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Kay Berrisford / Le Prisonnier du Mont de Guet

February 13, 2015

 Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite, par quelque moyen que ce soit, transmise ou traduite sans la permission écrite de l'auteur

      

Ceci est une œuvre de fiction. Toute référence à un événement historique, un lieu réel ou une personne ayant existé, est faite de manière fictive. Toute ressemblance avec un événement réel, un lieu réel, une personne réelle, vivante ou décédée, ne serait que purement fortuite.

      

AVERTISSEMENT : Cet ouvrage comporte des scènes pour adultes de nature sexuelle et explicites. Sa lecture est interdite aux moins de dix-huit ans. N'oubliez pas de cacher soigneusement vos fichiers pour adultes.

             

Édité par Serena Stokes

Traduit de l’anglais par Cassie Black

Relecture et corrections par Bénédicte Girault   

Merci spécial à J.A. Rock, Becky Black, Melanie Tushmore et Sasha Miller.

 

 

 

 

 

Ivenhal fut tiré de son sommeil par une perturbation dans la barrière Helon, le mur invisible qui entourait la tour de guet. Réveillé en un battement de cœur, il saisit sa dague cachée sous l'oreiller et sauta, bottes aux pieds de sa couchette. L'agitation des particules créait un crépitement si fort qu'une migraine compressait son cerveau. Il attacha son fourreau en bandoulière avec un soupir. Une chèvre des montagnes avait dû déclencher l'alarme, ou peut-être était-ce une panthère blanche qui passait par là. Aucun ghoultang ni aucun elfe était assez stupide pour se faire piéger par la magie grossière des humains.

 

Il ouvrit la porte à la volée. Face à lui s'étendait un panorama de falaises pointues, couvertes d'une bruine matinale qui détrempait les valons verts entre les pics montagneux. La vue était si familière qu'il n'y prêta que peu d'attention. Il se détourna pour poser son regard là où la barrière indétectable s'étendait entre deux montagnes, entre le bout de sa tour de guet et le rocher escarpé.

 

Sa mâchoire l'en tomba et il posa immédiatement sa main sur le pommeau de son épée.

 

À seulement quelques mètres, de l'autre côté de la barrière, une silhouette masculine gisait au sol, sur le flanc. Le champ de force, coupé par l'obstacle humanoïde, produisait des éclairs qui reflétaient des ombres dansantes sur le corps de la victime. Les ombres virevoltaient sur sa courte tunique et parcouraient les membres musclés. Le bout de son oreille pointue dépassait de ses cheveux ondulés miel et châtain, trahissant l'identité de la créature.

 

Un elfe.

 

Un ennemi, un traître.

 

À l'intérieur de son refuge, derrière la porte, Ivenhal saisit une poignée de pierres rouges anti-Helon. Cela couperait un temps la barrière, déjà affaiblie par l'impact avec l'elfe, et il pourrait passer à travers pour capturer l'intrus et vérifier s'il y avait d'autres signes de problèmes immédiats. Il jeta les pierres sur le chemin et fonça à travers, frissonnant quand il sentit le bourdonnement métallique dans sa tête. Il dépassa l'elfe inconscient à toute allure, jusqu'au bord ardu du précipice.

 

Un rapide coup d’œil en bas des marches qui menaient à sa tour lui confirma que l'elfe était monté tout seul. Il soupira de soulagement. Aucune armée en approche. Cela prendrait des heures pour que l'elfe se remettre du choc, c'était largement suffisant pour qu'Ivenhal lance l'alerte, relance la barrière Helon au maximum de sa puissance et attache son prisonnier. Ça faisait bien plus d'action en une seule journée qu'il n'en avait eue en sept mois qu’il était isolé ici.

 

Il revint vers la victime et son sang ne fit qu'un tour.

 

La créature à la peau dorée ne ressemblait en rien aux maigres petits elfes des fougères contre lesquels il s'était battu bien des années plus tôt, quand les elfes avaient finalement rejoint la première infanterie des forces ghoultang ennemies. Il n'était encore qu'un jeune homme terrifié à cette époque, il se souvenait surtout des fins visages elfiques déformés par la cruauté, et la puissance dévastatrice de leurs lances éclair.

 

Il avait bien été en contact avec des elfes depuis, mais rarement en combat face à face. Beaucoup d'espèces d'elfes marchaient sur les Terres de Loamian, et toutes étaient des traîtresses. Quel genre d'elfe serait assez stupide pour foncer en plein dans une barrière Helon alors que les deux camps savaient qu'elles existaient ?

 

Un genre incroyablement séduisant, apparemment.

 

Une mèche de cheveux brillante tombait sur le profil séduisant de l'elfe et soulignait sa mâchoire fière. Ivenhal se lécha les lèvres gercées en se penchant au-dessus la silhouette inerte et confirma que l'ennemi ne portait pas de lance, ni fronde. Uniquement un arc délicieusement taillé à la main, abandonné dans la poussière, et quelques flèches dans un carquois. La tunique de l'elfe était faite dans un cuir rustique qui moulait la forme de ses fesses, un ourlet à volants caressait ses cuisses athlétiques.

 

Ivenhal se saisit de l'arme de l'elfe et recula, refrénant tant bien que mal un élan d'excitation qui envahissait son aine. Il avait été attiré par ceux de son propre sexe toute sa vie, et il avait dû en payer le prix. Il avait même été contraint de faire vœu de célibat. Alors que dans son cœur, il n’avait pas honte de ce qu'il était, il préférait mourir que d'être surpris à saliver devant le corps d'un ennemi.

 

Il enferma l'arc dans un coffre en bois d'orme dans la tour de guet, bâtisse renforcée de silex qu'il appelait sa « maison », puis courut rejoindre le pigeonnier sur le côté. Le roucoulement des oiseaux le réconforta. Avec un sifflement, il ouvrit la porte de la cage et saisit Maisie, qui trembla mais ne se débattit pas. Il vérifia que le message codé était bien fixé à sa patte. Il demandait qu’une escorte armée vienne s'occuper du prisonnier et conseillait d'augmenter le nombre des patrouilles près de Reikenhad Wall. Il embrassa la tête duveteuse de l’oiseau et la relâcha dans les airs. Un mouvement à la périphérie de sa vision le tira de son observation et l’empêcha de la regarder disparaître dans la brume matinale.

