quatre ans plus tôt que les évènements qui surviendront dans le premier livre qui sera publié début 2014. Le troisième livre sera un prequel qui explorera la vie de Gaius Fabius et d’Allerix avant la capture de ce dernier. Une version modifiée de ce chapitre sera ou ne sera peut-être pas incluse dans le prequel.

 

 

AVERTISSEMENT : Cette œuvre contient des scènes sexuellement explicites et un langage graphique qui peuvent être considérées comme offensantes pour certains lecteurs. Destinée à un public adulte uniquement. Elle n’est pas destinée à toute personne âgée de moins de 18 ans. S’il vous plaît, stockez vos fichiers dans un endroit où ils ne seront pas accessibles à un lecteur trop jeune.

L'auteur et l'illustrateur ont fait valoir leurs droits respectifs en vertu des droits d'auteur
Designs and Patents Acts 1988 (tel que modifié) pour être identifiés respectivement comme l'auteur de ce livre et l’illustrateur de l'œuvre.

Première publication en 2010
Cette deuxième édition a été publiée au Royaume-Uni © 2013
Janvier 2013
E-book Édition

 

SCENE 1

 

 

103 après JC, villa en bord de mer de Gaius Fabius à Compania

 

 

Passant ses doigts dans ses boucles auburn soyeuses, Gaius grogna de dégoût alors qu’il se penchait en arrière sur sa chaise. Après avoir frotté son visage, il releva les yeux vers le modèle de couronne de lauriers sculpté au plafond de son bureau.

— Termine, âne paresseux. Seulement deux…

Il jeta un coup d’œil sur son bureau.

— Il te reste encore trois tablettes à faire.

Examiner la liste des dépenses était une corvée ennuyeuse, mais il fallait le faire. Calculer le nombre de deniers qu’il fallait pour dix amphores d’huile d’olive, le nombre de pièces pour cinq sacs de lentilles. Et vérifier que tous les décomptes et paiements avaient été pointés et réglés. Garder un œil sur les comptes de la villa était de son devoir en tant que Dominus, sa responsabilité en tant que maître de maison. Il se damnerait s’il dilapidait sans vergogne son héritage durement gagné à cause de sa négligence.

Lorsqu’il se rassit, Gaius regarda le portrait sculpté de son père dans une haute alcôve du mur. Beaucoup de gens avaient autrefois considéré Quintus Fabius comme traître à Rome, et maintenant le sombre visage grimaçant de l’homme était immortalisé dans le marbre pour l’éternité. Contrairement à son père, Gaius Fabius Rufus avait survécu au règne meurtrier du tyran Domitian, seulement pour découvrir qu’il était le dernier membre vivant de l’illustre branche de l’ancien clan des Fabius. Il s’était lui-même résigné au fait que ses réalisations n’atteindraient jamais les hauts faits glorieux de ses vénérés ancêtres républicains. Le passé refusait d’être oublié.

Gaius grogna devant la tête.

— Oui, Quintus… Je remplis pleinement mes saloperies de fonctions. Cesse de me regarder fixement, vieux bâtard malchanceux.

Lorsqu’une forte rafale de vent souffla de l’océan, l’un des volets claqua contre le mur avec un bruit sonore. Dehors, le ciel était couvert et gris… une autre journée pluvieuse, de Février sur la côte sombre de Compania dans le sud de l’Italie. La pluie incessante du matin avait finalement cessé, remplacée par un brouillard glacial qui recouvrait maintenant la côte rocheuse.

Dans un coin de la salle, les flammes vacillantes d’un candélabre en bronze, recouvert de fleurs, embelli des ailes de la victoire, projetaient des ombres sur les murs ornés de fresques. Enveloppé dans un lourd manteau de laine, Gaius retournait une autre tablette de cire et levait son verre de vin chaud, lorsque l’un des gardes de la villa, un ancien mais fidèle soldat défiguré dénommé Varius se précipita dans le sanctuaire de son maître.

— Commandant Fabius, mes… mes plus sincères excuses. J’ai demandé au Seigneur Petronius d’attendre dans l’atrium, le temps de vous prévenir, mais…

— Ce n’est pas de la faute de ta sentinelle, Gaius. Tu sais mieux que quiconque quel incorrigible et impatient personnage je peux être.

Les mots, grognés par Lucius tranchaient dans l’air glacial.

— Par les dieux, où sont mes bonnes manières ? Salutations de Rome, Seigneur Commandant Fabius.

Alors que ses lèvres s’apprêtaient à se poser sur le bord de sa coupe de vin en argent, Gaius se figea au son familier de cette voix sexy. Il pouvait entendre l’affection. Il pouvait même imaginer le sourire effronté. Lentement et délibérément, il posa sa coupe sur le bureau, prit une profonde inspiration pour se recomposer une expression neutre et se retourna dans sa chaise.

— Eh bien, quelle surprise. Salutations, Lucius Petronius Celsus.

Gaius se leva et secoua les plis de son manteau de laine.

— Tu es excusé, Varius. Va dire au personnel de cuisine que nous avons un invité. Tu restes bien pour dîner, notre totalement inattendu Seigneur Conseiller ?

Appuyé contre le mur, près de la porte, les bras musclés repliés sur sa poitrine, Lucius attendit que Varius soit dans le couloir et hors de portée de voix.

— Je resterai aussi longtemps que tu voudras, ronronna-t-il avec un léger sourire en coin.

Faisant quelques centimètres de plus que Gaius, le large torse de Lucius était drapé dans un grand manteau à capuche. Ses cheveux raides, d’un noir de charbon étaient coupés plus courts que la dernière fois que Gaius l’avait vu, mais ses yeux bleu clair étaient toujours aussi acérés et plus enivrants que jamais. Merde, même à l’âge de trente-trois ans, Luc était toujours aussi magnifique, encore plus qu’il ne l’avait été lors de son retour d’Athènes, il y a de nombreuses années, lorsqu’ils étudiaient la philosophie, passant la plupart de leur temps à paresser dans un lit plutôt qu’à étudier leurs leçons. Lucius Petronius avait bien vieilli, comme un vin fin de Sabine.

