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Shira Anthony / Baisers et maquillage

March 13, 2012

 

Résumé

Ted est un artiste spécialisé dans les effets spéciaux et le maquillage qui espère remporter un Oscar pour son travail sur un film de science-fiction à gros budget. Il passe quatre heures chaque matin à transformer la superstar des films d’action Lenny Golden en un seigneur de guerre alien. Sa plus grande réussite serait de transformer Lenny en son amant avant que le tournage ne se termine.

 

***

 

SOUMIS PAR : Diane

 

 

CHAPITRE 1 :

 

 

Ses doigts huilés glissaient sur la peau lisse et il admira les muscles durs en-dessous. Centimètre par centimètre, il enduisit la chair ferme, passant sur les monts et les creux des abdominaux finement ciselés, dans les plis des muscles pectoraux et la profonde échancrure de la taille. Avec l’huile, la peau luisante reflétait la lumière et faisait briller le bronzage.

— Avez-vous assez chaud ?

Ted eut soudain chaud avec son tee-shirt en coton. La climatisation était-elle de nouveau en panne ?

— Je vais bien.

La voix était celle d’un baryton. Riche. Chaleureuse. Sexy.

— J’ai presque fini.

Len laissa échapper une expiration lente qui ressemblait presque à un soupir et Ted se demanda si l’autre homme ressentait la même chaleur. Il repoussa sa pensée au loin.

« C’est le travail. N’oublie pas ça ».

Pourquoi lui était-il si sacrément difficile de rester concentré ? Il s’essuya les mains sur une serviette et étudia la poitrine huilée avec satisfaction, puis appuya sur un bouton du tableau pour le faire pivoter au centre jusqu’à ce que Len se retrouve debout, une fois de plus.

— Puis-je t’offrir quelque chose à boire ? Cela te prendra encore quelques heures avant que tu ne puisses de nouveau bouger.

— Nan, je vais bien. Merci.

Depuis ces huit dernières années dans la profession, Ted Aaronson n’avait jamais été distrait. Il n’avait jamais été distrait. Il était le meilleur artiste de maquillage de science-fiction des environs – le gars qu’il fallait avoir lorsqu’un réalisateur voulait des choses en détail. Des travaux réputés les plus compliqués. Du travail de pointe. Mais avoir Len Golden sur sa table, à moitié nu, s’occuper de sa poitrine lisse qui demandait toute son attention, c’était presque plus que ce que Ted pouvait en supporter.

Le gars était magnifique. Encore mieux en personne, pensa Ted, que sur l’écran. Des cheveux brun-roux et de profonds yeux verts, avec une forte mâchoire, des pommettes hautes et des muscles dont il ne pouvait détacher son regard. Ted s’imagina ce que ce serait que de déboutonner le jean usé et de passer ses mains sur les globes fermes de Len…

— À bien y réfléchir, déclara Len, les petites rides aux coins de sa bouche devenant plus visibles avec son sourire enfantin, je pense que j’aimerais un peu d’eau. Et je vais peut-être aller me soulager.

— La salle de bain est derrière cette porte, répondit Ted en faisant un geste de la main vers sa gauche. J’ai quelques bouteilles ici. Perrier ?

— Plate serait bien.

Ted hocha la tête et le regarda s’éloigner, admirant le cul parfait dans le Levi’s délavé. Il réprima un soupir. Len Golden était l’homme le plus sexy qui était apparu sur l’écran depuis plus de dix ans. Ce n’était pas plus mal qu’en plus de tout cela, avec son physique à mourir, le gars attire tous les regards.

Ted avait rencontré l’homme dix ans auparavant, quand ils travaillaient tous les deux pendant les vacances d’été pour un théâtre situé à New-York. À l’époque « Len Golden » était encore « Lenny Goldberger » et Ted était le genre de gamin que personne ne regardait à deux fois. Ted se rappelait très bien de Lenny : un débutant aux yeux brillants qui avait à son seul crédit une apparition dans une production universitaire de « Comment réussir en affaires sans vraiment essayer ». Len avait semblé se soucier des regards ébahis des actrices et membres de l’équipe. Il était juste un gars sympa de Long Island avec des rêves de chanter à Broadway. Pas question d’Hollywood ou de films d’action à succès, ni aucun Oscar.