 

L'elfe venait de s'asseoir. Il s’appuyait lourdement sur ses paumes, secouant ses cheveux brillants et cligna plusieurs fois des yeux. Quelques filaments de particules jaunes rebondissaient toujours sur le chemin au milieu de la poussière et des pierres anti-Helon, mais l'elfe était libre. Les autres étincelles avaient été à nouveau absorbées par la barrière invisible.

 

Que se passait-il ? Ivenhal avait vu des Helons tuer des lapins sur le coup et fait s'agenouiller de puissants chevaux de guerre. Il avait appris lors de sa formation qu'aucune créature vivante ne pouvait se remettre du choc aussi rapidement que cet elfe venait de le faire.

 

Mais là encore, les connaissances des humains sur le monde magique étaient incomplètes.

 

Il le rejoignit en courant et posa la pointe de son épée sur la gorge du prisonnier.

 

— Ne bouge pas !

 

— Que... qu'était cette chose que je viens de heurter ?

 

L'accent de l'elfe était aussi pointu et exotique que ses hautes pommettes.

 

— Et depuis quand les humains et les elfes agissent-ils comme des ennemis ?

 

— Depuis que ces traîtres d'elfes sont devenus les sbires de ghoultang, grogna Ivenhal, retroussant sa lèvre.

 

—    Ghoultang ?

 

Un léger plissement barra le front de l'elfe. Il fixa la lame d'Ivenhal en battant de ses longs cils.

 

— S'il vous plaît, dites-moi...

 

— Tu es un elfe, non ?

 

Le prisonnier fit un léger signe de tête.

 

— Alors tu sais bien pourquoi nos espèces se détestent l’une l’autre. Une armée de ghoultang et d'elfes est-elle en route ?

 

Ivenhal souligna sa question d’une torsion de sa lame, sa pointe passant à un cheveu de tirer le sang de son prisonnier qui frémit sous sa chair dorée. Quand la seule réponse de l'elfe fut un silence pesant, Ivenhal eut un rire forcé.

 

— Si tu es un éclaireur perdu, ton commandant te tuera pour t'être fait capturé. J'ai envoyé une alerte. Reikenhad Wall grouillera de défenseurs avant même que tes troupes n’atteignent l’autre côté des montagnes.

 

— Je... je suis venu seul. J'ai besoin de contacter mon frère, mais...

 

L'elfe sembla se recroqueviller, écarquillant ses grands yeux verts jade.

 

— Mais vous avez construit un mur à Reikenhad, et vous vous attendez à être attaqués par une armée composée d'elfes ? Douce Déesse des Cinq Lunes, dans quel monde suis-je donc ?

 

— Cesse avec tes fichues énigmes.

 

Le regard d'Ivenhal se durcit, ce misérable devait forcément mentir au sujet de son prétendu frère. Ce passage qu'il gardait était le seul chemin pour rejoindre les montagnes. Il n'y avait pas d’elfes vivant au nord de cette tour de guet.

 

Il sentit son cœur se serrer en songeant à la probable vérité. Cela n'avait aucune importance que son prisonnier soit un espion maladroit, qu'il soit là pour voler les pierres anti-Helon ou pour le plaisir. Si les forces ennemies étaient en approche, Ivenhal pouvait envoyer une autre colombe avec d'autres messages d'urgence, attendre, veiller, et s’attendre à mourir.

 

Sa voix dévoilait malgré lui la peur qu'il ressentait.

 

— Viens, elfe. Debout.

 

Il écarta son épée de quelques centimètres. L'elfe lutta pour se mettre à genoux et quand il tenta de se lever davantage, il flancha et toucha son front.

 

— Ma tête... elle tourne.

 

Rapide comme l’éclair, Ivenhal rangea son épée et sortit sa dague. Il attrapa l'elfe par le bras, remarquant ainsi à quel point son biceps était aussi puissant qu'un sycomore, et tira son prisonnier pour le remettre debout. Les jambes de l'elfe se dérobèrent et il s'agrippa à Ivenhal. Toujours accroché à son couteau, Ivenhal l'enlaça avec force. L'elfe releva les yeux, son regard chargé de confusion, de vertige, sans une once de malveillance. Une séduisante barbe couleur rouille ornait son menton.

 

Oh, par la Déesse. Cet elfe était magnifique.

 

Ivenhal ravala son désir de lécher sa mâchoire masculine et de posséder ses lèvres tintées de rose. Le ventre plat de l'elfe était pressé contre les reins d'Ivenhal, la chaleur le brûlait même à travers le tissu de leurs vêtements. Il sentit son sexe frémir, même quand il fit tourner l'elfe, attrapa la peau rustique de sa tunique et le traîna à moitié jusqu'à sa tour.

 

Quand ils traversèrent la barrière, il remarqua à peine les crépitements Helon, alors que l'elfe tressaillait et criait de douleur. Il ravala une excuse.

 

Il savait qu'il s'était senti seul. Mais ce n'était que maintenant, alors qu'il éprouvait du désir et de la sympathie pour un ennemi, qu'il se rendit compte combien cet isolement l'avait marqué. Il devait le combattre. Il le devait.

 

Une fois à l'intérieur de la tour de guet, il déposa son prisonnier dans une large cage en fer qui faisait face à sa couche et occupait la moitié de l'espace au sol dans la petite pièce. Il se précipita à l'extérieur pour récupérer ses pierres rouges anti-Helon – il n'en avait pas assez pour briser la barrière bien longtemps, mais elles ne devaient pas tomber entre des mains ennemies – et se concentra ensuite pour attacher son prisonnier. Il devait utiliser des fils forgés dans de l'Helon, beaucoup plus denses qu'une barrière, mais également tangibles et solides, bien que moins susceptibles d'entraîner de chocs magiques. Pressé contre de la peau nue, ça empêcherait l'elfe de conjurer sa magie mentale, et de lancer des sorts de douleur capables de mettre à terre le plus solide des guerriers.

 

Ivenhal détacha de longs rubans sur le mur de pierre couvert de lichen, jusqu'à obtenir des chaînes qui ressemblaient à d'épais rubans noirs. Il récupéra également un collier de cuir orné d’une boucle en métal. L'elfe roula sur ses hanches et repoussa une mèche de cheveux de son front.