— N’essaie pas de m’amadouer. Je suis énervé après toi et j’ai bien l’intention de le rester. Que fiches-tu ici de toutes façons ?

— Ton fou de frère a décidé qu’il voulait passer ses vacances à Neapolis, une fois les festivités de Lupercalia terminées. Tu dois être conscient, Gaius que ton absence durant ces fêtes a été dûment constatée par l’impératrice.

— J’emmerde Plotina.

— Euh… Non. Quoi qu’il en soit, comme je voulais te voir, j’ai demandé la permission de la cour pour accompagner l’entourage de Publius lors de son voyage et l’empereur me l’a accordée. Je dois admettre que notre petit Grec sait dénicher les meilleurs gîtes et auberges, la petite chatte gâtée.

— Publius est ici à Campania ? Puisse Neptune enfoncer son putain de trident dans mon œil ! Je vais bientôt recevoir des invitations à ses fêtes parfumées. « Gaius Fabius, s’il te plaît, accepte mon invitation à venir te pâmer sur mes dernières tentatives atroces de poèmes lyriques ». Cela va être fastidieux… mais je survivrai à la torture. Je n’ai pas vu mon imbécile de petit frère depuis un bon moment. Cela n’explique toujours pas pourquoi tu es ici cependant, Luc. Sauf bien sûr, si tu es le nouveau calamite[1]de Publius.

Lucius sourit largement et se mit à rire.

— À peine, Commandant. Je ne suis ni jeune, ni androgyne, ni grec. Hélas, il ne voudra jamais de moi. Je suis trop…

Lucius posa son avant-bras devant ses yeux, dans une tentative mélodramatique de feindre le chagrin.

— Je suis trop décrépit et trop romain pour notre princesse barbue.

— Conneries. Toi et moi savons tous les deux que Publius s’est langui de toi pendant des années, depuis que ta famille a assisté à ce dîner au palais après que nous soyons tous les deux rentrés d’Athènes. Et, si je me souviens bien, tu t’es amusé à mes frais en encourageant sans vergogne les tentatives flagrantes de ton frère de flirter.

Lucius Petronius Celsus était le meilleur ami de Gaius et son loyal confident, ensemble ils avaient navigué dans les eaux troubles du bourbier qu’était la politique à Rome. Chaque noble avait besoin de se trouver des associés en qui il pouvait avoir confiance afin de rester vivant. Luc était celui de Gaius, même si sa famille était d’origine plébéienne et qu’aucun de ses ancêtres ne pouvait rivaliser avec l’autorité que le sang bleu de Fabius lui conférait.

Et Lucius était également depuis longtemps l’amant secret de Gaius, ce qui était très pratique et très discret. Il y avait une loi archaïque qui interdisait les relations sexuelles entre hommes adultes libres. Le tyran avait utilisé cet ancien décret comme arme politique pour détruire la réputation d’un grand nombre de sénateurs romains de premier plan. Même si le despote était mort depuis sept ans, la crainte d’accusations pour comportement impudique restait palpable.

— J’ai peaufiné mon imitation de Publius. Laisse-moi te montrer.

Lucius se racla la gorge et prit une petite voix aigüe au lieu de sa voix basse et profonde.

— Je dois partir pour les vacances à Neapolis, Monseigneur Empereur et Père. Je suffoque tout simplement ici, dans notre petit palais impérial sordide !

Quand Lucius sauta sur le bureau en levant ses deux bras comme un danseur pour pimenter sa caricature et se cambra de la façon notoire dont Publius le faisait, Gaius ne put retenir son rire. Il n’avait pas autant ri depuis des mois.

— Toi… Toi, mon ami, tu aurais dû être acteur de théâtre, pour devenir un célèbre interprète avec une mauvaise réputation, plutôt qu’un avocat qui met en péril sa santé mentale pour poursuivre des mécréants sans scrupules.

— Je ne fais que jouer mon rôle dans la pantomime qu’est la vie, Gaius.

— Et qui se joue de moi, je suppose. Pourquoi es-tu ici, Luc ?

— Une lettre semblait trop impersonnelle. Je voulais m’excuser en personne, encore une fois, répondit Lucius, soufflant sur ses mains pour les réchauffer.

— Par tous les dieux… Tu as chevauché jusqu’ici sous cette pluie ? Tu es trempé. Tu devrais retirer ces vêtements humides.

— C’est la meilleure offre que l’on m’ait faite depuis longtemps, chéri.

Lucius se mit à rire, alors que ses dents commençaient à claquer. Il s’approcha de Gaius et passa ses bras autour de sa taille.

— Tu me déshabilles toi-même, soldat ?

— Atticus, viens ici !

Gaius repoussa Luc loin de lui avant que son homme de confiance, mais maladroit régisseur de la villa ne se glisse dans le bureau.

— Escorte notre visiteur détrempé de Rome jusqu’à notre meilleure chambre d’hôtes et apporte-lui quelques vêtements secs. Il a clairement besoin d’un bon rasage également. Je te revois, mon cher Seigneur Petronius, dans la salle à manger d’hiver. Ne me fait pas attendre. Je suis impatient d’entendre la dernière version de tes excuses.

Lucius secoua la tête et se mit à rire.

— Oui, Dominus.

SCENE 2

 

 

 

En contraste frappant avec les salles chics de sa demeure ancestrale de Rome, la salle à manger d’hiver de Gaius Fabius dans sa villa du bord de mer n’était ni grande, ni opulente. Avec une rangée de grandes fenêtres, judicieusement positionnées sur le mur sud, l’espace relativement modeste était conçu pour profiter pleinement de la chaleur du soleil. Malheureusement, le soleil n’avait pas brillé depuis plusieurs jours et le froid de la saison des pluies mordait tout le monde de la même façon : maître, esclaves ou affranchis.