Non pas que Lenny se souviendrait de lui, pensa-t-il. Ted Aaronson n’était pas le genre de gars dont on se souvenait. À dix-sept ans, il avait été l’incarnation du geek, rêvant d’une vie quelque part au-delà des confins de sa banlieue de classe moyenne. Le gars avec de multiples piercings, dont le plus récent était une barre en argent en travers de son sourcil, portant du khôl, des tee-shirts de mailles, des jeans noirs serrés, des Converses noires ou des bottes de l’armée.

Dix ans plus tard, Ted était le fier nominé pour l’Oscar du meilleur maquillage pour un film de zombies à gros budget, qu’il avait presque laissé tomber et Lenny était l’un des acteurs les plus sexys de Hollywood. Un « héro de films d’action réfléchis » comme un critique l’avait surnommé. Et son nouveau film pourrait bien leur faire gagner à tous deux un Academy Award.

— Mieux ? demanda Ted lorsque Len revint dans la pièce.

Il termina de boire l’eau contenue dans un gobelet en carton qu’il tenait et le jeta dans la poubelle près de la table de maquillage.

— Super. Donc, et maintenant ?

— Je vais faire un moulage de ton torse pour l’armure. Nous ferons la tête demain matin et le dos dans l’après-midi, une fois que Tina aura la partie avant prête pour moi.

Len acquiesça et reprit sa place sur la table.

— Nous allons commencer avec toi debout et lorsque l’ensemble du silicone sera étalé, je ferai basculer la table afin de poser le plâtre dessus.

Ted versa une quantité égale de silicone et de durcisseur dans une tasse, la mélangeant jusqu’à ce qu’elle devienne uniformément bleue. Puis, avec ses doigts, il commença à étaler une mince couche sur la poitrine de Len.

— La crème que j’ai déposée sur toi auparavant, empêchera tes poils de coller au silicone, expliqua Ted, désireux de garder son esprit loin de la sensation du corps de Len. Parler contribuait à calmer les contractions de sa queue. Enfin, du moins un peu.

Il n’allait certainement pas être au mieux de sa forme avec une érection constante. Il envisagea même d’utiliser un pinceau pour répandre le silicone, pensant que cela pourrait être moins excitant. Certains de ses collègues préféraient les pinceaux aux doigts, mais Ted avait toujours préféré l’approche plus sensuelle, le côté artistique du processus. Au lycée, il avait aimé travailler l’argile et le lien entre ses doigts et la peau de l’acteur lui rappelait toujours ses cours de sculpture à l’université.

« Non. Tu fais ce que tu as toujours fait. Tu pourras te branler autant que tu le veux ce soir à la maison, mais pour l’instant, tu doit faire ton travail comme tu sais que tu dois le faire ».

— C’est froid, dit Len en grognant, si bien que Ted se sentit encore plus serré dans son jean. Si cela était même possible à ce niveau.

— Ne bouge pas, l’avertit Ted.

Il ne voulait pas gâcher son travail, mais également, il ne voulait pas que l’autre homme puisse voir le renflement de son entrejambe. Il remercia les dieux qu’il n’ait pas rentré sa chemise dans son pantalon.

— Désolé, dit Len en fermant les yeux alors que Ted continuait à recouvrir sa poitrine avec la pâte, veillant à recouvrir le creux sous la pomme d’Adam et même d’aller légèrement plus haut.

Seigneur, mais le corps de Len était foutrement parfait ! Son menton était rude avec l’ombre d’une barbe et la bite de Ted sauta de nouveau avec l’idée de raser la forte mâchoire demain avant de mouler le visage de l’acteur pour les prothèses. Ted s’imaginait lécher la base du cou de Len, alternant les morsures et les baisers sur et sous sa mâchoire.

Cela allait être trois heures horriblement longues.

 

Trois jours plus tôt

Ted s’assit, écoutant la gestionnaire du studio babiller.

— Et bien sûr, dit-elle à l’assistante de Ted, Tina, Monsieur Golden aura besoin que tous ses repas soient apportés de chez Francine’s Naturals. De l’eau pétillante, peut-être quelques sodas italiens… vous savez, toutes ces variétés de jus de fruits naturels. Pas de sucre. Des barres protéinées. Des fruits frais. Du fromage, mais pas ces trucs français super gras. Un bon Emmental ou du Gruyère. Des baguettes au blé entier.