 

— Je... je peux sentir la magie, mais ça ne ressemble à rien de ce que je connais. Tout comme ce piège dans lequel je suis tombé.

 

— Nous remercions chaque jour la Déesse que votre vile espèce n'a pas le pouvoir de lutter contre la puissance de l'Helon.

 

— L'Helon ? demanda l'elfe. Qu'est-ce que c'est ?

 

Comme si Ivenhal allait répondre et trahir le secret de l’une des armes humaines les plus efficaces dans cette guerre. L'expression sévère, il s’approcha la cage.

 

— Arrête de jouer les idiots et tiens-toi tranquille. Maintenant, enlève ta tunique.

 

— Quoi ?

 

L'elfe pâlit sous son bronzage doré. Le cœur d'Ivenhal tomba dans ses bottes. Il avait toujours redouté le jour où il devrait retirer de force les vêtements d’un prisonnier pour lui poser les liens, même s'il s'était toujours imaginé qu'une victime de la barrière Helon serait inconsciente. Son attirance pour cette créature ne faisait qu’aggraver la situation.

 

— Déshabille-toi, elfe, ou je te les enlève moi-même.

 

— Je promets de ne pas me servir de ma magie sur vous. Dites-moi juste ce qui se passe, je ne tenterai même pas de m'enfuir, mais...

 

L'elfe s’interrompit lorsqu'Ivenhal entra dans la cage, se baissant pour passer sous le plafond bas quadrillé, et claqua la porte derrière lui, tournant une lourde clef dans la serrure.

 

— Quand nous en aurons fini avec ça, tu pourras me demander tout ce que tu veux, même si je ne te promets pas d'y répondre. Ça te convient ?

 

L'elfe opina. Il tremblait, et Ivenhal dut une nouvelle fois ravaler les mots « je suis désolé ». C’était la guerre, il avait fait ce qu'il devait faire.

 

— Parfait. Maintenant obéis. Ce ne sera pas si mauvais. S'il fait froid cette nuit, j'allumerai un feu.

 

— C'est trop généreux.

 

L'elfe haussa un sourcil foncé et Ivenhal lui lança un regard plus noir encore. Il n'était pas d'humeur aux sarcasmes, même si c'était toujours mieux qu'une résistance physique. L'elfe défit les lacets qui retenaient sa tunique et la fit passer par-dessus sa tête.

 

Le soleil matinal brillait à travers les étroites fenêtres de la tour, illuminant les angles des larges épaules de son prisonnier, chaque arête, ainsi que le contour de son ventre et de son torse imberbe. Ses vêtements poussés sur le côté, il croisa les bras au niveau de sa fine taille et lança un regard à Ivenhal à travers sa frange miel striée de châtain. Seul un tissu vert attaché avec une lanière autour de ses reins cachait son intimité.

 

— Alors attachez-moi, souffla l'elfe.

 

Ivenhal serra les dents de peur que son corps en manque de chaleur humaine frémisse. L'elfe lécha ses somptueuses lèvres, ce qui enflamma la gorge brûlante d'Ivenhal tout autant que son érection qu’il ne pouvait plus réprimer. L'envie de toucher son ennemi alors qu'il était censé l'attacher le faisait se sentir mal à l'aise et pervers. Il s’efforça de penser à autre chose, quelque chose qui ne titillerait pas sa libido.

 

Il se remémora le champ de bataille.

 

Le souvenir des cadavres de ses deux amis d'enfance, Gel et Petter passa devant ses yeux. Il pouvait encore sentir l'odeur du sang, des corps qui brûlaient, après que les éclairs verts des lances éclair des elfes les aient transpercés. La douleur s'empara de lui. Il ravala la bile acide, née de deux décennies de deuil. Avec un effort, il parla calmement.

 

— Tourne-toi.

 

L'elfe obéit, pivotant sur ses genoux. Le fin tissu de son pagne vert dévoila la courbe de ses fesses, leur rondeur délicieuse et ferme, interrompue par des creux peu profonds des muscles.

 

Magnifique.

 

Ivenhal ravala un rire sans joie et s’agenouilla sur le sol de pierres froides. Il ramena les bras du prisonnier derrière son dos, pressa ses mains paume contre paume. Il le tenait du bout des doigts, pour éviter trop de contact, et commença à passer un ruban court autour des poignets de l'elfe.

 

Le prisonnier eut un petit halètement.

 

— Est-ce que ça fait mal ? demanda Ivenhal.

 

Malgré les souffrances que ses amis avaient endurées entre les mains des elfes des fougères, il ne désirait pas lui faire de mal. Durant sa formation, il avait appris que les liens Helon drainaient l'énergie de ses victimes, mais personne n’avait déterminé ce que la victime ressentirait.

 

— C'est étrange, dit l'elfe en testant le lien et en gigotant. Ça picote. Je ne m'y attendais pas.

 

Soulagé, Ivenhal vérifia que les liens étaient bien serrés sans entailler la peau. Après avoir noué un lien impossible à défaire, il recula pour admirer son oeuvre. Les doigts de l'elfe pointaient en direction de la raie de fesses, telle une invitation muette. Ivenhal étouffa un gémissement de désir et se remit au travail pour placer le collier autour de la gorge de l'elfe.

 

Docilement, l'elfe releva le menton, pourtant Ivenhal s'attendait presque à le voir sortir une de ces lances éclair. La créature était détendue, ses épaules étaient basses et sa docilité trop respectueuse pour être digne de confiance. Était-il sur le point de lui lancer un sort ou de fuir ? Ivenhal referma le collier. Puis il effleura la peau douce de l'elfe et son propre corps le picota, comme s'il était lui-même attaché par les liens magiques. Il haletait rapidement, tout comme son prisonnier. Ils étaient en parfaite synchronisation. L'elfe étira ses lèvres en quelque chose qui ressemblait étrangement à un sourire timide.

 

— Voulez-vous me donner votre nom ? demanda le prisonnier.

 

— Ivenhal.

 

Il se pencha pour attraper un autre ruban de chaîne.

 

— Ah. Ça signifie « Le Gardien des Rocs ».