Mais quand Gaius entra le premier dans la salle à manger et enleva ses chaussures, il sentit la chaleur provenant du sol grâce au système de chauffage par circulation de la vapeur sous les dalles de marbre. Le diligent Atticus avait fait en sorte que les fours soient attisés à la bonne température avant le dîner. Gaius retira son lourd manteau et le jeta sur un tabouret, si bien qu’il ne portait plus qu’une mince tunique blanche. Il étendit ses longues jambes sur la grande couche de la salle à manger, prenant son menton dans sa paume en regardant l’image d’un Pégase volant peint sur le mur opposé.

La salle était confortable et emplie du lourd parfum de l’huile d’olive qui brûlait dans les lampes accrochées sur les murs. Les pensées de Gaius dérivèrent alors qu’il se souvenait de l’une des dernières fois où Lucius et lui avaient été seuls, loin des regards indiscrets des courtisans impériaux.

C’était à Rome, peu de temps avant que Gaius ne doive partir en campagne. Ils avaient eu une terrible dispute qui avait débuté sur une petite chamaillerie qui n’aurait pas dû importer – qui avait été le dernier invité lors d’un dîner ou une autre bêtise du même genre. Des menaces avaient été dites et quelques futiles promesses avaient été brisées. Pendant les moments de plus en plus rares où ils trouvaient le moyen d’être seuls, son amant plus buté qu’un taureau et lui se battaient plus souvent qu’ils ne baisaient. Correction… En général, ils se battaient et ils baisaient, comme des loups en chaleur. Il était clair pour Gaius qu’ils devraient mettre fin, une fois pour toutes, à leur liaison illicite et risquée. Ils étaient trop vieux pour ces conneries.

Lucius avait refusé d’en discuter.

Alors que Gaius était allongé là, se rappelant les piques méchantes qu’ils s’étaient jetés à la tête, deux serviteurs se précipitèrent à l’intérieur de la pièce, préparant rapidement des coupes, des bols de friandises et des assiettes de nourriture chaude sur la table basse en marbre, positionnée en face des trois couches de la salle. Après une petite caresse sur sa queue inerte, Gaius roula sur le côté et saisit un morceau de viande braisée sur un plateau d’argent. Parfaitement assaisonnée, nota-t-il avec satisfaction, alors qu’il léchait la sauce épicée sur ses doigts.

— Tu as de nouveau commencé sans moi ?

— Eh bien, tu prends toujours ton temps, n’est-ce pas ?

Lucius haussa un sourcil et desserra les pans du manteau bleu qu’on lui avait prêté et qu’il avait enroulé autour de son corps. Il faisait chaud dans la pièce, donc il n’avait pas besoin de son manteau d’hiver. Mais contrairement à son hôte châtain, Luc n’avait pas revêtu de tunique en-dessous, décidant plutôt de rester nu et plus que prêt pour une bonne lutte et une baise d’après dîner. Cela faisait une éternité que Gaius ne l’avait pas déshonoré avec ardeur.

Sans attendre d’invitation appropriée, Luc s’avança vers la couche à côté de celle de Gaius. Il attrapa une coupe vide en argent sur la table de marbre et déploya gracieusement sa haute taille en travers des coussins colorés.

— Du vin.

Immédiatement, un serviteur remplit sa coupe à ras-bord. Après une longue gorgée, Lucius posa sa grande main sur l’avant-bras de Gaius et le serra.

— Tu m’as manqué.

— Histoire probable. Et combien de temps vas-tu rester cette fois-ci ?

Gaius essaya de garder sa mauvaise humeur sous contrôle, mais les mots vaches sortirent quand même. Il frotta un doigt d’avant en arrière sur la gravure représentant Dionysos de sa coupe en métal.

— Je ne peux rester ici que très peu de temps, j’en ai peur. Il y a un procès important qui doit bientôt commencer à la capitale et je dois y assister. J’ai des obligations, Gaius.

Silence. Qu’y avait-il d’autre à dire ? Soit Lucius était préoccupé par des embrouilles juridiques ou de fastidieuses procédures à Rome, soit Gaius était occupé à élaborer des stratégies tactiques pour des combats sur des frontières dans un camp perdu, au milieu de nulle part. Il n’y avait jamais assez de temps pour qu’ils puissent savourer tranquillement la présence de l’autre. Ils s’attaquèrent au buffet généreux et à la nourriture, grignotant sans beaucoup parler. Le silence était maladroit. Cela n’avait jamais été le cas entre eux à Athènes, il y avait de ça, quelques années.

Les choses avaient changées. Ils avaient changés.

Alors que la couverture nuageuse de cette fin d’après-midi assombrissait davantage le ciel, Lucius fit descendre une autre bouchée de pain avec une gorgée de vin. Il posa sa main sur l’épaule de Gaius et traça quelques petits cercles languissants.

— Je suis désolé. Vraiment. Je le suis.

— Va te faire foutre avec tes excuses vides de sens ! Tu aurais dû partir en campagne avec moi l’année dernière, comme je t’avais dit de le faire. Tu étais censé être à mes côtés. Je t’avais ordonné d’être là.

Les serviteurs qui attendaient debout dans un coin de la salle à manger, formés pour rester invisibles et silencieux, se recroquevillèrent de peur. Leur maître pouvait s’avérer être un véritable fils de pute au tempérament volcanique.

— Gaius…

— Je suis ton commandant, Lucius Petronius. Tu es peut-être le principal conseiller de l’empereur et le plébéien avec le rang le plus élevé à la cour impériale, mais je suis toujours ton putain de supérieur.

— Mon supérieur ? Je pensais que tu étais d’accord pour convenir autrefois que tu ne me jetterais jamais ton rang au visage ? Merde, Gaius ! Je guérissais de cet accident et notre empereur m’avait soulagé de mon service sur le terrain. Tu dois bien te rappeler de ça, putain… Notre Seigneur et Empereur avait décidé que je lui serais beaucoup plus utile si je restais dans la capitale et présidait les tribunaux ? Et d’ailleurs, je suis totalement inutile sur un champ de bataille, de nos jours. Je peux à peine balancer correctement une épée.