Tina hocha la tête, attrapant le regard de Ted de temps en temps pour le voir faire une grimace de dégoût. Elle venait de sortir de l’école, était sacrément chanceuse d’avoir son travail et elle le savait. Mais elle savait également que Ted n’avait que peu d’intérêt pour toutes ces conneries hollywoodiennes et il les détestait au moins autant qu’elle.

Ted lui adressa un regard d’avertissement. Ce travail était énorme et il n’avait aucunement l’intention de laisser Tina lui foutre en l’air. Le studio le payait une fortune pour transformer sa star la plus sexy en un commandant alien, mais lui laissait aussi suffisamment de contrôle sur le projet pour qu’il soit capable de montrer toute l’amplitude de son art.

— Oh et Monsieur Aaronson, ajouta la femme – quel était son nom, Marjorie ? – après une pause suffisamment longue pour reprendre sa respiration, j’ai parlé au metteur en scène et il est d’accord que l’armure de son corps doit mettre en évidence les attributs de Len, si vous voyez ce que je veux dire.

Bien entendu, Ted savait exactement ce qu’elle voulait dire. Loin de lui l’idée de cacher le corps musclé pour lequel Lenny Golden avait travaillé. Il pouvait apprécier une telle beauté comme n’importe quel homme ou femme, d’ailleurs.

 

***

 CHAPITRE 2

 

Maintenant

 

— … Et s’ils savent ce qui est bon pour eux, ronronna Marjorie alors que la limousine se garait sur le parking en face du studio de maquillage, ils auront de la nourriture prête avant que vous ne vous asseyez sur cette foutue chaise à nouveau. Je ne peux pas croire que ce n’était pas prêt avant que vous ne commenciez hier. Je vais devoir…

— C’est bon, Margie, l’interrompit Len en bâillant. Je n’ai pas faim de toute façon. Je peux attendre plus tard.

Le chauffeur de la limousine leur ouvrit la porte. Ils s’étaient éloignés de quelques mètres seulement de la voiture lorsque Len s’arrêta net dans son élan.

— Putain !

— Que se passe-t-il, Lenny ?

Son air inquiet était presque comique.

— J’ai oublié mon iPod à la maison sur la plage, je voulais écouter un peu de musique pendant que le maquilleur moulait mon visage aujourd’hui.

— La maison sur la plage ?

Elle avait l’air horrifiée.

— Je pourrais aller vous en chercher un nouveau, si vous voulez.

Il soupira.

— J’avais préparé une liste et tout. C’était tellement ennuyeux, putain, l’autre jour…

Sa voix s’éteignit alors qu’il prenait une expression douloureuse.

— Ce n’est pas un problème, dit-elle. Je vais demander au chauffeur de me ramener là-bas.

— Vous en êtes sûre ? Il y en a pour trois heures aller-retour à cette heure de la journée, avec le trafic.

— Bien sûr, que j’en suis sûre. C’est mon boulot, non ? M’assurer que vous ayez tout ce qu’il vous faut.

— Vous êtes un amour, dit-il en embrassant sa joue. Je pense que je l’ai laissé sur la table de la salle à manger. Les écouteurs doivent être dessus.

— Je serai de retour dès que je peux, dit-elle en trottant en direction de la limousine. Assurez-vous quand même de manger quelque chose, cependant. Vous ne pouvez pas rester toute la journée à mourir de faim, n’est-ce pas ?

— Je mangerai. Ne vous inquiétez pas, Margie, je le promets.

Il resta là pendant un moment, à la regarder jusqu’à ce qu’elle remonte dans la limousine, puis il s’éloigna. Il posa son sac de sport sur un banc à proximité, l’ouvrit et chercha à l’intérieur pour prendre le sac en papier qu’il avait caché sous ses vêtements de rechange. Il referma la fermeture éclair de son sac à nouveau et se dirigea vers la porte de la salle de maquillage.

— Monsieur Golden, dit l’assistante blonde dès qu’elle le vit entrer. Teddy vient juste de finir. Une table avec de la nourriture a été mise en place là-bas, ajouta-t-elle en faisant un geste vers le coin le plus éloigné de la salle, au cas où vous auriez faim.

