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Pelaam / Le Highlander et le centaure

April 14, 2015

 

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE UN

 

 

 

Avec un grognement, Angus changea précipitamment de côté, esquivant une cabane, alors qu’il se montrait par inadvertance à Mary. Aussi avenante que la jeune fille parût être, Angus n’avait pas le temps de badiner avec elle ni de lui indiquer de manière claire qu’il n’allait pas répondre à ses espoirs. Elle ne l’intéressait pas. Il avait vu le froncement de sourcils pensif de son père et le fait qu’il parlait toujours de n’importe quelle fille du village comme d’une femme potentielle.

Le temps lui était rapidement compté, désormais. Il n’allait pas pouvoir échapper pendant longtemps encore aux mâchoires implacables du mariage. Ses trois frères étaient tous mariés, l’aîné avait déjà trois enfants, le suivant avait un fils nouveau-né et la femme du troisième était déjà enceinte, quelques mois à peine après leur récent mariage. Au mieux, la liberté d’Angus se poursuivrait jusqu’à la naissance du prochain membre du clan.

Aussi fier que son père ait été d’amener quatre fils en pleine santé au monde, il était maintenant tout aussi plein d’orgueil de la naissance de ses petits-enfants, augmentant ainsi son propre clan.

Des pensées folles firent sombrer son estomac tandis qu’Angus se précipitait vers l’endroit où une partie des hommes du village se réunissaient pour peaufiner leurs aptitudes au combat. Un tournoi entre villages était imminent et les meilleurs d’entre eux, choisis pour représenter leur village, s’entraînaient régulièrement dans le domaine de leurs propres compétences.

Angus ne possédait pas la carrure large et musclée de ses frères. Personne ne le considérait comme un adversaire valable, que ce soit à la lutte ou au combat à l’épée. Son courage n’était pas remis en cause, cependant. Compte tenu de la position de sa famille dans le village, personne n’oserait.

Angus s’en moquait. Si un véritable combat survenait dans leur village, il se tiendrait aux côtés des hommes de son clan. Son attention fut attirée par le rire rauque et sonore de son frère aîné. Duncan était le préféré de son père, il tenait à lui, autant qu’à la prunelle de ses yeux. Il lui ressemblait étrangement d’ailleurs, avec sa chevelure rousse et son torse puissant, la faisant ressembler à un tonneau. Ses deux fils, des bambins, le regardaient, les yeux écarquillés alors que Duncan brandissait sa claymore[1] avec une facilité arrogante.

Réprimant son soupir, Angus essayait de ne pas penser aux moyens de produire encore plus d’enfants à sa famille. Penser au mariage était suffisant pour qu’il se sente étouffé, comme s’il avait la tête enfoncée dans une meule de foin. Il savait que c’était juste une question de temps. Son père allait bientôt sceller son sort avec une jeune fille appropriée du village, ou même, comme pour son deuxième frère, du village voisin, afin de renforcer leurs liens avec un autre clan. Angus fronça les sourcils. Ce n’était jamais une question d’amour, mais toujours basé sur le devoir et sur ce que les autres attendaient. Se conformer ou devenir un paria. C’était ses deux seuls choix.

Repoussant la pensée qui assombrissait de plus en plus son esprit, Angus prit une profonde inspiration. La brise contenait une odeur de sueur. La peau des hommes était lisse, brillait sous les gouttes de sueur qui coulaient librement. Ceux qui, comme son frère, avaient été bénis avec des barbes épaisses de poils roux étaient également humides, assombrissant leurs poitrines velues. S’installant confortablement sur le ventre pour regarder, Angus ignora la façon dont son membre s’agita à la vue, mais c’était plus difficile d’ignorer la douleur intense dans son cœur. Il aspirait à sentir les bras d’un autre homme autour de lui, son corps l’épinglant. Il savait depuis l’enfance que les filles n’avaient aucun intérêt pour lui. Il avait feint le comportement de ses frères et de ses pairs. Il avait espéré que son attirance pour les autres mâles s’estomperait avec le temps. Cela n’avait jamais eu lieu.

Il se sentait incroyablement isolé et seul. Il n’y avait personne à qui il pouvait parler ou se confier. Si quelqu’un de son village partageait son désir sombre, il le gardait aussi caché qu’il le faisait.

— Si tu continues à les regarder aussi fixement, mon petit homme, nous allons nous croire que tu cherches à participer.

Surpris, Angus tourna la tête vers Mairi, la femme-chamane du clan qui était assise sur une petite touffe d’herbe à proximité. Il déglutit. Ouvrant la bouche, il la referma rapidement lorsqu’elle inclina sa tête. Sa voix risquait d’être rauque avec le désir qui faisait bouillir ses veines. Il décida de ne pas lui dire de mensonges éhontés. Il se racla la gorge.

— Je suis venu pour voir les combattants.

— Simplement regarder ? demanda-t-elle en haussant les sourcils.

— Je suis venu voir les combats. Je n’ai pas été jugé assez bon pour prendre effectivement part à la compétition.

La femme hocha sa vieille tête toute ridée de haut en bas.

— Aye, mon garçon. Bien sûr, et avec un tel spectacle, on ne peut s’empêcher de ressentir notre sang s’échauffer. Le mien l’aurait fait, il y a de nombreuses années.

Elle lui adressa un sourire édenté, puis son visage redevint sérieux.

— Mais ce n’est pas sûr pour un homme d’en regarder un autre avec une telle lueur affamée dans le regard, mon petit homme.

Les mots furent aussi efficaces qu’un seau d’eau glacée sur l’érection d’Angus, qui, heureusement, se dégonfla instantanément. Il roula sur le côté pour la regarder attentivement. Les mots n’avaient pas été prononcés avec colère ni méchanceté. Angus était pratiquement certain d’avoir entendu une note de tristesse en eux.

— Non, murmura-t-il.

— Un ou deux hommes du village ont remarqué ton attention. Ton père leur ferait couper la langue s’ils exprimaient leurs véritables pensées. Mais j’ai bien peur qu’une cour assidue et un mariage soient prévus dans ton futur proche, mon enfant.

Une grimace traversa le visage d’Angus avant qu’il ne puisse la réprimer.

— Je souhaite ne pas avoir à prendre femme.

— Aye, je le sais depuis que tu es tout petit, Angus. Mais les langues vont s’agiter si tu ne te maries pas. Beaucoup de jeunes femmes du village t’accepteraient. Bien que tu n’aies pas les muscles de tes frères, tu es un joli visage et une nature douce. Beaucoup de femmes souhaitent un beau et gentil mari, bien plus qu’un homme musclé qui se bat bien et qui applique de telles tactiques dans le lit marital.

Malgré la situation, Angus ne put s’empêcher de rire. Mairi rit avec lui, puis lui indiqua un fagot de bois à ses pieds.

— Porte ça pour moi et éloignons-nous d’ici.

Sans argumenter, Angus se mit sur ses genoux, souleva le bois et jeta un dernier coup d’œil sur les lutteurs. Quelques hommes regardaient dans sa direction en parlant à son frère. Angus gémit doucement. Le visage de Duncan était déjà rouge, ce qui indiquait qu’il était en train de perdre son sang-froid. Un des hommes leva une main et s’éloigna. Duncan se précipita vers lui. Angus s’efforça d’appliquer un sourire sur son visage, malgré le martèlement de son cœur et le déferlement de peur qui figeait sa langue.

— C’est mieux si tu ne viens plus ici pour nous regarder, mon frère. Je sais que tu tiens à lutter et à te battre comme nous le faisons, mais ce n’est pas dans ta nature.

Duncan désigna du pouce l’endroit où le deuxième homme se tenait toujours.

— Des idiots comme lui essaieraient de faire des histoires à partir de rien. Regarder ne fait jamais de mal.

Duncan serra l’épaule d’Angus.

— Tu dois juste te rappeler, les hommes ne sont pas tous bénis avec une belle musculature. Tu sais assez bien manier l’épée et tu pourrais défendre ta famille jusqu’au bout. Nous t’aimons pour ça et les fous comme lui n’y changeront rien.

— Tu sais que je serais toujours là pour protéger la famille.

Angus était sérieux. Il ne voulait peut-être pas de femme pour lui, mais il aimait sa famille.

— Cesse de dire de tels propos sur la mort et les mourants, mon petit homme.

Mairi tapota le bras d’Angus.

— J’ai besoin de la force de ton frère pour porter mon bois. Dis à ton ami que s’il veut continuer à avoir droit à mes potions, il ferait mieux de garder sa langue à propos de lui.

Avec un rugissement de rire, Duncan envoya une grande claque dans le dos d’Angus de sa grosse patte.

— Je prendrai grand plaisir à passer ce message. Ne t’absente pas trop longtemps. Père a une annonce à faire et il veut que tu sois là. Tu es bon pour une grande surprise.

Duncan lui fit un clin d’œil et donna un coup de coude dans les côtes d’Angus.

— Si c’est le cas, alors nous ferions mieux de ne pas trop nous attarder.

Mairi tira sur sa manche et, presque sans réfléchir, Angus la suivit. Gardant un sourire sur son visage, malgré le fait que son cœur sombrait rapidement, Angus suivit Mairi à sa hutte à la périphérie du village.

Il laissa une partie du bois à l’extérieur, et prit certains morceaux qu’il empila à côté de son feu. Il s’assit à sa table en bois brut et accepta le verre qu’elle avait rempli pour lui. La chaleur était la bienvenue. Il essaya de rassembler ses pensées errantes, ainsi que l’espoir que la boisson réglerait le problème de ses nausées d’estomac. Il essaya de se concentrer sur ce que Mairi faisait en guise de distraction. Elle était penchée sur une vieille boîte en bois, fouillant à l’intérieur.