— Je ne t’ai jamais ordonné de combattre effectivement ces bâtards de Daces. Nous savons tous les deux que tu aurais été tué en un instant. Mais quand même… J’avais besoin de toi.

Gaius grimaça devant son propre aveu pathétique.

— Je comprends que tu ne t’attendais pas à ce que je combatte effectivement ces barbares, mais j’ai préféré ne pas passer des mois stationné dans un fort, uniquement pour te servir d’accompagnateur inutile.

Lucius s’arrêta pour choisir ses mots avec soin, comme le font les avocats.

— Gaius, le temps où nous faisions des campagnes ensemble est devenu moins bien… n’en valait plus la peine, mon chéri. Nous étions interrompus, jour et nuit, par tes troupes, par tes officiers subalternes qui te lèchent les bottes et autres soldatesque qui se présentaient à ta tente. Quand, par les dieux, avons-nous pu profiter d’un seul moment calme et tranquille pendant une campagne ?

— Tu sais pourtant bien, crétin ignorant, que nous ne pouvons pas nous attendre à avoir une vie privée lorsque nous sommes sur un champ de bataille. Ce n’est pas le but.

Fixant sa coupe en argent, Gaius le retourna et fit courir le gras de son pouce sur le torse musclé d’un héros nu.

— Alors, quel est le but ? Arrête de caresser Hercule pendant un moment, et écoute-moi. Si j’étais allé avec toi à cette campagne – si j’avais fait ce que mon beau commandant m’ordonnait de faire, contre les ordres de l’empereur, souviens-t’en – alors je ne me serais jamais marié avec Aurelia. Je soupçonne que c’est ça, ce qui te met vraiment en colère. N’ai-je pas raison ?

Gaius grogna et détourna son regard.

— Je me moque que tu l’aies épousé. Merde, je suis moi-même marié. Cela ne fait pas la moindre différence.

Ce mensonge flagrant lui laissa un goût amer dans la bouche. Gaius avala plus de vin avant de se retourner pour regarder les yeux bleus hypnotiques de Lucius.

— As-tu… Putain de merde, Lucius ! De toutes les femmes disponibles de Rome, pourquoi as-tu épousé cette femme, cette belette pour les convenances ?

Lucius renifla doucement.

— Oh, Gaius… Je suis vraiment désolé que mon mariage t’ait bouleversé. Et oui, elle me sert de couverture et est pompeuse, mais Aurelia a son mérite. Écoute, mon chéri. Je m’inquiète pour elle, mais c’est très loin d’être semblable à … à ce que nous avons partagés.

Partagés.

Au passé.

Lucius massa le biceps de son amant et continua.

— Elle attend un enfant maintenant, donc Aurelia devrait me laisser tranquille pendant qu’elle sera occupée avec un bébé et une nourrice bientôt.

— Elle est enceinte ?

Gaius faillit s’étouffer sur le mot.

— Tu as couché avec elle ?

— Hélas, oui… J’ai rempli ma désagréable obligation. Et maintenant, son ventre enfle à un rythme alarmant. Sa mère ne jure que par Juno et est certaine que ce sont des jumeaux, mais rien n’est encore arrivé pour l’instant. Écoute, je suis désolé que… Merde, je ne suis même pas sûr de pourquoi je continue à m’excuser ! Et celle-là ? Je suis désolé d’avoir épousé une femme que tu méprises. Et que, d’une certaine manière, j’aime.

Lucius parla plus bas.

— Je souhaite que tu aimes ta femme.

— Sale bâtard insolent. Macia et moi avons un arrangement parfait. Il y a les apparences qui doivent être maintenues vis-à-vis du palais – des responsabilités officielles qui sont clairement définies. Ma femme et moi sommes… compatibles. C’est un mariage politique idéal. Tu ferais bien de nous regarder et d’en prendre de la graine, mon ami.

— Contrairement à toi, cher Gaius, je préfère au moins prétendre avoir de l’affection pour la personne qui est dans mon lit conjugal. Peut-être que si Macia et toi étiez…

— Assez, le coupa Gaius.

— Tu as raison. J’ai franchis nos limites, n’est-ce pas ? Accepte mes excuses.

Lucius trempa son long doigt dans un bol de fromage et de concoctions d’herbes et ajouta malicieusement :

— Quels que soient les mets luxueux que tu as fourni à ton humble invité ce soir, mon ami.

— L’hédonisme ne te rapportera rien. Tu passes trop de temps à Rome, à t’empiffrer d’ordures exotiques lors de dîners remplis d’obligations. C’est une cuisine simple qui est produite ici, sur mes terres. Ce fromage est fait à partir du lait de mes précieuses chèvres primées.

— Ha ! Bien sûr. Tes chèvres infâmes de Campania ! Comment aurais-je pu oublier ?

Gaius secoua la tête et se mit à rire.

— Aphrodite et Persephone sont tombées amoureuses de mes fromages crémeux, tu sais.

— J’ai entendu ces rumeurs vulgaires, salaud.

Lucius lui adressa un clin d’œil et frotta son menton rasé de près.

— Donc, je suis pardonné pour être resté à Rome pendant que tu combattais l’ennemi au loin ? M’as-tu pardonné d’avoir épousé ta belette préférée, mon Adonis jaloux ?

— Pour le moment, mais seulement parce que je veux te baiser. Dur. Compris ? Tu vas sans aucun doute revenir à des queues rapidement.

— Charmant. En parlant de délicieuses friandises, as-tu amené ce jeune faune aux cheveux dorés ici, avec toi ?

— Veux-tu parler de Nicomedes ?

— Je suppose.

Lucius fit un signe de la main pour indiquer que le détail était insignifiant.

Gaius sourit alors qu’il levait les yeux au ciel. Lucius était rarement dérangé par les éléments peu significatifs de la vie ordinaire en dehors des tribunaux. Le nom des esclaves sexuels était tout en bas sur la liste des priorités de l’avocat.

Sauf, bien sûr, pour le garçon qui l’attendait à Rome – bien que Bryaxis ne soit plus vraiment un garçon.