— Merci. C’est Tina, non ?

Elle hocha la tête, ayant l’air très heureuse qu’il se soit souvenu de son nom.

— Si cela ne vous dérange pas, peut-être pourriez-vous m’apporter un jus d’orange ?

— Bien sûr.

Elle lui sourit tandis qu’il se dirigeait vers la chaise de maquillage.

— Hello, dit Len, attrapant le regard de Ted Aaronson.

Ted lui sourit et lui indiqua d’un geste de s’asseoir.

— Comment se sent votre corps aujourd’hui ? demanda-t-il.

Len ne put s’empêcher de remarquer la légère rougeur sur les joues de l’autre homme.

— Mon corps va très bien, merci.

— Oh !

Leurs yeux se rencontrèrent et Ted rougit plus fort.

— Je voulais dire, vous savez, des éruptions cutanées ou autres ? dit-il en souriant.

— Ah !… Oh… Non, tout va bien.

Ted s’occupa de quelques-unes de bouteilles afin d’éviter de croiser le regard de Len.

— Écoutez, dit Len dans un chuchotement complice. Je sais que cela va faire un écart énorme avec ce que le studio a commandé, mais j’espérais que, peut-être, vous pourriez prendre le petit déjeuner avec moi.

Ted se retourna et le regarda.

— Vous… quoi ?

Len sourit et attrapa le sac en papier sur la table.

— Je ne peux pas supporter la merde qu’ils commandent pour moi.

Lorsque Ted se retourna avec un air confus sur le visage, Len tira deux paquets du sac, chacun enveloppé dans des serviettes en papier blanches.

— J’ai acheté quelque chose de meilleur.

— Vous… Vous avez acheté un petit déjeuner ? Pour moi aussi ?

La longue frange de Ted tomba devant ses yeux et Len retint son envie de repousser les cheveux soyeux en arrière.

— Ouais.

Len lui tendit l’un des paquets.

Ted hésita pendant une fraction de seconde, puis accepta l’offre, ses doigts frôlant ceux de Len. Il eut un petit hoquet parfaitement audible.

— Je… Merci… C’est…

— J’espère que vous aimez les bagels. J’ai trouvé ce petit magasin, dans la rue près de ma maison sur la plage, qui en fait des frais chaque jour.  Ce qu’ils veulent dire c’est « tu peux m’emmener loin de New York, mais tu ne peux pas renier que je viens de New York ».

Ted déballa le sandwich et sa bouche s’ouvrit, affichant une expression de surprise évidente.

— J’aime le saumon fumé, dit-il alors qu’il levait la moitié supérieure du bagel et regardait en dessous, voyant le saumon fumé posé sur du fromage et de la crème. Laitue, tomate, oignon rouge et… Ils avaient des câpres ?

— Vous ne les aimez pas ?

— Vous plaisantez ? C’est ce qu’il y a de meilleur.

Ted semblait abasourdi par le geste et très embarrassé.

— Je trouve aussi. Là où j’ai grandi, c’était la seule façon que nous avions de les manger. Len nota que Ted regardait toujours stupidement le bagel. Eh bien, allez-vous vous joindre à moi ? Ou manquez-vous de temps ? Je ne voudrais pas…

— Pas du tout. Nous avons tout notre temps aujourd’hui.

Ted avança une chaise et prit le bagel dans ses mains alors que Len déballait le sien.

— Super.

Len mordit dans le sien, puis ajouta, la bouche à moitié pleine :

— Merde ! J’ai oublié à propos des oignons. Je n’aurais pas dû en commander aujourd’hui. Je vais avoir une haleine de cracheur de feu près de vous.

— Ce n’est pas grave si la mienne est aussi mauvaise, non ? demanda Ted en riant, semblant se détendre un peu.

— Non, déclara Len avec un sourire malicieux. En effet.

— Donc, ce sera à peu près la même chose aujourd’hui qu’hier, lui dit Ted, une demi-heure plus tard alors qu’il préparait le matériel de rasage. Je vais faire un moule de votre visage afin d’avoir un masque que je vais utiliser pour créer des prothèses.

— Quel est votre concept pour le style ?