Elle se redressa en poussant une exclamation de triomphe et apporta son trésor pour le lui montrer. Il regarda l’assiette ancienne, puis sursauta lorsqu’il réalisa qu’elle montrait des hommes nus faisant des cabrioles ensemble. Il la regarda avec intensité. Elle avait un doux sourire aux lèvres.

— Ah, oui, mon petit homme. Autrefois, dans d’autres parties de notre monde, des hommes pouvaient prendre d’autres hommes. Ils devaient quand même se marier, faire des petits pour continuer leur lignée familiale, mais ils avaient leurs véritables amours ailleurs. Ton secret est en sécurité avec moi.

Elle pencha la tête et le regarda, une lueur de tristesse dans les yeux.

— La jeune Mary est venue à moi. Elle voulait une potion pour être sûre qu’elle soit fertile. Maintenant, elle n’est pas courtisée, mais a toujours été jalouse d’Isla qui a épousé ton deuxième frère aîné, ce qui me fait penser qu’elle sera celle pour qui ton père fera l’annonce.

Le monde se mit à tourner autour d’Angus et il agrippa fermement la table. Alors que le monde reprenait sa place, Angus saisit son verre et avala le reste en une seule gorgée. Des larmes lui montèrent aux yeux alors que le contenu brûlait sa gorge. Il toussa, et releva enfin les yeux.

— Épouser Mary ?

Sa voix paraissait sèche et râpeuse.

— J’avais bien peur que ce soit ta réaction.

Mairi secoua la tête.

— Tu as toujours su que ce jour allait arriver, et pourtant, tu parais encore étonné.

— Que puis-je faire ?

Angus enfouit son visage dans ses mains. Il l’avait toujours su, mais ça ne le rendait pas plus facile à accepter. Son cœur tonnait dans sa poitrine et sa bouche s’assécha.

— Que puis-je faire ?

Il regarda Mairi d’un air suppliant, qui lui rendit son regard avec une véritable lueur de pitié dans ses yeux.

— Je peux te donner des potions pour faire accroître ta virilité pour le moment où tu devras prendre ta femme au lit. Mais ça me brise le cœur de savoir que tu vas vivre toute ta vie sans amour pour ta femme et que son amour ne comblera jamais l’abîme qui sera pour toujours dans ton cœur.

— Pourquoi suis-je si différent ?

La voix d’Angus augmenta avec sa colère.

— Pourquoi ne puis-je pas être comme les autres hommes ?

— C’est un cri que j’ai déjà entendu auparavant, mon petit homme. Quelques hommes sont capables de prendre une femme et de vivre leurs longues vies à faire ce qu’on attend d’eux. Ils font passer leur devoir au-dessus de tout autres choses. Certains choisissent de vivre dans la solitude. Parfois, quelques-uns trouvent un moyen de vivre avec l’homme qu’ils aiment.

Retournant l’assiette entre ses mains, Angus regarda à nouveau l’image, ayant le sentiment qu’ils se moquaient silencieusement de lui.

— Alors certains hommes… comme ces images ?

Angus fixa son regard sur celui de Mairi.

— Quelques hommes s’allongent auprès d’autres hommes et trouvent l’amour dans leurs bras. Peut-être le temps viendra-t-il où ils seront libres de s’aimer ouvertement. C’est un triste monde quand certains ne peuvent pas aimer ceux qu’ils ont choisis. Mais une telle liberté n’arrivera pas de notre vivant, mon petit homme.

Caressant l’assiette, Angus soupira lourdement.

— Je souhaite pouvoir vivre à cette époque, à cet endroit et trouver mon véritable amour.

— C’est bien au-delà de mes pouvoirs de t’accorder un tel souhait. Mais l’amour est puissant. Qui sait de quoi ton avenir sera fait ?

Elle lui tendit la main et Angus regarda le petit charme qui se trouvait dans sa paume.

— C’était avec l’assiette. Prends-le et peut-être t’apportera-t-il des rêves de bonheur. Tu peux toujours venir me voir pour des herbes ou des potions pour t’aider à être viril pour ta vie d’homme marié et les responsabilités qui vont avec.

Prenant le charme, Angus le regarda attentivement. La créature était à moitié homme, à moitié cheval. Il fronça les sourcils.

— C’est un… un centaure.

— C’est vrai. On dit que c’était des créatures très amoureuses.

Cette pensée provoqua un frisson qui parcourut sa colonne vertébrale. Il ferma son poing autour du charme, et une partie de sa peur et de son anxiété s’atténua. Peut-être que le charme pourrait l’aider dans les temps à venir. Il se leva et déposa un petit baiser sur la joue de Mairi.

— Merci.

— Attends, mon petit homme. Attends encore une minute.

Mairi retourna à la boîte et fouilla à nouveau. Cette fois-ci, elle en tira une longue bande mince en cuir.

— C’est probablement mieux si tu portes le charme près de ton cœur. Et si quelqu’un devait le voir et te questionner, dis que c’est un cadeau de ma part et que ça fera de toi l’homme le plus viril du village.

Elle lui adressa un clin d’œil.

— Quand je ne m’occupe pas des femmes, ce sont les hommes qui réclament mon aide.

Baissant les yeux vers le charme, Angus cligna des yeux. Il ne savait pas comment il avait pu manquer le petit anneau. Avec un haussement d’épaules, il enfila le cuir dedans et le noua solidement. La longueur était parfaite pour qu’il puisse se nicher près de son cœur. Une sensation soudaine de chaleur et une impression qu’il était à la maison déferlèrent en lui. Il tapota le charme et réarrangea sa chemise, de sorte qu’il soit hors de vue.

— Merci.

Il s’arrêta sur le pas de la porte et sourit à Mairi.

— Tu as été d’une grande aide.

— Bien. Maintenant, sois courageux, mon petit homme. Rappelle-toi comment tu dois agir.

Hochant la tête, Angus inspira profondément et posa sa main sur son charme. Un sentiment de réconfort le calma. Il n’aimait peut-être pas ce qu’il avait à faire, mais c’était pour sa famille et ferait face à l’avenir que son père avait prévu pour lui.

 

SCENE 1

 

 

103 après JC, villa en bord de mer de Gaius Fabius à Compania

 

 

Passant ses doigts dans ses boucles auburn soyeuses, Gaius grogna de dégoût alors qu’il se penchait en arrière sur sa chaise. Après avoir frotté son visage, il releva les yeux vers le modèle de couronne de lauriers sculpté au plafond de son bureau.

— Termine, âne paresseux. Seulement deux…

Il jeta un coup d’œil sur son bureau.

— Il te reste encore trois tablettes à faire.

Examiner la liste des dépenses était une corvée ennuyeuse, mais il fallait le faire. Calculer le nombre de deniers qu’il fallait pour dix amphores d’huile d’olive, le nombre de pièces pour cinq sacs de lentilles. Et vérifier que tous les décomptes et paiements avaient été pointés et réglés. Garder un œil sur les comptes de la villa était de son devoir en tant que Dominus, sa responsabilité en tant que maître de maison. Il se damnerait s’il dilapidait sans vergogne son héritage durement gagné à cause de sa négligence.

Lorsqu’il se rassit, Gaius regarda le portrait sculpté de son père dans une haute alcôve du mur. Beaucoup de gens avaient autrefois considéré Quintus Fabius comme traître à Rome, et maintenant le sombre visage grimaçant de l’homme était immortalisé dans le marbre pour l’éternité. Contrairement à son père, Gaius Fabius Rufus avait survécu au règne meurtrier du tyran Domitian, seulement pour découvrir qu’il était le dernier membre vivant de l’illustre branche de l’ancien clan des Fabius. Il s’était lui-même résigné au fait que ses réalisations n’atteindraient jamais les hauts faits glorieux de ses vénérés ancêtres républicains. Le passé refusait d’être oublié.

Gaius grogna devant la tête.

— Oui, Quintus… Je remplis pleinement mes saloperies de fonctions. Cesse de me regarder fixement, vieux bâtard malchanceux.

Lorsqu’une forte rafale de vent souffla de l’océan, l’un des volets claqua contre le mur avec un bruit sonore. Dehors, le ciel était couvert et gris… une autre journée pluvieuse, de Février sur la côte sombre de Compania dans le sud de l’Italie. La pluie incessante du matin avait finalement cessé, remplacée par un brouillard glacial qui recouvrait maintenant la côte rocheuse.

Dans un coin de la salle, les flammes vacillantes d’un candélabre en bronze, recouvert de fleurs, embelli des ailes de la victoire, projetaient des ombres sur les murs ornés de fresques. Enveloppé dans un lourd manteau de laine, Gaius retournait une autre tablette de cire et levait son verre de vin chaud, lorsque l’un des gardes de la villa, un ancien mais fidèle soldat défiguré dénommé Varius se précipita dans le sanctuaire de son maître.

— Commandant Fabius, mes… mes plus sincères excuses. J’ai demandé au Seigneur Petronius d’attendre dans l’atrium, le temps de vous prévenir, mais…

— Ce n’est pas de la faute de ta sentinelle, Gaius. Tu sais mieux que quiconque quel incorrigible et impatient personnage je peux être.

Les mots, grognés par Lucius tranchaient dans l’air glacial.

— Par les dieux, où sont mes bonnes manières ? Salutations de Rome, Seigneur Commandant Fabius.