— Oui, il est là. Si je me souviens bien, tu avais beaucoup apprécié la vue de Nic lors de ta dernière visite, n’est-ce pas ?

— Ton nouvel animal de compagnie est absolument magnifique. Oui, je l’ai beaucoup apprécié, non pas que tu m’aies jamais offert de partager ton garçon bien formé avec moi, sale chevrier égoïste.

— Cela n’a rien à voir avec sa formation. Nicomedes est bien soigné maintenant, sans d’injustes mesures disciplinaires. Je m’en suis assuré. Après toute la merde qu’il a endurée, il se sent enfin en sécurité et chéri. Ce n’est donc pas une surprise qu’il ait hâte de satisfaire son maître… impatient avec des talents exceptionnels. Et pour ce qui est de partager Nicomedes, tu n’as jamais demandé à y goûter, n’est-ce pas ?

Lucius se glissa plus près et baissa le ton.

— Peut-être pourrions-nous jouer avec lui ce soir ?

Il planta un long baiser tendre sur les lèvres de Gaius, avant de s’éloigner et d’afficher une mignonne petite moue.

— Bien sûr, uniquement si cela vous convient, Commandant Fabius.

— Lucius Petronius Celsus. Que dirait ta belette si elle entendait de telles saletés obscènes couler hors des lèvres de son éminent avocat à la langue d’argent ?

Gaius se moqua de lui, avec un petit rire strident, tandis que Lucius avalait les dernières gouttes bourgognes de sa coupe.

— Qui s’en soucie ? C’est une salope.

Lucius cligna de l’œil et souleva sa coupe, criant par-dessus son épaule gauche.

— Plus de vin 

 

 

 

SCENE 3

 

 

 

Après avoir retiré ses chaussures en cuir, Nicomedes se tenait devant la porte fermée de la salle de jeux de son maître, serrant et desserrant ses poings dans un effort pour contrôler ses nerfs et se détendre.

Lorsque Dom l’avait convoqué pour la nuit, il avait été en extase, rayonnant d’une oreille à l’autre. N’importe quel moment passé auprès de son maître était du pur bonheur, même quand il disait à Nic de dormir sur le sol après que Dom en ait fini avec lui. Lorsque Nic avait été plus jeune, il n’avait jamais osé fantasmer sur ce qu’il ferait un jour et qu’il appartiendrait à un bel homme qui était à la fois généreux et aimable.

Pendant ses années d’enfance passées à se prostituer dans un bordel de Neapolis, il n’avait connu que la cruauté, la douleur, ou au mieux, l’indifférence froide. Or, depuis qu’il était devenu un jeune homme presque adulte, il était confortablement installé ici, à la villa, il faisait depuis de petits sacrifices chaque matin, sur l’autel de la maison pour remercier les dieux tous les jours pour sa bonne fortune inattendue. Nic n’oubliait jamais de prier les Lares pour la santé de Gaius Fabius et son succès. Dominus était son sauveur.

Comme il se préparait à partir pour la maison principale, Nicomedes apprit que Dom avait un invité en provenance de Rome. Serait-ce comme une de ces orgies lancées par son ancien propriétaire gras et velu qui laissait ses esclaves être battus jusqu’au sang par une chaîne infinie de clients sans visage ?

« Non, arrête de penser à ça ! Dom ne te fera jamais de mal pour s’amuser. Calme-toi, imbécile ».

Après avoir repoussé ces terribles souvenirs loin de son esprit, Nicomedes se demanda comment les jeux allaient se dérouler pour la nuit. Est-ce que Dom voudrait le baiser puis le passer à son invité ? Ou peut-être que l’autre homme l’utiliserait en premier ? Même s’il ne vivait pas à la villa depuis longtemps, Nic savait déjà que Dom aimait regarder ses garçons jouer l’un avec l’autre, en guise d’échauffement en attendant l’évènement principal. Nic en était venu à bien connaître n’énorme sexe noir de Max durant plusieurs sessions de jeux.

Merde, s’il s’attardait plus longtemps, il risquait de recevoir une sacrée fessée. Nicomedes leva son poing, prit une profonde inspiration et frappa à la porte en bois sombre.

— Entre.

Nic sourit au son de la voix distincte de Dom, rauque de désir. Il referma la porte derrière lui et s’avança au centre de la salle, à la lueur de la lampe allumée. Gardant ses yeux rivés sur la mosaïque du sol, il se mit à genoux et attendit une directive.

— Nicomedes, tu es magnifique, ronronna Gaius.

Les longs cheveux de Nic pendaient sur ses larges épaules en vagues épaisses, brillantes, couleur de sable blond. Dominus préférait ses animaux de compagnie sans fioritures, ne voulant pas qu’ils soient fardés de ces cosmétiques criards ou des lourds bijoux que son ancien propriétaire affectionnait. Avant de venir, il avait enfilé pour sa longue traversée des écuries glaciales vers la villa principale, un manteau d’hiver qui lui tombait aux chevilles. Sous le manteau, il n’avait qu’une tunique filetée d’or, quasi-transparente et sans manches que Dom lui avait achetée sur un marché de luxe à Rome. Agrafée par deux broches en or au niveau de ses épaules, la tenue épurée montrait son corps bronzé. Cette tenue onéreuse avait été le premier cadeau qu’il n’ait jamais reçu – de quiconque. Il rangeait son précieux vêtement, le pliant soigneusement, à l’abri de la vermine, dans une boîte en bois, dans sa chambre au-dessus de l’étable.

— Lève-toi et viens faire connaissance avec notre estimé invité.

Il y avait une légère insulte dans l’ordre brusque de Dom.

Après s’être levé, Nicomedes releva lentement ses yeux félins et vit un homme inconnu étendu sur le lit – un autre grand romain noble, sans aucun doute. L’attitude confiante et le sourire arrogant de l’homme le trahirent. Le visiteur brun était assis contre le mur, au bout du lit, les jambes tendues devant lui, son manteau indigo ouvert, exposant son torse musclé et nu. Affalé dans un fauteuil à proximité, Dom était encore vêtu d’une tunique décontractée.