 

Le prisonnier démontrait ainsi sa compétence dans la traduction de l'ancienne langue des êtres humains. Ivenhal grogna et fit passer un long ruban à la boucle du collier, au niveau de la gorge du prisonnier. Vidant son esprit de son mieux, il commença à enrouler les extrémités autour du corps de l'elfe, à travers ses épaules et son torse finement sculptés.

 

— Il semble que votre mère vous a donné un nom prédestiné à votre métier. Elle doit être fière de vous.

 

Non. Ivenhal fixa la fenêtre étroite. Sa mère aurait voulu qu'il devienne un grand guerrier, un meneur d’hommes, quelqu'un qui aurait fait une différence dans cette guerre. Alors il avait tenté de suivre ce chemin, jusqu'à ce qu'il n'en puisse plus de ses rencontres secrètes et anonymes avec d'autres hommes. Une nuit, il avait alors avoué son amour à son meilleur ami, lui aussi capitaine de la Garde Montée. Son soi-disant amant l’avant dénoncé comme déviant. Si son dossier militaire n’avait pas été exemplaire, il aurait été condamné à mort. Mais parce que ses supérieurs savaient qu'il était un soldat loyal, ils l'avaient uniquement forcé au vœu de célibat et l'avaient envoyé au mont de Guet.

 

Sa mère n'avait pas été fière de lui ce jour-là. Elle avait maudit son nom.

 

Ivenhal aurait voulu ressentir de la fureur, mais il n'y arrivait pas, pas avec cette magnifique créature près de lui. C'était une malédiction d'avoir une compagnie aussi agréable, mais dans son cœur, il se sentait comme engourdi à jamais.

 

Ou peut-être pas.

 

Les yeux vert jade de l'elfe brillaient de curiosité et d'une lueur de ce qui pourrait être de la compassion. Ivenhal força un nouveau masque neutre sur son visage et espéra qu'il n'avait pas exposé sa douleur. Il sentit une légère chaleur traverser son corps, mais il mit cela sur le compte des charmes de l'elfe. Il fixa les liens sur son prisonnier et refusa de s'attarder sur la manière dont les mamelons sombres de l'elfe durcirent quand il les effleura. Bientôt, il entourait le ventre plat de l'elfe, les ficelles barrant la ligne de poils dorés, et épingla ses bras à ses côtés.

 

— J'aurais besoin que tu te redresses un peu, murmura Ivenhal.

 

L'elfe cligna des yeux.

 

— De quelle manière ?

 

— Comme ça.

 

Il posa sa main sur la taille de l'elfe, s'efforçant de ne pas savourer la douceur de sa peau, et guida l'elfe de manière à ce qu’il lève ses fesses de ses talons. L'elfe prit une rapide inspiration à son toucher, se lécha les lèvres et obéit. Ivenhal passa derrière son prisonnier pour entourer les liens autour de ses fesses et de ses cuisses, où les tendons puissants tremblaient. L'elfe bascula sa tête en arrière et poussa un petit soupir, un étrange mélange de nervosité et de... contentement ?

 

Ivenhal fronça les sourcils. Dans cette tour chargée de moisissures, le parfum musqué de l'elfe couvrait tous les autres. Un mélange de fraîcheur, de terre, et peut-être de bourgeons printaniers.

 

— Je m'appelle Jem, murmura l'elfe.

 

Ce prénom lui allait bien. Ivenhal l’apprécia.

 

— Je m'en fiche, grogna-t-il entre ses dents.

 

Il aurait voulu enfouir son visage entre ces fesses si masculines, suivre le chemin jusqu'à son sexe. Il n'y pouvait rien, même si ce désir était mal, tellement mal pour tellement de raisons que sa tête lui tournait. Même si l'idée de coucher avec un prisonnier n'avait rien d’obscène, il trahirait son peuple et romprait son vœu d'abstinence.

 

Juste à l’arrière des genoux de Jem, Ivenhal attacha les bouts du ruban dans un nœud solide et soupira. Sa tâche était terminée. Il pouvait sortir de cette cellule étouffante. Se rafraîchir et prendre un peu l’air.

 

Jem le regarda par-dessus son épaule.

 

— S'il vous plaît, allez-vous désormais m'en dire plus sur cette guerre ?

 

— Tout dépend de quel genre d'information tu essaies de me soutirer.

 

Ivenhal se redressa et se retourna, priant pour que l'elfe ne remarque pas la douloureuse érection qui tendait sa tunique.

 

— Je ne peux rien dire que tu ne saches déjà. Nous, les humains sommes en guerre contre le ghoultang depuis qu'ils ont navigué vers les Terres de l'Ouest et massacré les milliers d'hommes, de femmes et d'enfants qui vivaient au sud de ces montagnes.

 

Jem tressaillit comme s'il venait de recevoir un coup de fouet.

 

— Mais les elfes ont sûrement pris le parti des humains contre cette cruelle invasion, non ?

 

— Pendant trois cents ans, vous avez été nos alliés, en effet.

 

Ivenhal secoua la tête, fixant le sol gris.

 

— Jusqu'à ces deux dernières décennies, quand vous avez changé de camp et avez traversé les montagnes en tant que fantassins de ghoultang.

 

Les lèvres de Jem se serrèrent en une ligne fine et ses narines s’évasèrent.

 

— Je suis désolé, mais mon espèce n'aurait jamais...

 

— Reste tranquille !

 

Finalement, la colère bouillonnait en lui.

 

— Les elfes nous ont trahis. C'est un fait. Et pour ce que j’en sais, tu combattais avec eux ce jour-là.

 

Jem avait l'air plus jeune qu'Ivenhal, qui avait vu son trente-cinquième été, mais il était difficile de déterminer l'âge d'un elfe. Scruter la silhouette liée de Jem s’avéra être bien plus qu'il ne pouvait le supporter. Avant ce matin, la simple suggestion qu'il puisse un jour être attiré par un prisonnier enchaîné l'aurait fait frissonner d'horreur. Jem était différent, et pas seulement à cause de sa beauté.

 

Il ne luttait pas dans ses liens. Même à genoux, il restait fier, comme si le grossier collier à son cou était un somptueux foulard de velours. Les liens Helon, qui ressemblaient à un assemblage de diamants qui partait de sa gorge jusqu'à ses genoux, rappelèrent à Ivenhal un vêtement moulant créé pour exposer les esclaves sexuels d'un noble. Mais Jem n'avait rien d'un esclave. Il redressa ses épaules et pointa son menton, fier comme un prince.