Alors que ses lèvres s’apprêtaient à se poser sur le bord de sa coupe de vin en argent, Gaius se figea au son familier de cette voix sexy. Il pouvait entendre l’affection. Il pouvait même imaginer le sourire effronté. Lentement et délibérément, il posa sa coupe sur le bureau, prit une profonde inspiration pour se recomposer une expression neutre et se retourna dans sa chaise.

— Eh bien, quelle surprise. Salutations, Lucius Petronius Celsus.

Gaius se leva et secoua les plis de son manteau de laine.

— Tu es excusé, Varius. Va dire au personnel de cuisine que nous avons un invité. Tu restes bien pour dîner, notre totalement inattendu Seigneur Conseiller ?

Appuyé contre le mur, près de la porte, les bras musclés repliés sur sa poitrine, Lucius attendit que Varius soit dans le couloir et hors de portée de voix.

— Je resterai aussi longtemps que tu voudras, ronronna-t-il avec un léger sourire en coin.

Faisant quelques centimètres de plus que Gaius, le large torse de Lucius était drapé dans un grand manteau à capuche. Ses cheveux raides, d’un noir de charbon étaient coupés plus courts que la dernière fois que Gaius l’avait vu, mais ses yeux bleu clair étaient toujours aussi acérés et plus enivrants que jamais. Merde, même à l’âge de trente-trois ans, Luc était toujours aussi magnifique, encore plus qu’il ne l’avait été lors de son retour d’Athènes, il y a de nombreuses années, lorsqu’ils étudiaient la philosophie, passant la plupart de leur temps à paresser dans un lit plutôt qu’à étudier leurs leçons. Lucius Petronius avait bien vieilli, comme un vin fin de Sabine.

— N’essaie pas de m’amadouer. Je suis énervé après toi et j’ai bien l’intention de le rester. Que fiches-tu ici de toutes façons ?

— Ton fou de frère a décidé qu’il voulait passer ses vacances à Neapolis, une fois les festivités de Lupercalia terminées. Tu dois être conscient, Gaius que ton absence durant ces fêtes a été dûment constatée par l’impératrice.

— J’emmerde Plotina.

— Euh… Non. Quoi qu’il en soit, comme je voulais te voir, j’ai demandé la permission de la cour pour accompagner l’entourage de Publius lors de son voyage et l’empereur me l’a accordée. Je dois admettre que notre petit Grec sait dénicher les meilleurs gîtes et auberges, la petite chatte gâtée.

— Publius est ici à Campania ? Puisse Neptune enfoncer son putain de trident dans mon œil ! Je vais bientôt recevoir des invitations à ses fêtes parfumées. « Gaius Fabius, s’il te plaît, accepte mon invitation à venir te pâmer sur mes dernières tentatives atroces de poèmes lyriques ». Cela va être fastidieux… mais je survivrai à la torture. Je n’ai pas vu mon imbécile de petit frère depuis un bon moment. Cela n’explique toujours pas pourquoi tu es ici cependant, Luc. Sauf bien sûr, si tu es le nouveau calamite[1]de Publius.

Lucius sourit largement et se mit à rire.

— À peine, Commandant. Je ne suis ni jeune, ni androgyne, ni grec. Hélas, il ne voudra jamais de moi. Je suis trop…

Lucius posa son avant-bras devant ses yeux, dans une tentative mélodramatique de feindre le chagrin.

— Je suis trop décrépit et trop romain pour notre princesse barbue.

— Conneries. Toi et moi savons tous les deux que Publius s’est langui de toi pendant des années, depuis que ta famille a assisté à ce dîner au palais après que nous soyons tous les deux rentrés d’Athènes. Et, si je me souviens bien, tu t’es amusé à mes frais en encourageant sans vergogne les tentatives flagrantes de ton frère de flirter.

Lucius Petronius Celsus était le meilleur ami de Gaius et son loyal confident, ensemble ils avaient navigué dans les eaux troubles du bourbier qu’était la politique à Rome. Chaque noble avait besoin de se trouver des associés en qui il pouvait avoir confiance afin de rester vivant. Luc était celui de Gaius, même si sa famille était d’origine plébéienne et qu’aucun de ses ancêtres ne pouvait rivaliser avec l’autorité que le sang bleu de Fabius lui conférait.

Et Lucius était également depuis longtemps l’amant secret de Gaius, ce qui était très pratique et très discret. Il y avait une loi archaïque qui interdisait les relations sexuelles entre hommes adultes libres. Le tyran avait utilisé cet ancien décret comme arme politique pour détruire la réputation d’un grand nombre de sénateurs romains de premier plan. Même si le despote était mort depuis sept ans, la crainte d’accusations pour comportement impudique restait palpable.

— J’ai peaufiné mon imitation de Publius. Laisse-moi te montrer.

Lucius se racla la gorge et prit une petite voix aigüe au lieu de sa voix basse et profonde.

— Je dois partir pour les vacances à Neapolis, Monseigneur Empereur et Père. Je suffoque tout simplement ici, dans notre petit palais impérial sordide !

Quand Lucius sauta sur le bureau en levant ses deux bras comme un danseur pour pimenter sa caricature et se cambra de la façon notoire dont Publius le faisait, Gaius ne put retenir son rire. Il n’avait pas autant ri depuis des mois.

— Toi… Toi, mon ami, tu aurais dû être acteur de théâtre, pour devenir un célèbre interprète avec une mauvaise réputation, plutôt qu’un avocat qui met en péril sa santé mentale pour poursuivre des mécréants sans scrupules.

— Je ne fais que jouer mon rôle dans la pantomime qu’est la vie, Gaius.

— Et qui se joue de moi, je suppose. Pourquoi es-tu ici, Luc ?

— Une lettre semblait trop impersonnelle. Je voulais m’excuser en personne, encore une fois, répondit Lucius, soufflant sur ses mains pour les réchauffer.

— Par tous les dieux… Tu as chevauché jusqu’ici sous cette pluie ? Tu es trempé. Tu devrais retirer ces vêtements humides.

— C’est la meilleure offre que l’on m’ait faite depuis longtemps, chéri.

Lucius se mit à rire, alors que ses dents commençaient à claquer. Il s’approcha de Gaius et passa ses bras autour de sa taille.

— Tu me déshabilles toi-même, soldat ?

— Atticus, viens ici !

Gaius repoussa Luc loin de lui avant que son homme de confiance, mais maladroit régisseur de la villa ne se glisse dans le bureau.

— Escorte notre visiteur détrempé de Rome jusqu’à notre meilleure chambre d’hôtes et apporte-lui quelques vêtements secs. Il a clairement besoin d’un bon rasage également. Je te revois, mon cher Seigneur Petronius, dans la salle à manger d’hiver. Ne me fait pas attendre. Je suis impatient d’entendre la dernière version de tes excuses.

Lucius secoua la tête et se mit à rire.

— Oui, Dominus.

 

CHAPITRE DEUX

 

 

Assis au sommet de la colline, Angus baissa les yeux, vers le loch. Puisqu’il n’avait pas à surveiller les moutons, il avait commencé à marcher, s’éloignant d’une bonne distance de la ferme pour s’asseoir seul, alors que son mariage approchait rapidement. Il avait feint l’enthousiasme quand son père avait annoncé qu’il allait courtiser Mary. Il faisait en sorte de toujours se montrer poli et attentif quand elle était à son bras. Cependant, l’idée de passer le reste de sa vie avec elle, de devenir père et d’éduquer des enfants faisait encore marteler son cœur et assécher sa bouche.

Mary avait sa famille dans le village d’à côté, et les ceihli[2] prévues pour le mariage étaient une énorme affaire. Le père d’Angus se pavanait comme un cerf et ses frères étaient tous aussi ravis que lui. Mais ça ne faisait qu’alourdir trois fois plus les responsabilités qui menaçaient d’écraser Angus et il avait besoin de s’éloigner. Il regarda le loch. On disait qu’un cheval d’eau y habitait. Il ne connaissait personne qui ait jamais vu la créature, mais la légende perdurait.

Il ferma les yeux. Il était reconnaissant d’avoir la responsabilité de s’occuper du troupeau de moutons de la famille. Aucune question n’était posée sur le fait qu’il passait toutes ses journées loin de la ferme familiale. Il tendit la main vers son talisman et l’agrippa fermement. La pensée de se mettre au lit avec Mary lui glaçait les sangs. Une fois encore, il souhaita de tout son cœur et de toute son âme qu’il ait été autorisé à trouver son amour par lui-même, plutôt qu’un mariage où, au mieux, il partagerait seulement une affection fraternelle avec sa femme.

Un appel à l’aide le fit sursauter et il se remit sur ses pieds, tirant sa claymore. Au pied de la colline, trois hommes avaient pris quelqu’un dans un filet. Leur prisonnier était à moitié immergé dans le loch, l’eau éclaboussant partout tandis qu’il luttait. Les hommes étaient habillés d’une manière étrange, mais c’était leurs rires cruels alors qu’ils frappaient leur captif qui mit le feu au sang d’Angus. Poussant son cri de guerre, il fit de grands cercles avec son épée au-dessus de sa tête et se précipita vers eux.

Les hommes relevèrent leurs têtes à son hurlement et Angus tira une grande satisfaction de l’expression apeurée et choquée sur leurs visages. Un homme s’enfuit immédiatement. Les deux autres hésitèrent et Angus hurla à nouveau. Ce fut suffisant pour les faire courir après leur complice. Alors qu’Angus se tenait à côté de l’homme qui se débattait toujours, son sourire s’effaça lentement de son visage.