Ils tenaient tous les deux des coupes en argent décorées, remplies de vin couleur bourgogne.

— Nicomedes, voici mon très cher ami, Lucius Petronius Celsus. Tu l’as déjà brièvement rencontré il y a plus d’un an. Le Seigneur Petronius a parcouru tout le chemin depuis Rome et restera avec nous pour la nuit, peut-être plus, si les dieux le permettent. Salue-le de ton plus beau sourire, mon agneau.

Nic hocha la tête, ses yeux se baissant avec respect.

— Salutations, Monsieur.

— Et où est le sourire qui m’a été promis, garçon ?

La voix hypnotique et suave fit que le souffle de Nic resta coincé dans sa gorge. Il releva le menton et sourit aussi doucement qu’il le pouvait. L’homme était costaud et grand, avec des mains énormes et puissantes. Les genoux de Nic tremblèrent de nervosité, peu importe à quel point il se battait pour les contrôler.

Gaius le remarqua.

— Nicomedes, quel est le problème ? Max t’a-t-il dit quelque chose qui t’a bouleversé ? Sois honnête, animal de compagnie.

Les yeux bleu saphir de Nic s’ouvrirent en grands, alors qu’il essayait de trouver les mots pour s’exprimer. Merde ! Que voulait dire Dominus par cette question ? Pourquoi voulait-il savoir si Max lui avait dit quelque chose qui l’avait bouleversé ? Et pourquoi, par les dieux, ne pouvait-il pas se souvenir d’avoir déjà rencontré ce Lucius ? Les questions tournaient dans son cerveau, à tel point qu’il faillit oublier de répondre.

— Non. Non, Dominus. Max m’a seulement dit que tu avais un invité et que ma compagnie était réclamée.

— Alors pourquoi trembles-tu, mon agneau ?

— Je ne… Peut-être à cause de l’humidité, Dominus ?

— Peut-être. Sais-tu pourquoi Maximus est mon préféré, Nicomedes ?

— Parce qu’il est divinement beau, Dominus.

— Parce qu’il est fidèle et divinement prudent. Maximus sait quand tenir sa langue. Je m’attends à ce que tu sois tout aussi digne de confiance. Ce qui se passe ici, dans cette salle de jeux ne doit pas en sortir. Tu m’as compris ?

— Oui, Dominus. Je comprends. Puis-je demander une faveur, Dominus ?

Gaius agita ses sourcils en regardant Luc et se mit à rire.

— Oui, mon agneau. Qu’est-ce que c’est ?

Dom était manifestement un peu ivre. Et à en juger par le regard glacé dans ses yeux perçants, couleur bleu acier, cet homme, Lucius, l’était aussi. Servir un maître furieux et son ami tout aussi énervé pourrait se révéler compliqué.

— Puis-je me mettre à genoux à tes pieds, Dominus ?

— Tu peux, ma colombe. Mais d’abord, enlève ton manteau.

Le lorgnant, Lucius leva sa coupe avec approbation.

— Splendide suggestion.

Avec un mouvement élégant des bras, Nic laissa tomber le manteau épais de ses épaules. Il se tenait au centre de la pièce, telle une statue dorée, les mains jointes dans son dos, son corps souple et nu révélé par le tissu diaphane.

— Je jure, par Jupiter, qu’il est trop beau pour être un simple mortel, Gaius.

— Viens ici, Nicodemes.

Le corps tendu de Nic s’affaissa lorsqu’il glissa vers la chaise de Gaius et se mit à genoux, tête baissée dans un mélange de soumission et de soulagement. Gaius prit doucement son menton et releva son visage.

— Nicodemes, écoute-moi attentivement. Lucius et moi allons t’adorer ce soir, mon agneau doré. Je serai en charge tout le temps.

— Nous verrons à ce sujet, soldat, répliqua Lucius dans le silence avant de prendre une autre gorgée en souriant de sa coupe.

Gaius se pencha et embrassa Nic sur le front, frottant les poils cuivrés de sa barbe fine contre sa peau lisse.

— Tu n’as pas besoin d’avoir peur, pas besoin de trembler. Tu es à moi et tu es en sécurité. Je te protègerai toujours. Me comprends-tu ?

Nic ferma les yeux et hocha la tête avec un petit sourire hésitant.

— Oui, Dominus.

— Maintenant, donne au Seigneur Petronius un petit aperçu de ta douce bouche. Il a été très patient – de manière inhabituelle.

Après que Gaius ait ébouriffé ses épais cheveux blonds, Nicodemes s’approcha et grimpa sur la couche. Il se lécha ses lèvres rouges et entrouvertes comme il chevauchait les hanches de l’homme. Nic avait été un prostitué autrefois. Il savait s’y prendre. Lucius prit doucement la longue crinière de Nic et le tira à lui pour un baiser féroce.

La bouche du romain était brûlante et exigeante. Lorsque Lucius rompit le baiser et le libéra de sa poigne, Nic perdit son équilibre et tomba en arrière, atterrissant sur la queue raide de Lucius. Elle palpitait à travers le tissu du manteau de l’homme et se pressait contre la fissure sensible du cul nu de Nic. Lucius prit sa main et la porta à sa bouche.

— Si jamais le Seigneur Fabius te maltraite, promets-moi de m’en parler. En tant que chef le plus vénéré des avocats au service impérial de notre bien-aimé Seigneur, l’Empereur Trajan, je serais heureux de punir la brute, mon doux garçon. Tu as ma parole d’honneur et elle est inviolable.

Comme la tension s’évaporait lentement de ses muscles noués, Nic rigola devant l’absurdité du serment bizarre de Lucius. Il recouvrit sa bouche de sa main avec embarras, mais ni son maître, ni l’invité romain ne semblèrent troublés par son élan inapproprié. Tout le monde était détendu et échauffé par le désir.

Passant sa tunique par-dessus sa tête dans un mouvement fluide, Gaius se dirigea vers le lit. Il rit comme il passait sa main sur les muscles bien définis de son abdomen, se grattant les bourses pleines.