 

Ivenhal prit la clef de sa ceinture et la glissa dans la serrure.

 

— Je… J'ignore pourquoi je perds mon temps à te parler.

 

— Parce que je ne suis pas votre ennemi !

 

Le feu de la passion dans la voix de Jem rendit Ivenhal gauche alors qu'il luttait avec la porte.

 

— J'ai lu votre cœur dans vos yeux, vous êtes un homme bon, mais vous souffrez. Pourquoi ? Ceux de votre peuple ont-t-ils été cruels envers vous ?

 

Ivenhal lutta pour bannir toute trace d’angoisse de son visage. Jem était son ennemi. Ceux qui l'avaient rejeté et parqué ici – sa famille, ses compagnons d'armes – ne l'étaient pas. Personne ne pourrait le manipuler pour qu'il pense le contraire, et pourtant il n'arrivait pas à répondre non à la question de Jem.

 

Les longs cils qui ombrageaient les pommettes de Jem se relevèrent, comme si une révélation venait de le frapper.

 

— Vous êtes tout seul ici. Vous avez besoin d'un allié dans cette bataille.

 

— Aucun elfe ne peut le faire.

 

Ivenhal avait du mal à contenir une nouvelle explosion de fureur. Il referma la serrure sur la partie extérieure de la cage.

 

— Ce n'est pas vrai, souffla Jem. Après tout, vous brûlez pour moi, tout comme je brûle pour vous.

 

Ivenhal fit un pas en arrière sans savoir comment interpréter ce qu'il venait d'entendre. Ni ce qu'il voyait. Sous le pagne de l'elfe, on pouvait discerner une érection qui correspondait à la sienne. La voix de Jem se fit basse, chargée de désir, son souffle court.

 

— C'est vous qui avez fait ça, rien qu'en me touchant. Vous êtes si fort et pourtant si doux. Je ne pouvais pas vous résister.

 

— Je... je...

 

— S'il vous plaît, chuchota Jem. Venez à moi. Permettez-moi de soulager votre souffrance.

 

Ivenhal se détourna, pinçant l'arête de son nez. La vue de l'excitation de l'elfe s'était gravée dans son esprit. La respiration de Jem se fit plus lourde par l'anticipation, et Ivenhal aspirait à lécher et taquiner chaque centimètre de ce corps de rêve. D’entendre Jem chuchoter son nom et de plonger son membre entre les courbes de ce cul parfait. Il mourait d’envie de pouvoir sentir le canal de l'elfe se resserrer autour de lui, de le prendre jusqu'à ce que Jem gémisse et lui hurle d'y aller plus fort.

 

La tentation avait envahi Ivenhal comme une ruée de chevaux sauvages. Le poing froid qui entourait son cœur depuis si longtemps céda un peu, son sexe s'humidifiait... et il comprit alors la vérité.

 

Il n'avait pas ravivé la barrière Helon au maximum de sa puissance.

 

Si un ennemi avait tenté de se faufiler à travers, il aurait senti la perturbation dans la barrière. Néanmoins, les défenses affaiblies n'arrêteraient aucune créature plus grande qu'un faon.

 

Il voulait hurler. Se tournant vers son prisonnier, il se redressa de tout son mètre quatre-vingt-cinq et gronda.

 

— Tu essaies de me distraire, misérable. Un seul mot à mon retour et je te bâillonnerai.

 

Avant qu'il puisse sortir de la tour, l'elfe s'affala avec un petit gémissement, se recroquevillant autant que les chaînes le lui permettaient. La poitrine d'Ivenhal se serra, mais il refusa de prendre la créature en pitié. Il avait besoin de toutes ses forces et de toute sa concentration pour jeter le sort.

 

Il resta accroupi pendant ce qui lui sembla une éternité sur le chemin de pierre, psalmodiant jusqu'à ce que sa gorge soit à vif. Quand la barrière bourdonna, chargée à son maximum, le soleil avait passé son zénith. Quand il se releva, il chancelait presque aussi fort que Jem après avoir heurté la barrière. Le sort avait drainé toutes ses forces, mais il réussit cependant à se traîner contre les rocs escarpés pour s'y reposer et regarda vers le sud, en direction des terres ennemies.

Le soleil avait chassé le brouillard. Le ciel clair lui permettait de suivre le sentier qui serpentait à travers les contreforts jusqu'aux plaines verdoyantes et au-delà. Il pouvait même voir la cime brillante de la forêt des elfes, des kilomètres plus loin. Aucun signe d'une armée, mais un frisson d’inquiétude le parcourut.

 

C'était trop calme. Le vent ne sifflait pas à travers les montagnes, aucun oiseau ne chantait. Quelque chose allait arriver. Il ignorait quoi, mais il pouvait le sentir dans le fond de ses tripes. Il aurait dû haïr son prisonnier, qui était le signe avant-coureur qu'un malheur allait s'abattre, mais alors qu'il pensait à Jem, son cœur se serra. Maudissant sa faiblesse, il se précipita pour rentrer.

 

Jem était toujours recroquevillé dans le coin où il s'était réfugié. Ivenhal s'appuya contre les barreaux et soupira. Le visage juvénile de Jem était détendu dans son sommeil, et sa silhouette raviva la chaleur dans le corps d'Ivenhal et réveilla son entrejambe. Il n'avait encore rien mangé de la journée et aurait plutôt dû être affamé de nourriture. Pourtant, il brûlait de simplement toucher Jem, de caresser ses cheveux soyeux et sa peau.

 

De le prendre jusqu’à ce qu'ils hurlent d’extase, jusqu'à ce que même toute l'armée des Terres de Loamian ne puisse les séparer.

 

Ivenhal leva les yeux au plafond puis lui tourna le dos. Il mangea de la viande froide et but de la bière, mais son corps n’avait pas beaucoup d’appétit pour de la nourriture. Dès qu'il s'allongea sur le matelas bosselé de sa couchette, l'épuisement l'envahit et il sombra dans un sommeil agité.

 

        

****

 

      

Quand Ivenhal reprit conscience du monde qui l'entourait, Jem était assis sur le rebord de son lit. Les liens de l'elfe étaient tombés et il avait enlevé le collier, ne portant ce léger pagne autour de ses reins. Dans la lumière rougissante qui filtrait à travers la fenêtre, sa peau brillait. Il avait un léger sourire aux lèvres.