Le loch était différent. Les collines qui s’élevaient de l’autre côté étaient recouvertes d’arbres qu’il ne reconnaissait pas. Les hommes s’étaient enfuis vers une forêt qui ne devrait pas être là. Il se redressa lentement et regarda autour de lui, luttant contre une sensation grandissante de panique. Le sol était dur et sableux, le ciel d’un bleu sans nuages et le soleil tapait avec une chaleur qu’il n’avait jamais connue.

— S’il te plaît, aide-moi…

La voix effrayée repoussa la sensation de panique qui l’avait gagnée. Il y avait quelque chose d’irrésistible dans la voix. Il se retourna et dégagea le filet. Ce faisant, il plongea son regard dans les yeux de l’homme qu’il sauvait. Angus n’avait jamais vu une telle nuance de brun profond auparavant et le visage de l’homme était exquis, finement découpé et lisse, avec une peau d’une lumineuse teinte de bronze. Ses cheveux noirs étaient longs et raides, dépassant largement la longueur de ses épaules. De toute sa vie, Angus n’avait jamais vu quelqu’un d’aussi beau.

Un halètement choqué s’échappa de ses lèvres alors qu’il retirait rapidement le filet, perdant pied et se retrouvant sur les fesses, après avoir poussé un petit cri indigne de lui, son épée se retrouvant à plusieurs mètres de lui. Seule la moitié supérieure du bel homme était humaine. Le reste était…

Agrippant son talisman, Angus dévisagea le centaure qui s’ébrouait devant lui, agitant ses pattes avant. Il secoua la tête, ferma les yeux et pinça même sa cuisse avec sa main libre. Rouvrant les yeux, la vision n’avait pas changé, sauf que maintenant, le centaure le regardait avec une expression inquiète.

— Est-ce que tu vas bien ? Que s’est-il passé ? As-tu voyagé ?

La voix étrangement accentuée provoquait des réactions pécheresses dans le sexe d’Angus qui ne se souciait manifestement pas du fait que l’étranger n’était pas entièrement humain. Son cœur semblait pulser en harmonie avec son membre inférieur, réagissant vivement à son apparence et à sa voix. Seul l’esprit d’Angus semblait avoir des difficultés avec le fait qu’il regardait quelque chose qui existait uniquement dans les contes et légendes.

— Tu… Tu es un centaure !

L’étranger sourit, et une brusque vague de chaleur déferla dans les veines d’Angus. Centaure ou non, le corps du highlander n’avait aucun problème avec le fait que l’homme qui se tenait devant lui n’était pas humain. Le sourire rendait le centaure encore plus magnifique.

— Eh bien, oui.

L’étranger fit un geste vers son corps chevalin.

— J’aurais cru que c’était évident. Je ne suis certainement pas un satyre.

Il se mit à rire comme s’il avait fait une plaisanterie.

— Laisse-moi t’aider. Merci d’être venu à mon secours. Je n’ai jamais vu quiconque habillé comme toi. Tu étais superbe à dévaler la colline comme ça. Es-tu un voyageur ?

Le centaure babillait, si vite qu’Angus arrivait à peine à le suivre. Il décida de donner des réponses aussi succinctes que possible, jusqu’à ce qu’il comprenne où il était et ce qui s’était passé. Le loch avait une légende concernant un cheval marin, pas un centaure, et le paysage n’était certainement pas tel qu’il devrait être.

Peut-être que j’ai trébuché, que je me suis cogné la tête. Peut-être que ce n’est qu’un rêve.

— Je t’ennuie, n’est-ce pas ? Je parle trop. Je suis désolé. Je te remercie de m’avoir sauvé. Je te laisse poursuivre ton chemin.

La tête et les épaules du centaure s’affaissèrent. Il se retourna, s’avançant lentement vers la forêt.

Cela ne prit que quelques secondes à Angus pour réaliser ce qui se passait. Il se mit à courir après le centaure.

— Non, pas du tout. Je suis juste un peu… perdu ?

Le centaure le dévisagea et Angus ramenait constamment son regard vers lui. Afin de briser le silence, il se frappa la poitrine.

— Mon nom est Angus.

Imitant son action, le centaure sourit largement.

— Je suis Akakios. Alors… Euh… Où vas-tu ?

— Je n’en suis pas vraiment sûr.

Angus jeta un coup d’œil autour de lui.

— Je ne m’attendais pas à être ici.

La tête d’Akakios s’agita de droite et de gauche, ne sachant manifestement pas comment prendre son commentaire.

— Eh bien, si tu n’as pas d’endroit précis où aller, tu peux revenir à la maison avec moi. Tu dois avoir faim. Et ma famille voudra certainement te remercier. Je serais heureux de te montrer les environs.

Secouant la tête, Angus éclata de rire. Akakios avait raison sur une chose : c’était un sacré bavard. Mais la douce voix et l’accent délicieux étaient agréables. Peut-être même un peu trop, vu la manière dont son sexe restait à moitié dur.

— Aye ! J’aimerais bien.

 

CHAPITRE TROIS

 

 

Marchant avec Akakios, Angus avait l’impression étrange qu’il connaissait l’endroit où il se trouvait. Le centaure semblait très bien informé, bien qu’il ait tendance à sauter rapidement d’un sujet à un autre. Non pas que cela dérange réellement Angus. Il aimait l’accent d’Akakios et il ne souciait pas vraiment que le centaure bavarde joyeusement pendant la durée de leur promenade.

Ce fut seulement lorsqu’ils s’approchèrent d’autres centaures, paraissant tous plus grands et plus féroces d’Akakios, qu’Angus commença à douter de la sagesse de ses actions.

— Attends ici. Ma famille se méfie des humains, mais je vais leur expliquer que tu es différent.

Akakios lui adressa un sourire d’excuses tandis que les autres centaures les dévisageaient.

C’était à peu près tout ce qu’Angus pouvait faire. Il regarda Akakios trotter en s’éloignant, essayant de ne pas paraître anxieux. S’ils le chassaient d’ici, où irait-il ? Que ferait-il ? S’il se souvenait bien, les centaures étaient des créatures mythiques de la Grèce ancienne. Mais tout ce qu’il avait fait avait été de dévaler une des collines des Highlands.

Il agrippa le petit charme autour de son cou et le palpa. Était-il responsable en quelque sorte de son arrivée ici ? Si c’était le cas, comment allait-il faire pour rentrer chez lui ? Il regarda Akakios. Trois grands centaures se tenaient à côté de lui, tandis que deux autres alternaient entre écouter la créature et regarder Angus. Leurs expressions hostiles correspondaient au raclement de leurs sabots et au fouettement des crins de leurs queues.

L’un d’entre eux fit quelques pas vers lui, fixant un regard glacial sur Angus qui ne put s’empêcher de se demander ce qu’ils pouvaient bien penser de lui. Ses vêtements étaient totalement différents de ceux des hommes qui avaient attaqué Akakios. Comment puis-je expliquer d’où je viens ?

— Angus, mon père voudrait te rencontrer.

Akakios lui faisait un geste de la main de là où il se trouvait et son sourire était rassurant.

Prenant une profonde inspiration, Angus redressa ses épaules, posa sa main près de son épée et fit un pas délibéré en avant, son attention concentrée sur Akakios. Il passa volontairement devant le trio de centaures, sans broncher ni même les regarder, malgré leurs grondements forts. Arrivant au niveau de son ami, Angus dévisagea les centaures, paraissant tous plus inamicaux les uns que les autres.

S’agitant sur ses pattes avant, Akakios présenta tour à tour chaque mâle présent.

— Voici mon père et mon oncle. Dareios, Solon, voici Angus. Il m’a sauvé et sortit du loch plus tôt dans la journée.

Dareios fit un pas en avant, se pencha et scruta attentivement Angus.

— Mon fils dit que vous êtes apparu pendant l’attaque et que vous l’avez sauvé. Je ne crois pas beaucoup aux coïncidences.

Pendant une seconde ou deux, Angus ne comprit pas bien l’allusion de Dareios, puis il fronça les sourcils, appuyant sur son épée tandis qu’une vague de colère échauffait son visage.

— Vous me traitez de menteur ?

Les mots forcèrent le passage de ses dents serrées tandis qu’il fixait Dareios.

— Père ! Il m’a sauvé !

Akakios tenta de s’interposer, poussant son corps entre Angus et son père, mais aucun d’eux ne bougea d’un centimètre.

— Que tu crois ! Akakios, tu es toujours aussi naïf ! ricana Dareios, agitant sa tête et fixant Angus une fois de plus.

— Nous ne pouvons pas en être certains, mon frère. Peut-être dit-il vrai.

Solon regarda Angus, les sourcils froncés.

— Si c’est la vérité, tu dois la vie d’Akakios à cet homme.

Agitant ses pattes avant, Dareios souffla à nouveau. D’après la grimace sur son visage, il était évident pour Angus que le centaure ne voulait pas être reconnaissant envers un simple humain. Eh bien, cela lui convenait parfaitement.

— Je n’ai pas sauvé Akakios pour que vous soyez mon débiteur, centaure. Je l’ai fait parce que je l’ai entendu crier à l’aide. Je le referai, sans l’ombre d’une hésitation, avec ou sans vos remerciements, si je devais l’entendre à nouveau. Akakios, merci de ton amitié et de ton offre d’un abri. Mais ma présence n’est pas la bienvenue ici. Si tu veux bien m’indiquer un endroit dans la forêt où je pourrai dormir en sécurité, je te laisserai avec ta famille.

Angus relâcha son épée, inclina son menton vers Dareios, puis se détourna du centaure.

— Tu ne peux pas dormir là-bas.