— N’y fais pas attention, Nicodemes. Le Seigneur Petronius n’est qu’un putain d’incorrigible envieux. Montrons à notre invité à quel point ta bouche peut être talentueuse, animal de compagnie.

Gaius monta derrière Nic et attrapa ses cuisses. Il tira le blond sur toute la longueur du grand corps de Luc, jusqu’à ce que la bouche de l’esclave se retrouve juste au-dessus de son aine. Gaius pressa ses lèvres contre la peau sensible derrière l’oreille gauche de Nic.

— Suce cette magnifique et énorme queue pour moi, Nicodemes. Je veux entendre le Seigneur Petronius miauler comme un chaton.

Après avoir repoussé le prépuce et planté quelques doux baisers sur la pointe enflée et brillante, Nic réussit à avaler la longueur impressionnante de Luc dans sa gorge humide, la faisant glisser en douceur. Agrippant les cheveux de Nic, Lucius se cogna la tête contre le mur.

— Putain de mère de tous les dieux, Gaius !

Son nez niché dans le nid de boucles noires qui le chatouillaient, Nic sourit autour de la circonférence de Lucius alors que Gaius fredonnait son approbation. Dom était heureux. Nic aurait aimé pouvoir voir son visage, voir la fierté dans le sourire de son maître.

Comme sa bouche glissait de haut en bas sur le membre rigide de Luc, Gaius attrapa les fesses de Nic et les écarta largement.

— Si parfait, si délicieux.

Nic faillit s’étrangler lorsque la langue chaude de Dom commença à le lécher et à empaler son ouverture, le taquinant durement à chaque passage humide. Dominus ne l’avait jamais embrassé comme ça avant. Il ferma les yeux et s’efforça de se concentrer pour sucer la bite lancinante de l’invité.

Les baisers de Dom s’arrêtèrent.

— Luc, passe-moi cette bouteille d’huile sur la table, mon chéri.

— Quoi ? réussit-il à marmonner, avant de recouvrer une partie de ses sens.

Il jeta la petite bouteille. Elle atterrit sur le bas du dos de Nic avec un bruit sourd.

— Bien visé, Conseiller, dit Gaius en reniflant alors qu’il répandait une quantité généreuse de fluide visqueux sur ses doigts.

Après avoir fait le tour de l’ouverture de Nic du bout de ses doigts huilés, Gaius plongea trois doigts dans son entrée brûlante, se retira plus les repoussa à nouveau. Lucius le regardait, pétrifié par la dynamique des doigts de Gaius qui baisait le garçon.

Gaius grogna.

— Fais du bruit, Nicodemes.

Lorsque Nicodemes gémit et secoua ses hanches, Gaius fit tourner ses doigts jusqu’à ce qu’il sente la petite bosse sensible du garçon. Alors qu’il la frottait, continuant ses allers et retours au fond du corps de Nic, il effleura des dents la chair ferme des fesses et des cuisses de Nic qui gémit et se tortilla sous le plaisir de la main talentueuse de Gaius.

— Un animal si obéissant, marmonna Dom en souriant contre la peau rougie de son animal de compagnie.

Il retira ses doigts, les essuyant sur le manteau et attrapa Nic par les cheveux, tirant son esclave de plaisir hors de la queue détrempée de son amant.

— Gaius ? se plaignit Lucius.

— Mon tour, Seigneur Petronius. Tu peux profiter de son cul.

Il grogna de manière possessive alors qu’il positionnait Nicodemes près de son érection douloureuse. Lorsqu’il poussa sa tête engorgée entre les lèvres cramoisies et pleines de Nic, Lucius souleva les fesses huilées à l’ouverture étirée en l’air, se mit sur ses genoux et l’empala en une longue poussée fulgurante. Nic haleta autour du membre pulsant de Gaius.

Après plusieurs instants de pénétrations implacables, Lucius se pencha et redressa la tête de Nic.

— Qu’est-ce que tu fous, Luc ? J’étais si près !

— Ne t’avise pas de te vider dans sa bouche. Pour l’instant, reste là et regarde-moi enfiler ta jolie petite salope. Et pas question de jouir ou tu auras affaire à moi, soldat. Ta crème de patricien supérieur n’appartient qu’à moi.

Avec sa longue queue enfouie au plus profond du corps de Nic, Lucius glissa son avant-bras gauche autour du torse de l’esclave. Il releva Nicodemes en arrière, jusqu’à ce qu’il soit à cheval sur ses genoux. Reniflant de luxure, Luc frotta son nez sur les épaules du jeune homme et grignota d’un air affamé son long cou.

— Ne laisse pas de marques sur ce qui m’appartient, le mit en garde Gaius alors qu’il s’étendait sur le dos, les mains jointes derrière la tête.

Suçant et baisant la peau humide de Nic, Lucius souleva le mince tissu doré de ses hanches étroites et commença à caresser sa bite d’une main experte, durement et rapidement, tout en le martelant.

Lorsqu’il le sentit prêt à jouir, Lucius roucoula à son oreille.

— Jouis pour moi, faune. Balance ton lait sucré sur ton coquin de magnifique maître.

Luc baissa sa voix rauque.

— Inonde ce bâtard de ton jus.

Le corps entier de Nic se tendit en prévision. Il ne pouvait plus sentir ses jambes ni n’importe quel autre organe, seulement les fortes caresses de la main du romain et la brûlure intense du plaisir qu’il ressentait à chaque fois que la bite généreuse de l’homme le heurtait. Se tête retomba contre l’épaule de Luc et il se mit à crier, alors que les impulsions de sa semence chaude se ruait hors de son membre et sortait en jets brûlants, éclaboussant partout le torse nu de Gaius.

— Par les dieux, il pulvérise mieux qu’une statue de fontaine ! Fantastique, putain tu as un jouet spectaculaire, mon ami.

Lucius relâcha l’organe redevenu mou de l’esclave gémissant, le recouvrant de son manteau bleu foncé. Il le porta dans ses bras et le posa doucement sur une petite couche rembourrée près du balcon.