 

Pour Ivenhal, c'était comme un rêve, mais il ne pouvait prendre de risque. Il attrapa sa dague cachée sous son oreiller et à peine fut-il assis qu'il brandissait la lame. Il la brandit à quelques centimètres du torse nu de Jem. L'elfe haussa un sourcil mais resta calme. La main d'Ivenhal tremblait comme jamais la main d'un guerrier aguerri ne devrait le faire.

 

— Comment t'es-tu échappé ?

 

Sa voix était tendue. Jem et lui allaient-ils devoir se battre ? Il avait l'avantage de la taille et du poids, mais si l'elfe s'était échappé des Helons, sainte Déesse, quelles forces cachait-il ?

 

— J'ai annulé sa magie.

 

Jem s'approcha lentement de lui et Ivenhal serra son couteau plus fort encore jusqu'à ce que ses jointures deviennent blanches. Il aurait dû saisir ou même poignarder l’elfe, mais il resta figé. Le regard de Jem l'intoxiquait. Il était doux, brillant, ne donnant aucun signe de mauvaise intention.

 

— Les sorts que tu as lancés ont amoindri l’enchantement de l’Helon qui s’est retrouvé en deçà des lois habituelles qui régissent notre univers, murmura Jem. Quand les particules magiques sont solidement attachées, elles forment un lien solide qui endort les sens, mais elles s’affaiblissent, comme quand tu as érigé la barrière, car toute l'énergie des liens a été transférée en elle. Je ne sais pas comment je me suis remis si rapidement de leur impact, mais les liens ont été facilement rompus grâce à un simple sort d'évasion.

 

— Un simple sort d'évasion ?

 

La voix profonde d'Ivenhal baissa de quelques tons, et pas uniquement à cause des connaissances de Jem sur les lois du cosmos, qui semblaient surpasser celles des hommes savants. L'odeur musquée de Jem envahit ses poumons et le corps à moitié nu de l'elfe, si proche de lui, lui fit ressentir une nouvelle bouffée de désir.

 

Il serra les dents.

 

— Ça a été facile, oui.

 

Les lèvres plaines de Jem perdirent leur sourire.

 

— J'aurais pu m’enfuir il y a des heures, mais je n’avais pas envie de partir. Tu sais, je suis un elfe des chênes, et je ne suis pas ton ennemi. Je suis là pour te sauver.

 

— Un elfe des chênes ?

 

Il n'avait jamais entendu d’eux. Pour ce qu'il en savait, aucun elfe des chênes ne se tenait aux côtés de ghoultang. Alors qu'il avait du mal à trouver ses mots, Jem posa sa main sur son bras. Comme en état de choc, il laissa l'elfe lui retirer son couteau. Jem pressa ensuite sa paume sur le torse d'Ivenhal, là où sa tunique était ouverte, et caressa les pectoraux fermes, aussi solides qu’une armure. Ivenhal doutait qu’ils cachent le rythme tonitruant de son cœur, dont le bruit semblait mis en avant par le silence du monde au-delà de la tour de guet.

 

Une vague de joie désespérée emporta tous les avertissements qui venaient à son esprit.

 

Ce n'est pas mon ennemi. Il est là pour me sauver.

 

Il laissa son couteau tomber de sa main, ricochant sur le sol de pierres. Alors, Jem se pencha et pressa sa douce bouche contre la sienne.

 

Il écarta les lèvres. Jem plongea à l’intérieur, levant une main pour prendre sa mâchoire mal rasée en coupe. Une faim charnelle l'envahit et son sexe tressauta. Répondant au baiser avec une ferveur croissante, il referma ses poings dans les cheveux de Jem et savoura le goût de l'elfe, doux comme un nectar et aussi puissant que les meilleurs vins. Cela faisait presque un an qu'il n'avait pas partagé d'intimité avec quelqu’un d’autre, et jamais aucune de ses précédentes conquêtes ne lui avait fait cet effet. Les rencontres précipitées dans les allées sombres, le plaisir qu'il se permettait en profitant du cul d'un autre homme, de sa bouche ou de ses mains, ne faisait que satisfaire ses besoins corporels. Il avait rarement eu le temps de permettre à la passion de se construire.

 

Maintenant, il tourbillonnait sa langue autour de celle de Jem, fouillant les profondeurs de l’elfe, attisant une chaleur ardente qui défiait le fait qu’ils étaient des étrangers l’un pour l’autre. Sa barbe de quatre jours aurait dû l’irriter, mais ne dissuada pas Jem. L'elfe enfourcha les genoux d'Ivenhal, bougeant au rythme de leurs baisers, puis plongea ses mains sous la tunique d'Ivenhal et saisit son sexe.

 

Avec un gémissement, Ivenhal rompit le baiser et serra le cou de l'elfe, posant son front contre le sien. La respiration courte, il laissa l'elfe le pomper doucement dans un contact sublime.

Ce fut terrible à bien des égards. Il n’avait aucune preuve que Jem était son allié, en dehors de sa parole. Et puis, il y avait cette promesse de célibat qu’il avait faite, le jour où son commandant l’avait envoyé au mont de Guet.

 

Il avait longtemps ruminé sur la futilité cruelle de cette sanction, mais rarement aussi violemment que maintenant. Dans son isolement, avec qui ses supérieurs s'attendaient-ils à ce qu'il couche ? Maintenant qu'il avait de la compagnie, leur plaisir mutuel ne pourrait nuire à personne.

 

Pourtant, cela briserait son vœu. Il trahirait son peuple.

 

Jem avait dû lire l’agonie sur son visage. L’elfe cessa sa friction et Ivenhal poussa un grognement guttural, montant du fond de sa gorge.

 

— Tu ne veux pas de ça ?

 

— J'en ai envie.

 

Ivenhal tenta de ne pas regarder l'elfe, de fixer les murs ternes, mais il n'arrivait pas à détourner son regard de Jem.

 

— Mais c'est mal.

 

— Je ne pense pas.

 

Jem sourit et fit passer son pouce sur le gland d'Ivenhal. Jouant avec le prépuce, il étala le liquide séminal, exerçant une pression irrésistible sur le gland sensible.