— Je vais faire une version mélangée de certains vieux films. Quelque chose dans le style de « The Creature from the Black Lagoon » qui rencontre « Alien » et « Predator ». Et puisque votre personnage est un avatar, vraiment, et pas réellement un alien, je vais y ajouter quelques… traits humains en plus.

Len se mit à rire.

— Comme pour mes pectoraux, mes abdos et mon cul ?

— Ouais, je suppose.

Ted avait un peu l’air d’un chien battu, mais Len resta imperturbable. Il savait pourquoi il était allé aussi loin.

— C’est bon, autant appeler un chat, un chat. Je sais ce que les gens du studio vous ont dit.

— Cela ne vous dérange pas ?

Len n’arrivait pas à savoir ce que Ted voulait dire en posant sa question, mais la teinte rose vira rapidement au rouge sur ses joues.

— Être traité comme un morceau de viande ? Len secoua la tête. Non. Je suppose que c’est l’affaire d’une fois.

« Mais ce sera la dernière également. Après ce film, je ferai les choses à ma manière ».

Ted ne savait pas trop quoi dire. Il était déjà certain d’en avoir trop fait.

« Ferme ta grande gueule, Aaronson ».

Il sortit un rasoir à main d’un tiroir. Lame en acier. Manche en bois de ronce. Fabrication américaine. Ted avait acheté la beauté aiguisée il y avait un mois, mais ne l’avait jamais encore utilisée. Le prix de 1 000 dollars qu’il avait dû payer traînait encore sur son relevé de carte de crédit. Il n’avait pas vraiment l’intention de l’utiliser du tout, il l’avait simplement vu un jour sur le Web et avait été soufflé par la maîtrise d’œuvre, mais il ne pouvait imaginer de meilleur premier client que Lenny Golden.

« Ou dernier client ». Ted ne pensait pas que le visage de qui que ce soit d’autre puisse un jour s’approcher de celui de Len.

— Merde.

Len pâlit un peu devant la longue lame. Ted décida de ne pas lui révéler que le style oblique du manche donnait non seulement un meilleur rasage, mais qu’on l’appelait parfois le « rasoir du diable ».

— Je fais ça depuis plus de dix ans, dit Ted d’une voix calme et rassurante. Tant que vous ne sursautez pas, vous vivrez.

Len se mit à rire.

— Le meilleur rasage que vous n’aurez jamais. Promis. Je suis bon.

Les yeux verts de Len attrapèrent la lumière et il sourit.

— Je suis prêt à le parier que vous l’êtes.

« Oh, putain de merde ! Est-ce que ce gars a la moindre idée de l’effet qu’il a sur moi ? ». Ted devait se convaincre que Len n’en savait rien. Il était hétéro, pas vrai ? C’était juste le boulot.

Ted tira l’une des serviettes chaudes du sèche-linge qu’il avait demandé à Tina de préparer et la pressa doucement contre le visage de Len. Il devait s’approcher de très près, et il ne put s’empêcher de remarquer l’odeur de musc et de citron sur le cou de l’autre homme. Il eut l’impression que son cœur se retrouvait dans sa gorge.

— Je pourrais m’habituer à ça, dit Len, les yeux fermés en soupirant de contentement.

La serviette chaude permet d’ouvrir les pores et d’adoucir les poils. C’est plus facile pour raser sans irriter votre peau.

Ted prit une bouteille d’huile de prérasage dans le tiroir et, après avoir retiré la serviette, se mit à recouvrir la ligne de la mâchoire de Len, ses joues et sa lèvre supérieure.

— Ça sent bon.

La voix de Len était aussi douce qu’un murmure.

Une image fugace de Len le touchant avec des doigts bien huilés dériva dans l’esprit de Ted. Il se força à se concentrer sur la tâche qu’il avait à accomplir.

— C’est à base de produits naturels. Vous pourriez presque la manger. J’ajoute quelques gouttes d’arnica pour apaiser la peau.

Ted continua à masser doucement pour faire pénétrer l’huile, afin de s’assurer qu’il n’avait manqué aucune courbe. Il remarqua que le corps de Len se tendit lorsqu’il toucha un endroit sous son menton.

— Désolé, vous ai-je fait mal ? demanda-t-il.

— Putain, non. C’est juste que je suis un peu sensible là.