— Tais-toi maintenant. Ferme les yeux et dors.

Nic marmonna quelque chose et roula sur le côté, relevant ses genoux contre sa poitrine.

— Nicodemes est beau, n’est-ce pas ? demanda Gaius en traçant des cercles dans le sperme qui recouvrait sa poitrine et son estomac, puis il se mit à rire. Et je ne vais pas te le vendre, alors tu peux économiser ton souffle.

Se mettant sur les mains et les genoux, Lucius grimpa sur le lit. Des gouttes de sueur coulaient de ses cheveux noirs comme il saisissait Gaius par les poignets. Il porta une de ses mains à sa bouche et suça le sperme salé de Nic avant d’envahir la bouche de son amant avec sa langue. Alors qu’ils s’embrassaient, Luc frotta son membre douloureux contre celui, raide, de Gaius.

— Alors, je vais devoir te le voler, Seigneur Fabius. Te rappelles-tu quand tu étais mon calamite, soldat ?

— Ces jours appartiennent au passé, mon vigoureux plébéien.

Nic s’était presque assoupi lorsqu’il entendit le claquement de la chair contre la chair et le craquement du bois d’une couche à l’agonie, suivi d’un chœur de grognements lascifs et de grondements hargneux, de malédictions de toutes sortes de divinités. Il s’efforça de rester immobile, mais la curiosité était une puissante tentatrice et dangereuse.

Avec les plis de la cape indigo sur ses cheveux blonds, qui masquaient ses yeux, Nic tourna lentement la tête et écarquilla les yeux d’étonnement en voyant que son maître aspirait la grosse bite de son ami. Lucius cambra son dos et vida ses couilles dans la bouche de Dom. Gaius renversa alors brutalement l’homme sur son ventre et l’empala violemment jusqu’à ce qu’il jouisse. Ils luttèrent et rirent, s’embrassèrent quand, tout à coup, les deux hommes perdirent l’équilibre et tombèrent du matelas, tombant sur le sol dans un bruit sourd.

— Argh ! Merde, Luc ! Descends de mon putain de bras !

« Claque ».

— Tais-toi, soldat. Tu vas réveiller ta pute.

« Claque ».

— Va te faire foutre, vieil homme.

« Baisers humides parsemés de gémissements satisfaits ».

— Revenons au lit, Gaius. J’ai besoin de te tenir entre mes bras.

Nic roula sur le banc et ferma les yeux.

Max savait-il que Dominus et ce Lucius baisaient ensemble ? Maximus savait-il que Dom avait un amant secret ?

Merde !

Lucius marmonna quelque chose avant de bâiller.

— Il n’y a rien de mieux que d’enrouler mes bras autour de toi après une longue baise bien dure.

Dom eut un petit rire.

— Je t’aime d’amour, Gaius.

Pas de réponse.

Silence.

Lorsque des sons de doux ronflements dérivèrent en provenance du lit, Nic se demanda s’il devait quitter la salle, mais décida de rester. Mieux valait faire semblant qu’il était profondément endormi et au pays des rêves pendant tout ce temps. Mieux valait feindre l’ignorance. Rester invisible. Ne rien savoir. Survivre.

C’était peu après le lever de soleil. Tiré de son sommeil lourd par la lumière du matin, Nic frotta ses yeux somnolents pour se réveiller. Son maître était assis sur le lit, les yeux fixés sur une note manuscrite qu’il serrait entre ses doigts. Il n’y avait aucun signe de cet invité brun nommé Lucius. Il devait être parti très tôt.

— Dominus ?

Gaius renifla avant d’essuyer son nez d’un revers de sa main.

— Bonjour, mon agneau.

— Salutations, Dominus. Puis-je te poser une question, Monsieur ?

— Vas-y, répondit Gaius avec un gentil sourire.

— Est-ce que tout… Est-ce que tout va bien, Dominus ?

— Les choses sont ce qu’elles sont. Regarde dehors, ma colombe… Le soleil est finalement revenu. Profite de la chaleur des rayons d’Hélios alors que tu retournes à l’étable.

Groggy et confus, Nic se figea pendant un moment.

Les narines de Gaius s’évasèrent.

— Laisse-moi, Nicodemes, maintenant.

Nic hocha la tête une fois, se remit sur ses pieds et s’enveloppa dans le lourd manteau. Il ne regarda pas en arrière alors qu’il refermait la porte derrière lui. Tandis qu’il marchait dans le couloir donnant sur la porte de service, un objet métallique creux fut projeté contre une surface dure derrière la porte de la salle de jeux. Nic hâta son pas en silence.

Passant ses doigts dans sa tignasse hirsute du matin, Gaius lut de nouveau la lettre, tout en mordillant sa lèvre inférieure.

 

            Mon très cher Gaius,

Tu mérites de connaître la vraie raison de ma venue à l’improviste à Campania. Je te fais confiance et je sais que tu garderas mes mots pour toi. Notre bien-aimé Seigneur Empereur Trajan m’a envoyé à Neapolis avec l’ordre d’enquêter sur une affaire troublante…

 

Après avoir replié la note avec soin, Gaius rejeta les couvertures du lit. Nu et grelottant dans l’air vif du matin, il se dirigea vers un brasero en bronze reposant sur le sol, près d’une alcôve et jeta le papyrus dans les braises fumantes. Une rafale de cendres s’éleva, assombrissant les rayons du soleil qui provenaient de la terrasse.

Alors que les flammes engloutissaient la note, la réduisant en cendres argentées, Gaius chuchota pour personne en particulier.

— Tu es en train d’accumuler beaucoup trop de dangereux ennemis, Conseiller. Il viendra un jour où je ne serai pas là pour protéger ton magnifique petit cul, Luc. 

 

 

 

 

FIN

 

 

 

 

À PROPOS DE L’AUTEUR

 

 

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[1] Calamite : dans la mythologie grecque, un attirant jeune homme Troyen enlevé dans le Mont Olympus par le dieu Zeus pour devenir son serviteur et, plus tard, son amant.