Akakios grattait le sol, son visage exprimant ouvertement sa tristesse et Angus ne put s’en empêcher. Il tendit sa main jusqu’à toucher le visage du jeune centaure et caressa sa joue.

— Ça ira.

Il garda une voix douce et apaisante. Comme s’il s’adressait à un enfant en détresse.

— J’ai dormi sous les étoiles à plusieurs reprises auparavant et j’ai mon épée.

— Vous pouvez rester.

Dareios se positionna à côté de son fils, son regard passant d’Akakios à Angus.

— Akakios, trouve-lui un endroit correct et assure-toi qu’il ait de la nourriture et des boissons.

Secouant ses pattes arrière, Akakios étreignit son père.

— Merci !

Embrassant la joue de son fils, Dareios se pencha en avant, pour que ses lèvres soient près de l’oreille d’Angus.

— Si tu le blesses d’une quelconque manière, je te ferai me supplier de mourir.

Angus voulut refuser, mais à la vue de la joie d’Akakios, son cœur fondit immédiatement.

— Je ne vais pas lui faire de mal, grogna-t-il en retour.

— Viens avec moi, dit le jeune centaure en lui tendant la main. Je connais un bon endroit où tu pourras dormir. Pas très loin de moi. Puis, je t’apporterai un peu de nourriture. Qu’est-ce que tu aimes ? Nous avons du pain, du fromage et du miel.

Souriant au discours d’Akakios, Angus laissa les mots apaiser sa colère. Il lui était totalement impossible de rester furieux alors qu’il marchait à côté du jeune centaure. Il fut guidé vers un endroit où il semblait que tous les centaures s’étaient installés pour la nuit et Akakios dressa rapidement un lit, à côté d’un autre. Angus le désigna du doigt.

— À côté de qui suis-je censé dormir ?

Baissant la tête timidement, Akakios rougit en se tapotant la poitrine.

— Moi…

Il détourna son regard d’Angus, ses yeux sombres encadrés de longs cils épais et sa beauté coupa pratiquement le souffle du highlander.

— Alors, c’est parfait.

Les mots sortirent sans même y penser, mais le sourire de joie sur le visage d’Akakios rendit Angus heureux de les avoir prononcés à voix haute.

— Alors, viens manger avec moi et nous pourrons nous allonger et nous reposer après, dit Akakios en lui tendant la main, qu’Angus s’empressa de prendre.

Pendant un moment, Angus se sentit très conscient du fait qu’il tenait la main d’un autre homme, même si cet homme était un centaure, mais aucun des autres membres du clan n’y portait attention tandis qu’Akakios le conduisait vers une table où se trouvait de la nourriture. En fait, beaucoup d’entre eux étaient par paires. Quelques un qui étaient seuls se dirigèrent vers l’endroit où quelques centaures femelles se reposaient.

Puis Angus vit un couple de mâles s’embrasser. C’était doux, tendre, un léger effleurement de leurs lèvres. Akakios soupira doucement et Angus le regarda.

— As-tu beaucoup de… euh…

Angus indiqua d’un geste de la main les mâles qui s’embrassaient.

— Nous avons quelques couples, dit Akakios en souriant. Ne forment-ils pas une paire magnifique ?

Les étudiant attentivement, Angus se rendit compte que le couple semblait parfaitement inconscient de leur entourage. Il n’y avait qu’eux dans leur cocon. Il en vint soudain à souhaiter que quelqu’un d’autre puisse le regarder comme s’il représentait tout son monde.

— Aye. Ils le sont.

Avec le pain, de fromage et de miel, il y avait un peu de viande et certaines choses qu’Angus ne reconnaissait pas. Cependant, il imita Akakios et se remplit une assiette avec de la nourriture. S’éloignant sur le côté, ils s’installèrent pour manger. Angus découvrit que les petits fruits ovales étaient des olives. Elles étaient assez agréables au goût. Il vit Akakios recracher le noyau. Il sourit.

— C’est le mieux que tu peux faire ?

En mangeant une autre, Angus recracha son noyau plus loin. Akakios ricana, grignota une autre olive puis envoya son noyau bien au-delà de celui d’Angus.

Pendant les quelques minutes suivantes, ils essayèrent chacun de surpasser l’autre, les autres centaures criant pour donner des encouragements à l’un ou à l’autre, jusqu’à ce qu’Akakios ne puisse plus contenir son rire plus longtemps.

— Tu as gagné, Angus. Laisse-moi te couronner.

Fronçant les sourcils, Angus attendit Akakios qui s’éloigna en trottant, puis revint un moment plus tard avec une couronne de feuilles qu’il posa solennellement sur sa tête.

— Je te couronne champion.

Incapable de maintenir un air grave, Akakios éclata de rire et les autres centaures le rejoignirent, certains s’inclinant même sur leurs pattes avant, en guise de salutation moqueuse.

Acceptant tout de bonne grâce, Angus se mit à rugir de rire. Un coup d’œil sur Dareios fit son cœur s’envoler. Le grand centaure regardait son fils et un grand sourire affectueux recourbait ses lèvres. Malgré sa colère plus tôt et ses mots durs, Angus réalisa que Dareios n’avait fait que se soucier profondément de son fils. Il essaierait de garder cela à l’esprit lorsqu’il aurait à nouveau à s’adresser à lui.

Alors que la soirée avançait, Angus et Akakios restèrent assis avec certains des centaures les plus âgés, fascinés par leurs histoires et Angus remarqua qu’Akakios était également totalement absorbé. Ils burent du vin qu’ils partagèrent avec l’humain. Le jeune centaure buvait peu, affirmant que cela lui donnait le vertige, préférant plutôt prendre quelques gorgées dans la coupe d’Angus. La vue des lèvres charnues, rouges et luisantes du centaure lui donna envie de se rapprocher et de l’embrasser.

Au lieu de cela, il fit semblant de bâiller lorsque l’histoire se termina.

— Je pense qu’il est temps de dormir.

— J’y vais aussi. Merci pour les contes.

Akakios salua les autres centaures et marcha à côté d’Angus, vers le coin réservé aux couches.

Bien qu’Angus soit enveloppé dans une couverture épaisse, Akakios s’installa derrière lui.

— Dors bien, Angus. Je suis heureux de t’avoir pour ami.

Une sensation de chaleur l’enveloppa.

— Aye. Moi aussi, Akakios.

 

CHAPITRE QUATRE

 

 

Lorsqu’Angus se réveilla, il était fermement pressé contre le dos d’Akakios et il tenait le centaure dans une étreinte lâche. Quelques centaures plus âgés s’agitaient autour, mais personne ne semblait préoccupé par la façon dont il câlinait Akakios.

Déchiré entre son désir de reculer et de rester comme il était, Angus grimaça lorsque le jeune centaure lui parla.

— Tu es bien, Angus ?

— Aye, je vais bien. Désolé, si je t’ai dérangé.

Maintenant, Angus ne savait plus quoi faire de son bras. S’il le laissait là où il était, Akakios serait peut-être choqué et s’il le bougeait, son ami se sentirait-il offensé ? Un tapotement sur son avant-bras régla son souci.

— Tant que tu vas bien.

Akakios bâilla et se retourna.

— On dirait que nous sommes en retard.

Il retourna le haut de son corps et sourit à Angus.

— Il ne va plus rester que du pain et du miel pour le petit déjeuner.

Baissant les yeux vers Akakios, une soudaine vague de chaleur imprégna Angus. Le centaure était adorable avec ses cheveux ébouriffés et ses yeux embués de sommeil.

— C’est plus que suffisant pour moi si je le partage avec toi.

Il était trop tard pour reprendre ses mots, mais au lieu d’avoir l’air horrifié, les yeux d’Akakios s’écarquillèrent, puis il sourit avec un plaisir évident.

— Et pour moi aussi.

Après s’être levés, ils prirent soin de leurs nécessités personnelles, gardant une distance respectueuse, avant de partir ensemble pour voir ce qui restait pour le petit déjeuner. Avoir Akakios à ses côtés ne lui paraissait pas seulement normal, mais agréable également. Il se demanda ce que sa famille penserait du centaure bavard, mais son cœur se serra.

Qu’en était-il de sa famille ? La reverrait-il un jour ? Bien que la pensée provoque un choc en lui, sa plus grande surprise fut la douleur qu’il ressentit dans son cœur à la prise de conscience que s’il trouvait, en quelque sorte, un moyen de rentrer chez lui, il pourrait très bien ne plus jamais revoir Akakios.

— Est-ce que tout va bien ?

Akakios posa une main sur le bras d’Angus.

— Tu as l’air un peu souffrant.

— Aye. Je vais bien. Je pensais juste à tout ce que je devais faire. Ne t’inquiète pas.

Angus essaya d’adresser un sourire au centaure anxieux.

— Allons manger. Je suis affamé.

Même si un soupçon d’inquiétude resta dans les beaux yeux bruns d’Akakios, il hocha la tête et ils continuèrent à marcher ensemble.

 

 

CHAPITRE CINQ

 

 

Les jours suivants, Angus et Akakios furent presque inséparables. Même Dareios souriait et hochait la tête maintenant en les croisant. Quand cela arriva, Akakios caracolait joyeusement autour d’Angus, dont le cœur gonflait de voir le centaure si heureux. Mais sa guerre entre son désir de revoir sa famille et son désir de rester avec Akakios le rongeait. Angus ne savait pas à qui se confier. Ni même si son récit serait cru.

Quittant Akakios qui trotta vers quelques autres centaures pour discuter, Angus s’assit et frotta son visage entre ses mains. Il avait besoin de faire quelque chose, de dire quelque chose. Il releva les yeux et faillit presque tomber de son siège en trouvant le visage de Solon face à lui.