L’expression zen de Len était parfaite. Ted se demanda si c’était à ça que l’homme ressemblerait après un orgasme et combattit l’envie de lécher ses lèvres.

— Je vais appliquer la mousse maintenant, dit-il, déterminé à ne pas céder à l’image pornographique que le visage de Len lui évoquait.

Un instant plus tard, il fit tourner le blaireau à poils longs dans le savon à barbe et recouvrit son visage d’une mousse onctueuse.

— Prêt ? demanda-t-il en posant la brosse et en s’essuyant les mains pour les sécher.

Il ouvrit le rasoir et attendit la réponse.

— Prêt.

Ted se stabilisa et plaça sa main gauche sur l’épaule de Len et fit glisser la lame sur les poils recouvrant la mâchoire de Len, commençant à utiliser le rasoir sur les zones les plus faciles. Chaque passage révélait la peau lisse dessous, jusqu’à ce qu’il ne reste que de la mousse.

Ted lui tendit un miroir afin que Len puisse regarder.

— Bien, déclara-t-il, ses doigts touchant sa peau, ses yeux s’écarquillant d’appréciation. Vous aviez raison. C’est le meilleur rasage que je n’ai jamais eu.

— Vous devriez allez vous rincer dans la salle de bain. Eau chaude, mais pas trop. Pas de savon.

— Très bien.

Len se leva et regarda Ted dont les joues s’enflammèrent une fois de plus sous le regard du magnifique acteur.

Il partit sans un mot et Ted se pencha sur la table pour reprendre son souffle. Il jeta un regard sur les fournitures de rasage et se rendit compte qu’il avait oublié d’appliquer le baume après-rasage. Il se saisit du tube et se dirigea rapidement vers la salle de bain.

— J’ai oublié de vous donner… commença-t-il à dire en ouvrant la porte, mais sa voix s’estompa à la vue de Len, torse nu, le visage et les épaules humides, le premier bouton de son jean ouvert et sa main posée sur son ventre. Il semblait être sur le point de déboutonner le bouton suivant. Le renflement de son entrejambe était évident.

Cette fois ce fut au tour de Len de rougir.

— Merde. Désolé. Je ne voulais pas vous interrompre, bredouilla Ted.

Il avait l’impression d’être retourné au collège et d’être à nouveau un adolescent maladroit, essayant de ne pas effrayer les autres gars dans la douche commune en les regardant trop fixement. Il était sûr que Len allait l’engueuler, lui dire de prendre ses manières de pédé et de sauter dans La Brea Tar Pits[1].

Mais Len ne fit rien de la sorte. En fait, il fit quelque chose de tout à fait inattendu. Il tendit la main et fit courir un seul doigt sur les lèvres de Ted.

Il resta sans voix.

— Je n’ai pas tort à propos de toi, n’est-ce pas ? dit-il d’une voix rauque, emplie de désir. Ce n’était pas vraiment une question, réalisa Ted. Parce que si tu ne veux pas…

Ted embrassa Len. Sur les lèvres. Plus tard, il pourrait se demander qui diable était entré dans son corps et avait pris les choses en charge alors que son cerveau était liquéfié comme s’il avait été attaqué par l’un des aliens qu’il avait créé dans son atelier. Peut-être que ses cellules cérébrales avaient toutes migrées vers le sud et qu’il pensait avec sa bite. Ou peut-être qu’il avait juste atteint son point de rupture.

La chose la plus étrange cependant, fut que Len lui rendit son baiser.

« Oh putain ! Bordel de merde ! » fut la dernière pensée cohérente de Ted avant que les lèvres pleines de Len se séparent pour autoriser sa langue insistante à entrer.

Ce n’était pas une chose douce que leur baiser. Leurs dents se heurtèrent sous la force de leur convoitise, mais leur maladresse disparut alors que leurs langues se rencontraient et s’emmêlaient.

Les bras de Len étaient aussi forts qu’ils le paraissaient. Ted avait toujours préféré ses amants un peu plus grands que lui, mais il n’avait jamais été avec quelqu’un d’aussi grand, et il n’avait fait que fantasmer sur son corps musclé. Sans le prétexte de son travail, ses doigts étaient libres d’explorer la peau de Len, les pointes roses de ses mamelons et les déliés de sa poitrine et de son abdomen.