 

— Nous, elfes des chênes, nous sommes endormis il y a plusieurs siècles. J'ignore pourquoi nous nous sommes réveillés, mais pendant que tu dormais, je n'ai pas pu m'empêcher de me poser la question. Tu m'as dit que les elfes de cette époque vous ont trahis. Ils vous ont abandonnés. Peut-être que les elfes des chênes sont là pour rétablir l'ordre des choses. Pour vous aider à gagner cette guerre.

 

Même si les constantes caresses de Jem transformaient son esprit en coton, Ivenhal faisait de son mieux pour comprendre. Cette théorie avait un certain sens. Pour que cette effusion sang prenne enfin fin, de nouvelles forces devaient émerger pour sortir de l’impasse. La magie des Terres de Loamian devait tourner en faveur des hommes.

 

Mais le présage de Jem semblait trop beau pour être vrai. Les elfes des chênes étaient peut-être de grands sorciers et mages, mais n’allaient-ils pas plutôt s’allier aux leurs, aux elfes des fougères, aux imposants elfes des séquoias et aux cruels elfes des aubépines ?

 

— Comment puis-je être sûr que les elfes des chênes nous soutiendront ?

 

Il avait dû se forcer pour que ses mots soient tranchants. Ô, lunes sacrées, que le contact de la main de Jem sur lui était agréable.

 

— Tu ne peux pas l’être, répondit Jem. Tout ce que je sais, c'est que je ne veux pas me battre contre toi. Tu vas devoir me faire confiance.

 

Ivenhal ne pouvait pas. Du moins, il ne devrait pas. Son cerveau se révoltait, mais son corps montrait très clairement ce dont il avait envie – tout comme Jem. L'elfe lécha le liquide séminal d'Ivenhal qu'il avait sur ses doigts effilés. Son regard vert jade rayonnait de joie. Jem cracha dans la paume de sa main, puis saisit à nouveau la longueur d'Ivenhal.

 

— Que la Déesse me pardonne... murmura Ivenhal.

 

Vaincu, il laissa sa tête tomber en arrière et poussa un cri étouffé sous l'attaque humide. Jem semblait transformer ses fluides en différents liquides qui sentaient le miel et s'en servait pour lubrifier son membre. L'elfe utilisait la magie une nouvelle fois, mais la prudence qui luttait pour garder le contrôle de son esprit perdit une nouvelle fois. Il retomba avec force contre son oreiller. Jem se redressa, les genoux enfoncés dans le matelas de part et d'autre des hanches d'Ivenhal. Après avoir délié deux ficelles, Jem repoussa son pagne.

 

Son sexe se dressait dans un nid de boucles couleur miel, une perle de liquide coulait sur son extrémité. Il glissa un de ses doigts humides entre ses fesses parfaites, se tortilla, s’étira, et se mordit la lèvre. Quand Ivenhal gémit de désir, Jem s’avança, prit son sexe qui s’était douloureusement redressé, et le glissa entre les globes de son derrière tentateur.

 

Avec un grognement de désir primal, Ivenhal attrapa l'elfe par les hanches et frotta son gland dans sa raie jusqu'à son entrée. Jem s'abaissa et Ivenhal sentit l'anneau de muscles commencer à s'ouvrir pour le laisser entrer dans un paradis étroit et chaud. Le corps de Jem céda et il glissa sur la verge d'Ivenhal, s'empalant jusqu'à la garde.

 

— Bon sang ! Oui !

 

Le plaisir consumait Ivenhal.

 

Le glissement de la chair contre la chair était comme un assaut de feu et de glace, l'extase la plus pure. Le canal de Jem se serrait autour de lui, aussi brûlant que de la lave, les muscles frémissants. Puis l'elfe commença à bouger, se leva lentement, puis replongea en haletant avec délice. Ses lèvres formaient un cercle parfait et son beau visage se tordit en douzaines de manifestations de son euphorie. Il repoussa une mèche brillante de son front et prit son sexe douloureux dans son poing. Ivenhal donnait des coups de reins et Jem le chevauchait. Les bourses d'Ivenhal se contractaient alors que son orgasme commençait à arriver.

 

— Comment ça pourrait être mal, murmura l'elfe. La Déesse a dû bénir cette union, car nous avons été créés pour nous adapter l’un à l’autre.

 

L'extase d'Ivenhal grandissait, les vagues de plaisir de faisaient de plus en plus fortes et prolongées. Les paroles de l'elfe éclipsèrent presque ça. La guerre entre les hommes et les elfes n'avait aucune importance pour le moment. Pour la première fois de sa vie, Ivenhal avait quelqu'un de son côté. Qui ne le condamnait pas pour ce qu’il était et partageait ses désirs sans honte.

 

Qui le désirait lui.

 

Ils se regardaient dans les yeux et l'adoration faisait briller ceux de Jem. Ivenhal aurait voulu hurler son bonheur. La chambre laide de la tour hideuse n'existait plus. Il se sentait flotter sur un nuage, loin du matelas cabossé. Jem remplissait son monde et tout à coup, l'elfe empalé sur son sexe sembla trop loin de lui. Il prit le membre de Jem dans sa main pour le frictionner.

 

Jem secoua la tête.

 

— Il te suffit de me prendre plus fort. J’ai besoin de toi plus profondément.

 

Ivenhal n'avait pas besoin qu'on le lui dise deux fois. Il se releva, attrapa l'elfe et, sans quitter la chaleur du canal brûlant de Jem, il le pressa contre lui. Jem remonta ses jambes et ils bougèrent en harmonie jusqu'à ce que Jem repose sur le dos, Ivenhal au-dessus. Ils réclamèrent l’autre dans un baiser possessif. Ivenhal s’appuya sur ses bras et plongea au plus profond de Jem.

 

Leur besoin l'un de l'autre effaça tout le reste, les souvenirs des champs de bataille et de l’intolérance se perdirent dans un tourbillon. Ivenhal le prit plus fort, alimenté par un déluge d’affection et ils attaquèrent chacun la bouche de l'autre. Les doigts de Jem empoignèrent ses cheveux indisciplinés, caressant sa nuque, l’attirant à lui. Ivenhal tira sur le membre dur comme fer de Jem.