— Tu as l’air perdu. Akakios est trop heureux d’être simplement en ta compagnie pour le voir. Penses-tu à partir ? Il t’est devenu très… attaché.

— Non, enfin… je ne sais pas. Peut-être.

Angus n’avait aucune idée de quoi répondre à Solon. Le centaure le prendrait-il pour un fou s’il se confiait à lui ?

— Marche avec moi. Je peux voir à quel point tu es en détresse. Je sais également qu’Akakios aura le cœur brisé si tu t’en vas. Peut-être que je peux vous aider, tous les deux, d’une manière ou d’une autre ?

— Tu vas penser que je suis fou.

Angus secoua la tête, mais se leva de son siège à la douce insistance de Solon.

— J’en doute. Mais tu as manifestement besoin de te retirer un poids des épaules. Par ici…

Suivant le centaure plus âgé, Angus s’engouffra dans la forêt. Les arbres ici étaient tellement différents de ceux qui étaient chez lui, mais il se sentait déjà à l’aise autour d’eux, tout comme ce monde étrange dans lequel il s’était retrouvé.

— Maintenant, parle-moi.

Solon se tenait là, les mains sur les hanches et baissant son regard vers Angus.

— Tu vas penser que je suis fou. Mais je te jure que chaque mot est vrai.

Avec un profond soupir, Angus raconta tout à Solon. De sa vie au village, de sa rencontre avec Mairi et finalement, de sa course au bas de la colline pour sauver Akakios.

— Je jure que tout est vrai.

Solon frotta son menton, puis tendit la main pour serrer l’épaule d’Angus.

— Je te crois. Je sens ton honnêteté à travers ta confusion et ta peur. Mais es-tu certain à propos de ta famille ? Que ton père veut te marier ?

— Oui. La fille a déjà été choisie.

Un bruit derrière lui surprit Angus et il saisit son épée en se retournant. À la vue de l’expression effondrée d’Akakios, Angus sentit son épée glisser de ses doigts engourdis.

— Te marier ? Je pensais… Je pensais que nous… ?

Akakios rua avant de se retourner et de s’enfuir au triple galop.

— Akakios, non !

Angus s’élança vers le centaure, mais il avait déjà disparu.

En hennissant, Solon se précipita après lui, mais il trébucha et poussa un cri de douleur. Angus courut à son côté tandis que le centaure boitait d’une patte avant.

— Tu es blessé. Laisse-moi t’aider.

Angus essaya de l’aider bien qu’avec sa carrure plus petite, il était difficile pour Solon de s’appuyer sur lui.

— Ne t’inquiète pas pour moi. Je vais rejoindre les autres. Essaie de suivre Akakios. Il sera certainement là où tu l’as trouvé la première fois. Il a toujours été attiré par cet endroit-là. Je ne prétends pas comprendre, mais je pense que les Moires voulaient que vous vous rencontriez, tous les deux. Mais maintenant, ce n’est pas le moment d’essayer de comprendre les pensées des dieux. Dépêche-toi. Les chasseurs veulent tellement attraper un centaure.

Le souvenir des hommes qui avaient attaqué Akakios lorsqu’il était entré dans ce monde éclata dans l’esprit d’Angus. Ramassant son épée, il se mit à courir, suivant la direction par laquelle Akakios s’était enfui et suivant un instinct pour lequel il n’avait pas de nom.

Surgissant de la forêt, Angus aperçut Akakios qui luttait contre des cordes enroulées autour de son torse tandis qu’un groupe de quatre ou cinq hommes riaient. Levant sa claymore, Angus prit une profonde inspiration, prêt à s’élancer, indifférent quant à sa propre sécurité, mais avant qu’il puisse le faire, la scène se modifia devant ses yeux.

Il se tenait debout sur une butte surplombant le loch, son épée à la main. Rien ne semblait différent du jour où il avait dévalé la colline pour sauver Akakios, sauf qu’il n’y avait aucun appel au secours. Il se tourna sur la droite, puis sur la gauche, ne sachant même pas ce qu’il cherchait. Le cri de son nom se fit entendre de derrière lui et il jeta un coup d’œil par-dessus son épaule, voyant Duncan courir vers lui.

— Où étais-tu ? Tout le village fait une battue afin de te retrouver. Si notre famille n’avait pas aussi bonne réputation dans les batailles, nous serions déshonorés. Même maintenant, certains continuent d’insister, disant que tu as préféré t’enfuir plutôt que de te marier.

Le visage de Duncan était un mélange de colère, d’anxiété et de soulagement.

Se retournant à nouveau vers le loch, Angus secoua la tête.

— Non, je ne me suis pas enfui. Je vais épouser la fille comme Père s’y attend. Même s’il n’y a aucun véritable bonheur pour aucun de nous deux.

Un terrible sentiment de perte, si profond qu’il rendait pratiquement toute respiration impossible, broya la poitrine d’Angus. Il aimerait toujours sa famille, mais il ne pourrait jamais être heureux avec eux. Leurs attentes et ses désirs étaient beaucoup trop éloignés pour pouvoir se concilier. Aller avec Duncan le conduirait à une vie pleine de vide. Il avait tenu le véritable désir de son cœur entre ses mains et il l’avait laissé s’échapper.

— Ne sois pas stupide, dit Duncan en croisant les bras. Bien sûr, il faut du temps pour s’attacher à une femme, mais ce n’est qu’une question de temps. Surtout quand tu auras une maison pleine d’enfants. Viens avec moi. Dis-moi où tu étais et je vais trouver un moyen d’arranger les choses.

Se tournant vers le loch, Angus sortit son talisman-centaure, l’embrassa et secoua la tête alors qu’il le glissait contre son cœur.

— Je vous aime tous. Vous êtes ma famille. Mais je ne pourrais jamais être heureux si je vis comme vous le voulez et non pas comme moi, je le veux. Je vous souhaite à tous bonheur, joie et prospérité.

Il jeta un bref coup d’œil à Duncan.

— Merci de m’avoir défendu. Si ça marche, et je prie pour que ce soit le cas, nous ne nous reverrons jamais. Mais je peux te promettre, si je survis, que j’ai trouvé l’amour et que je serai heureux.

— Angus ! Attends ! De quoi parles-tu ?

Ignorant son frère, Angus leva sa claymore et se précipita vers le bas de la colline. Dans son esprit, tout ce qu’il voyait, c’était Akakios se débattant dans les cordes de ses ravisseurs. La colline n’existait pas, ni aucun des paysages familiers des hauts plateaux, il n’y avait que son amour, son cœur et sa peur qui l’appelaient.

— Angus !

L’air autour de lui devint flou pendant une seconde ou deux, puis il aperçut Akakios. Ses agresseurs le forçaient à s’allonger sur le sol, prêts à l’entraver.

— Je viens, Akakios ! J’arrive ! cria Angus.

Après ses mots, il hurla à pleins poumons, poussant le cri de guerre le plus féroce qu’il pouvait faire.

Deux des hommes s’écartèrent d’Akakios, prêts à se battre, mais Angus remarqua les regards nerveux qu’ils s’échangeaient. Il n’avait pas de tels soucis. Il mourrait pour protéger Akakios et emmènerait autant d’ennemis que possible avec lui.

La force de sa charge était suffisante pour envoyer le premier homme sur le côté tandis qu’Angus balançait son épée sur le second. Il grogna en direction de son adversaire, abaissant son épée avec une force brutale qu’il puisa dans sa fureur, forçant l’homme à s’écarter d’Akakios.

Son adversaire chuta incapable de faire autre chose que de parer les coups d’Angus. Un mouvement mal assené lui procura l’ouverture dont il avait besoin. Sans l’ombre d’une hésitation, il plongea sa claymore en avant, le cri de son ennemi devenant un gargouillis indistinct. L’étranger fixa la plaie béante sur sa poitrine avant que ses genoux fléchissent.

— Angus ! Derrière toi !

Sachant qu’il n’avait plus rien à craindre de l’homme mourant, il se retourna à temps pour parer un coup. Cet homme-ci ne semblait pas avoir peur de lui, non pas que cela lui importe. Enfiévré par la bataille, Angus n’était que vaguement conscient d’autres cris, hurlements et pleurs.

Son énergie déclinait à mesure que la lutte s’éternisait et Angus craignait de perdre la bataille. Une longue estafilade courait déjà le long de son avant-bras causée par la lame de son adversaire. Cette fois-ci, son adversaire était un bien meilleur épéiste.

Pressant fortement, Angus était certain que son épée était devenue plus lourde. Il haletait et hoquetait, mais refusait d’abandonner. Akakios dépendait de lui. Un cri de douleur lui échappa lorsque la lame de son adversaire réussit à entailler sa poitrine.

Son ennemi souleva son arme à deux mains pour porter un coup dont Angus savait ne pas avoir la force nécessaire pour le contrer. Le visage de l’homme était orné d’un rictus de haine, puis soudain, ses yeux s’écarquillèrent et sa bouche s’ouvrit sur un cri silencieux.

Faisant un énorme pas en arrière, Angus vit alors Dareios. Le visage du centaure était déformé par la colère et la haine, puis son regard tomba sur l’épée épaisse qui perçait le côté de l’homme.

— Personne ne blesse mon fils ou ceux de mon clan et ne survit.

Dareios tira son épée, l’essuyant sur le chiton de l’homme tombé. Il regarda Angus.

— Tu as mes remerciements. C’est la deuxième fois que tu sauves la vie de mon fils. Je prie pour qu’il n’y ait pas de raison pour une troisième.

— Tout comme moi.

Angus rengaina lentement sa claymore et se retourna pour chercher Akakios du regard. Le jeune centaure était en grande conversation avec Solon. Puis, avec un hennissement, il arriva au triple galop vers lui.

— Tu es blessé ! Tu saignes ! Que pouvons-nous faire ?

Akakios martelait le sol de ses sabots et ses mains tremblaient tandis qu’il les tendait vers Angus, avant de s’arrêter et de tenter de les faire retomber à ses côtés. Pas assez rapidement. Angus les attrapa, les retenant fermement, le regardant dans les yeux.

— Tu peux t’occuper de moi. Je sais ce que tu as entendu. Mais je te jure que je n’ai aucun désir de prendre femme. C’est pour quoi je suis ici. Je n’étais pas destiné à avoir une femme. Je ne trouverai jamais là-bas le même bonheur que j’ai ici.

— Alors… quoi ?

Les yeux d’Akakios s’écarquillèrent et la chaleur qu’ils contenaient réchauffa le cœur et l’âme d’Angus. C’était le regard qu’il avait toujours voulu, celui dont il avait espéré bénéficier, un jour. Il sourit à Akakios, puis regarda Dareios.

— Je voudrais te demander la permission de courtiser ton fils.

Dévisageant le grand centaure, Angus trouva difficile d’interpréter l’expression du visage de Dareios.

— Est-ce là ce que tu veux, Akakios ?

Dareios tendit la main et serra l’épaule de son fils.

— Parle honnêtement.

— Oui, répondit-il en hochant la tête, ses cheveux volant autour de ses épaules. Oui, je le veux.

— Alors qu’il en soit ainsi. Courtise mon fils. Si vous êtes tous les deux certains de l’autre, venez et parlez-m’en à nouveau. Dans un mois. Maintenant, rentrons à la maison.

— Je te promets de tout te dire, Akakios. Tout ce que je peux.

Relâchant l’une des mains du centaure, Angus s’assura de garder l’autre dans la sienne.

— Tout ce que j’ai vraiment besoin de savoir, tu l’as fait en demandant à mon père si tu pouvais me courtiser. Mais je serai intéressé par tout ce que tu auras à me dire, Angus.

Les yeux d’Akakios contenaient tellement d’amour qu’Angus était certain qu’il volait. Mais la pensée d’avoir à expliquer d’où il venait le ramena brutalement sur terre.

— Cela peut paraître étrange…

Il se mordit la lèvre inférieure.

— Les Moires ont des voies bien étranges.

Solon boita en s’avançant vers eux avec un large sourire sur son visage. Il claqua le dos d’Angus, puis embrassa la joue de son neveu.

— Je dirais même qu’elles se sont surpassées, cette fois.

 

CHAPITRE SIX

 

 

Le mois s’écoula si rapidement qu’Angus avait du mal à le croire. Il se sentait totalement chez lui parmi ceux du peuple de Dareios. Solon l’avait pris sous son aile, dans le rôle de l’oncle de substitution et également en tant qu’apprenti à sa forge. Angus apprenait à fabriquer des épées et des cuirasses. En outre, il aimait vraiment ça.

Mais plus important encore que son acceptation, était l’amour qu’il partageait avec Akakios. Non pas qu’ils aient fait plus qu’échanger quelques baisers de temps en temps, quelques caresses plus ou moins poussées. Angus avait déversé sa semence plus d’une fois au contact doux d’Akakios, sa libération s’avérant suffisante pour déclencher celle de son bien-aimé. Aucune intimité plus poussée n’était autorisée sans une union formelle et la bénédiction de Dareios.

Mais c’était tout près de changer. Angus lissa son kilt de ses mains. C’était tout ce qu’il portait en dehors de ses sandales. Il n’y avait aucun intérêt à porter quelque chose de plus. Avant leur union formelle, Akakios et lui seraient baignés ensemble avec l’aide de certains autres centaures. Après la baignade, des fruits et des fleurs devraient être offerts à Poséidon pour s’assurer de sa bénédiction. Puis viendrait la cérémonie officielle où Dareios lui donnerait la main d’Akakios et une grande fête s’en suivrait pour célébrer le mariage.

Prenant plusieurs profondes inspirations, Angus essaya de se calmer les nerfs. C’était ce qu’ils voulaient tous les deux. Bien qu’Angus souhaitât avec ferveur que son bien-aimé et lui puissent juste revenir à cette cabane qui leur avait été attribuée et qui les désignerait comme paire accouplée, sans toute la partie cérémonie. Mais c’était la coutume du peuple d’Akakios et, malgré sa nervosité, Angus remplirait toutes les exigences que Dareios jugerait nécessaires.

— Es-tu prêt, neveu ? demanda Solon en passant la tête à l’intérieur de la porte. Bientôt, Akakios te rejoindra ici et l’attente sera terminée. Te sens-tu nerveux ?

— Aye.

Angus hocha la tête.

— Je sais que tu m’as dit à quoi je devais m’attendre et ce qu’il fallait faire, mais Akakios est tellement excité à l’idée de se marier et je veux que la journée se déroule bien pour lui.

Angus se dirigea vers la porte et fut surpris de se voir étreint par le grand centaure.

— Je n’ai jamais eu le moindre doute qu’Akakios et toi étiez destinés à être ensemble. Mais cela fait tout de même chanter mon cœur d’entendre des choses qui me font comprendre combien tu l’aimes.

La rougeur qui envahit les joues d’Angus sembla prendre racine quelque part au niveau de ses orteils et il avait l’impression que tout son corps le brûlait. Il jeta un bref coup d’œil dans le regard de Solon.

— Aye, eh bien, je l’aime vraiment. Malgré toutes ces différences entre nous.

Solon tendit une main pour serrer l’épaule d’Angus.

— Mon neveu ne pourrait pas être en de meilleures mains. Maintenant, allons au lac pour votregamos, votre mariage. Il t’attend.

Suivant Solon, Angus hocha la tête aux centaures devant lesquels il passait et qui se mirent à le suivre, en procession derrière lui, apportant tous des paniers remplis de fleurs et de fruits. Ils marchèrent vers le lac et tournèrent pour suivre un chemin à travers un feuillage épais avant d’émerger dans une petite crique dissimulée à la vue de tous et parfaite pour la cérémonie.

Jetant un regard vers les centaures déjà présents, Angus repéra Akakios. Son bien-aimé se tenait à côté de son père, piétinant des sabots, tour à tour, avant de relever les yeux. Il se cabra sur ses pattes arrière en voyant Angus, puis s’arrêta net sur un mot de Dareios.

Une fois qu’Angus fut conduit à la rive, il enleva son kilt et Akakios et lui se dirigèrent séparément vers le lac, accompagnés d’un petit groupe de centaures. Angus se tenait raide tandis que de l’eau était déversée sur lui et Solon, assisté de quelques centaures savonna son corps. Il regarda Akakios et lui adressa un grand sourire. Il semblait que son bien-aimé n’ait aucun souci à être baigné par Dareios et ses aides. Le fait de le voir l’aida à se détendre.

Au cri de Dareios, Angus fut appelé pour se tenir aux côtés d’Akakios et les paniers leur furent portés. Le jeune centaure et lui prirent le même panier pendant que Dareios parlait et ils déposèrent le panier sur l’eau, le poussèrent vers le centre du lac. On avait expliqué à Angus que l’offrande était faite pour Poséidon afin qu’il bénisse leur union. Il regarda le reste des paniers flotter, accompagnés de fleurs qui dérivaient sur l’eau calme.

Il n’y avait pas de prêtre ni une quelconque sorte de fonctionnaire pour procéder au mariage. Au lieu de ça, ils retournèrent tous au bord du lac où Angus remit son kilt et Dareios leur parla brièvement afin de confirmer que le clan avait donné son approbation et sa bénédiction. Angus était si concentré à réciter mentalement son texte appris par cœur qu’il lui fallut un coup de coude discret de Solon pour réaliser que c’était à son tour de prendre la parole. Il se tourna face à Akakios, se racla la gorge et ses nerfs se détendirent au fur et à mesure qu’il parlait.

— Là où il faisait froid dans mon âme, tu as apporté la chaleur. Lorsque ma vie était sombre, tu as apporté la lumière. Avec toi, j’ai trouvé l’amour. Akakios, je m’engage devant toi et devant cette assemblée à être ton mari à partir de ce jour. Faisons de nos deux vies une seule en tant qu’âmes sœurs.

— Je te prends en ce jour en tant que mon mari. Je promets de marcher à tes côtés, en tant que ton meilleur ami, ton amant et ton âme sœur. Avec toi, j’ai trouvé l’amour. Tu es mon bien-aimé et je suis fier de t’épouser, Angus.

La voix d’Akakios était claire et forte et il garda ses yeux fixés sur Angus pendant son discours.

Le ton sérieux provoqua un frisson le long de la colonne vertébrale du highlander. Ils joignirent leurs mains tandis que des couronnes de laurier étaient posées sur leurs têtes. Sur un signe de Solon, Angus se pencha pour embrasser son nouveau mari.

— Et maintenant, allons manger pour célébrer le mariage de mon fils Akakios avec Angus, cria Dareios à pleine voix, exhortant le couple à venir.

Gardant une poigne serrée sur la main de son mari, Angus s’avança alors qu’ils prenaient le chemin de retour jusqu’au village des centaures où la suite de la célébration devait avoir lieu. Des tables chargées de nourriture et de vin avaient été dressées au centre du village. Tous étaient rassemblés autour alors que Dareios versait deux gobelets de vin et les tendait à Angus et Akakios.