 

Son orgasme le surprit, déclenchant une bête à l’intérieur de lui. Il rompit leur baiser pour donner un dernier coup de boutoir. Jem gémit et se tortilla sous lui alors qu'il malmenait le sexe de l'elfe. Tous ses muscles se tendirent et ils jouirent ensemble, ne formant plus qu’un. Le plaisir l'envahit comme un torrent exalté, son sexe convulsa et sa semence inonda profondément l’intérieur de Jem. L'épais liquide blanc de l'elfe gicla sur sa main et sur leurs torses. Il s'écroula sur le corps de son amant, épuisé et repu.

 

Ils restèrent ainsi un long moment, leurs respirations synchronisées. Avec prudence, il caressa les vagues miels et châtains de ses cheveux.

 

— C'était bien ?

 

— Tu as été merveilleux, soupira Jem.

 

Ils bougèrent enfin, de manière à ce que l'elfe puisse se blottir dans les bras d'Ivenhal. Jem ferma les yeux, avec ce sourire qui courbait ses lèvres. Sa tête épousait parfaitement le creux du cou d'Ivenhal et leurs jambes étaient entrelacées. Ils s’emboîtaient si parfaitement que les nombreuses questions gênantes qui envahissaient l'esprit d'Ivenhal ne pouvaient pas prendre le dessus. Pas encore.

 

Une seule chose importait. Il venait de coucher avec un elfe. Un allié, qui avait choisi de partager son lit. Il venait de rencontrer Jem, mais il adorait cette créature avec une passion féroce, bien qu’il sache qu'il ne devrait pas.

 

****

 

 

Ivenhal se réveilla dans le silence et l’obscurité. Il se rappela de la chaleur de Jem, du contact du corps doux de l'elfe contre le sien. Il s'assit et pressa ses tempes entre ses doigts.

 

La pièce était sombre. Une sensation de solitude s’abattit sur lui comme un linceul. Jem avait disparu. Ivenhal ne ressentait aucune colère, sachant que c'était inévitable. Il ne voulait pas songer à sa punition quand l'escorte armée arriverait de Reikenhad Wall et que l’on découvrirait qu’il avait laissé s’évader un précieux prisonnier.

 

Il passa sa langue sur sa bouche, savourant le léger nectar de l'elfe et eut un petit rire sans joie en se relevant. Il ne pouvait se résoudre à regretter ce qui s'était passé. Il aurait souhaité pouvoir savourer le souvenir de la meilleure nuit d'amour de sa vie, pourtant la tristesse l'envahissait. Cette connexion qu'il avait ressentie avec l'elfe quand ils faisaient l'amour n'avait été que le fruit de son imagination.

 

Pourtant, il aurait voulu avoir le temps de mieux connaître et d’en apprendre un peu plus sur Jem, et pas seulement pour profiter de son corps délicieux.

 

Allumant l’amadou qu’il gardait près de son lit, il nota sans surprise que son coffre en bois d'orme avait été ouvert, le loquet était levé sans trace d’égratignure ou marque. Jem avait repris son arc. Ivenhal se gratta la tête. L'elfe avait au moins récupéré ce qui lui appartenait, et les piles de pierres anti-Helon étaient intactes. Peut-être y avait-il eu une part de vérité dans ce que Jem avait dit.

 

Ou peut-être qu'Ivenhal avait agi comme le fou solitaire qu'il était.

 

Tentant de ne pas penser à la peur écrasante qui s'abattait sur lui, il sortit sur le sentier de la montagne et respira profondément l'air nocturne. Les étoiles scintillaient dans le ciel, et les cinq lunes brillaient d’un prodigieux éclat surnaturel.

 

— Déesse, murmura-t-il, suis-je maudit ?

 

Comme précédemment, aucun vent ne souffla sur son visage. Le monde était si silencieux que le bruit d'un battement d'ailes d’un oiseau le mit aussitôt sur ses gardes, dague à la main.

 

Une colombe se posa sur l’un des rochers près de la passe. Il écarquilla les yeux, incertain de l'identité de l'animal dans la nuit. Quand il s'approcha légèrement, Maisie vola vers lui et se percha sur sa main tendue.

 

— Déjà de retour, ma fille ?

 

Même s'il était heureux de revoir son animal de compagnie, il fronça des sourcils. Il aurait fallu une journée complète pour que l’oiseau atteigne Reikenhad Wall. Elle n’avait pas été dressée pour revenir directement, même si elle en avait l'endurance. Quelque chose d’étrange se tramait. Il détacha le message de sa patte.

 

C'était le même message codé qu'il avait envoyé ce matin. Quelques lignes de texte avaient été ajoutées juste en dessous, d'une écriture si petite qu'il s’avéra impossible de la lire sous les lunes ou les étoiles.

 

Perplexe, il prit la colombe et se précipita dans la tour de guet. Assis sur son lit, il alluma une bougie. Quand il lut le message supplémentaire, son cœur menaça de remonter dans sa gorge.

 

J'ai intercepté cette petite et je lui ai dit de rentrer à la maison, droit vers toi. Je pars pour retrouver mon frère qui habitait autrefois dans la vallée entre les montages, mais je serai bientôt de retour. Nous gagnerons cette guerre ensemble.

Jem.

 

Le sourire d'Ivenhal étira lentement ses lèvres. Aucun elfe ennemi ne vivait au nord de cette tour de guet. Il avait fait son travail et il l'avait bien fait, mais au moins un elfe des chênes parcourait la vallée. Grâce à Jem, quelque chose d'énorme allait arriver, et le monde d'Ivenhal était sur le point de changer. Il ne pouvait nier le pincement d'appréhension qui nouait ses entrailles, une sensation qui lui rappela les nombreuses veilles précédant la bataille. Cette nuit, une vague d’espérance et de joie le submergea. Pour la première fois depuis qu'il était jeune, il voyait un avenir où il n'aurait pas à mourir pour des gens qui l’évitaient, l’empêchant d’aimer ceux de son propre sexe.

Il retourna à l’extérieur de la tour et attendit que le soleil se lève au-dessus des montagnes – et surtout pour attendre le retour de son nouvel allié. Quoi qu'il puisse arriver dans les jours à venir, Ivenhal jura sur sa vie qu'il se battrait aux côtés de Jem.

 

 

FIN

 

 

 

 

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