Il les guida de manière à ce que leurs bras soient entrelacés et que chacun boive le contenu de la coupe tenue par l’autre.

— Que votre mariage soit long et heureux. Partagez votre premier verre et que la fête commence !

Avec une infinie prudence, Angus inclina son verre vers les lèvres d’Akakios tout en penchant sa propre tête afin de boire à celui que son compagnon tenait. Une acclamation bruyante s’éleva de la foule tandis qu’ils buvaient. Angus sourit et Akakios se mit à rire en agitant ses pattes arrière.

La fête commença, mais l’esprit d’Angus n’était pas concentré sur la nourriture. Il mangea peu, restant aussi près de son mari que possible et profitant de chaque occasion pour toucher le bras ou le dos de son nouveau compagnon. Les regards énamourés qu’il reçut en retour firent bouillir son sang. Il se pencha et inclina sa tête vers celle d’Akakios.

— Devons-nous rester jusqu’à la fin de la fête ?

Cette fois-ci, l’expression dans le regard de son amant devint si étouffante qu’Angus sentit son sexe commencer à se remplir.

— Non, le festin durera toute la nuit et il y aura de la musique et des danses. La fête se poursuivra demain. Mais nous pouvons nous échapper si tu le souhaites.

— Aye. Je le souhaite vraiment.

Angus sourit et prit la main d’Akakios. Il ne savait pas et ne se souciait pas de savoir si quiconque les voyait partir en direction de leur hutte. Tout ce qu’il voulait, c’était être seul avec l’homme qu’il venait d’épouser et pouvoir être libre de le toucher de ses mains et de l’aimer. Au moment où il referma la porte derrière eux, il se précipita pour faire face à Akakios et attirer le visage de son bien-aimé afin de pouvoir l’embrasser.

Ils rompirent le baiser et Angus se battit avec ses boucles qui retenaient son kilt, ses doigts tremblants, désireux d’éliminer toute barrière qui l’empêchait de se tenir nu contre Akakios. Il regarda ce dernier s’installer sur le lit qui était disposé dans un coin de la pièce. L’érection de son amant se tendait fièrement, tout comme la sienne.

S’avançant rapidement, Angus s’assit à côté d’Akakios qui posa sa tête sur son épaule.

— Je t’aime.

Angus embrassa le front de son mari.

Relevant la tête, Akakios plongea dans les yeux d’Angus.

— Je sais. Tout comme je t’aime. C’est ce qui rend ceci possible.

Akakios attira Angus dans un baiser brûlant.

L’amour déferlait par tous les pores de la peau du jeune centaure et Angus ne s’était jamais senti aussi complètement et totalement aimé ou comme s’il était la personne la plus importante de la vie de quelqu’un d’autre auparavant. Mais de toute façon, grâce à leurs baisers, c’était comme s’il partageait l’âme de son amant.

Le corps de son mari tremblait entre ses bras et un éclair de peur perça le cœur d’Angus, se demandant si quelque chose n’allait pas avec Akakios. Il recula rapidement et regarda l’homme qui se trouvait à côté de lui. La partie supérieure du corps du centaure était encore celle du beau jeune homme qu’il connaissait et qu’il aimait, mais la partie qui faisait de lui un centaure avait cédé la place à celui d’un humain.

Pendant un moment, Angus ne put détacher son regard des jambes lisses, souples, puis il regarda rapidement Akakios dans les yeux.

— Tu n’as pas perdu ta capacité à être un centaure, n’est-ce pas ?

Il n’avait jamais voulu qu’Akakios change celui qu’il était.

— Non, mon amour, répondit-il en caressant sa joue. Mais comme tu m’aimes tellement, de temps en temps, je pourrai prendre cette forme. Afin de nous permettre de partager notre amour.

Il indiqua une petite amphore.

— Père s’est assuré de me dire ce que nous aurions besoin de faire et je sais qu’Oncle Solon a fait la même chose avec toi. S’il te plaît, Angus, fais-moi l’amour.

— Te faire l’amour ? Mais je croyais…

Les mots d’Angus s’évanouirent alors qu’Akakios se rallongeait, écartant largement ses jambes et lui tendait les bras dans une invitation sans équivoque.

— J’ai rêvé de ce moment depuis le jour de notre rencontre. S’il te plaît, Angus. Je te veux.

Il n’y avait pas moyen qu’Angus puisse résister à la demande de son amant. Quand Solon lui avait expliqué comment faire, son explication avait été faite de telle manière que, quelque part, ce serait Akakios qui lui ferait l’amour. À la pensée d’être à l’intérieur du corps de son mari rendit son membre déjà douloureux, presque trop rigide avec son besoin.

Il attrapa l’amphore et déposa de l’huile sur ses doigts. Un parfum de pins s’éleva immédiatement dans l’air. Angus traça un chemin de baisers sur la cuisse intérieure d’Akakios et frotta son doigt lubrifié contre l’entrée cachée de son amant.

Murmurant le nom d’Angus, Akakios accompagna ses mouvements, essayant de détendre son mari et de le détendre. Angus prit l’érection d’Akakios dans sa bouche et taquina le bout avec sa langue tout en pressant son doigt dans les profondeurs serrées et brûlantes de son amant. Akakios gémit, à moins que ce ne soit ses propres gémissements de plaisir qu’il entendait. Le goût de son amant et l’emprise serrée de son corps sur ses doigts étaient un mélange grisant.

Se souvenant de bouger son doigt, Angus laissa son mari lui faire savoir quand il était prêt pour un deuxième, puis un troisième.

— Toi, Angus. Je suis prêt pour toi.

À la demande urgente d’Akakios, Angus huila son membre et se pencha sur son amant. Le jeune centaure drapa ses jambes autour de ses hanches et hocha la tête lorsqu’Angus présenta le bout de son sexe à son entrée. Son amant se cambra et Angus poussa vers l’avant.

Il se mit à haleter, ou peut-être le firent-ils tous les deux, à la sensation de son membre qui glissait lentement dans le canal d’Akakios. L’incroyable sentiment d’être entouré par la chaleur du corps de son amant faillit le faire jouir sur place, si bien qu’Angus se figea, essayant de reprendre le contrôle de son corps. Pratiquement comme s’il savait ce que son mari ressentait, Akakios tendit ses mains et encadra le visage de son amant, l’attirant dans un baiser brûlant, mordant sa lèvre inférieure au passage.

La douleur aiguë apaisa efficacement son besoin urgent et fit son office. Angus haleta, cherchant à reprendre son souffle, puis il adressa un sourire à Akakios.

— Je t’aime.

Il poussa ses hanches en avant et se glissa entièrement dans le corps de son amant.

Resserrant ses jambes autour de la taille d’Angus, Akakios gémit doucement et le son échauffa le sang de son amant. Il recula puis s’enfonça de nouveau, encore et encore, adoptant un rythme lent et profond tandis qu’ils se caressaient et s’embrassaient. Akakios griffa le dos d’Angus pendant que celui-ci empoignait ses cheveux, le maintenant en place afin de pouvoir l’embrasser sur la bouche et sur sa gorge.

Rien n’aurait pu préparer Angus au sentiment de plénitude qu’il ressentait. C’était comme si Akakios et lui ne pouvaient plus être séparés, et ne formaient plus qu’une seule entité au souffle partagé, leurs sexes pulsant sous l’effet d’un plaisir toujours croissant.

Le sentiment familier de picotement de tout son corps annonça la libération prochaine d’Angus. Il essaya de ralentir et de caresser le sexe d’Akakios, mais il était trop près. Soudain, tout son corps explosa et sa semence jaillit. Il entendit Akakios crier son nom, son bien-aimé jouissant au même instant.

Pendant un bref instant, plus rien d’autre n’exista au-delà d’Akakios et de lui. Lentement, son orgasme reflua et Angus rouvrit les yeux pour regarder le visage de son amant. Celui-ci était en sueur, partiellement recouvert de mèches de cheveux, avec une étincelle de désarroi, mais il souriait et ses yeux étaient emplis d’amour et de satiété. Il était le plus bel homme qu’Angus avait jamais vu.

Avec un ronronnement de contentement, Akakios attira Angus pour un baiser enfiévré. Angus laissa tout son poids reposer sur le corps de son amant, tandis qu’ils poursuivaient leur baiser, jusqu’à ce que le besoin de reprendre de grandes bouffées d’air les sépare.

— C’était tel que je l’avais rêvé et même plus encore.

Akakios fit courir ses doigts sur les joues de son amant et retraça le contour de ses lèvres gonflées.

— Je t’aime. Chaque jour, je remercie les Dieux et les Parques de t’avoir guidé jusqu’à moi.

— Je les en remercie aussi.

Angus embrassa les doigts de son mari.

— Je ne m’attendais pas à être aussi heureux en me mariant. Mais es-tu certain de pouvoir redevenir un centaure ?

Riant doucement, Akakios fit glisser ses mains sur les épaules d’Angus et le long de son dos.

— Père m’a dit que oui et je le crois. Tu ferais mieux de reprendre ta position habituelle derrière moi, afin de te mettre en sécurité.

À la grande déception d’Angus, son sexe était déjà redevenu suffisamment mou pour glisser hors du corps d’Akakios. Son amant se tourna sur le côté, s’allongeant de sorte qu’il puisse s’installer derrière lui. Dès demain, il allait s’assurer de faire un sacrifice aux Dieux d’Akakios. C’était son chez-lui maintenant, Akakios était son tout et les centaures sa nouvelle famille.

Il se réjouissait à l’avance de sa nouvelle vie avec son bien-aimé Akakios à ses côtés.

 

 

 

FIN

 

 

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