Quelque part dans l’enchevêtrement de bras et de lèvres, Len réussit à retirer la chemise de Ted. Il traça une ligne le long de sa poitrine jusqu’à ce que ses mains se posent sur les boutons de son jean noir. Il regarda brièvement Ted qui gémit son assentiment. Il ne fallut pas longtemps avant que Ted soit complètement nu avec les lèvres de Len partout sur sa peau, glissant vers le bas pour réclamer sa queue.

Ce qui restait de la fragile santé mentale de Ted s’enfuit avec l’assaut de la bouche de Len qui l’aspira, ses grandes mains trouvant son cul et le pétrissant. Posant sa main sur la nuque de Len, ses doigts serpentant dans les boucles brunes, ses ongles grattant le cuir chevelu provoquèrent un faible gémissement de son amant.

Les lèvres et la langue de Len étaient une révélation et Ted était reconnaissant d’être appuyé contre la porcelaine dure du lavabo de la salle de bain, car il n’était pas sûr de pouvoir se tenir seul, debout sur ses jambes. Len pinça le bout de son gland, passant sa langue dans la fente tout en faisant rouler les boules de Ted dans la paume de sa main gauche.

— Oh… Putain… Vachement bon !

Ted n’avait jamais été très bavard pendant les rapports sexuels, mais les mots dégringolaient de ses lèvres. Son cerveau était encore suffisamment clair pour qu’il ressente une vague soudaine d’embarras devant son manque de contrôle, mais le plaisir apparent sur le visage magnifique de Len fut tout ce qui lui était nécessaire pour oublier son contrôle et juste se laisser aller.

Len glissa un de ses doigts dans sa bouche alors qu’il continuait à lécher la queue de Ted à son rythme, avant de passer derrière ses boules et d’appuyer sur l’anneau serré de muscles. Ted gémit comme il enfonçait juste le bout de son doigt à l’intérieur. Ses balles se resserrèrent et il se mit à haleter.

— Oh, merde ! Je vais jouir.

Len le libéra de sa bouche et Ted éjacula violemment sur la poitrine lisse de son amant. Son corps tremblait sous la force de son orgasme alors qu’il penchait la tête en arrière, seulement pour sentir la bouche de l’acteur sur son cou.

— Je veux te baiser, déclara Len. J’ai eu envie de faire ça depuis toujours et je ne pense pas que je pourrais le supporter une seconde de plus.

— S’il te plaît, oui, haleta Ted, se retournant avec impatience pour présenter son cul à Len.

— Ce truc va aller ? demanda Len, indiquant à Ted le tube de crème après-rasage et un préservatif.

Ted avait complètement oublié la crème. C’était bien pour ça qu’il était initialement venu dans la salle de bain, non ? Pour lui donner la crème ?

— Non. Rien qui ne puisse dégrader le latex.

Merde ! Il passait pour un geek complet !

Len sembla ne pas s’en préoccuper, puisque les murs de la salle de bain renvoyèrent l’écho de son rire.

— Assez bon pour le manger ? murmura-t-il de manière séductrice dans l’oreille de Ted, répétant ce qu’il lui avait dit à propos de l’huile de prérasage. Je pourrais essayer ça. Mais pour l’instant…

Il étala de la crème sur ses doigts, en enfonça un dans l’entrée de Ted, puis le pressa à l’intérieur. Cela faisait des mois que Ted n’avait pas été avec quelqu’un. Le doigt de Len était si agréable, qu’il ferma juste les yeux et se mordilla la lèvre inférieure.

— Bon ?

— Mon Dieu, oui !

Ted sentit un deuxième doigt le pénétrer et il écarta plus largement ses jambes et cette fois, Len effleura sa prostate.

— Oh, putain, oui ! siffla Ted.

Len lui lécha le cou alors qu’il enfonçait un troisième doigt, atteignant de nouveau son point sensible et mordillant le lobe de son oreille lorsqu’il pressa ses doigts à l’intérieur.

— Tu es prêt pour moi, bébé ? gronda Len à son oreille.

— J’étais prêt pour toi hier, s’entendit Ted répondre, bien que maintenant, il ne rougisse plus en le disant.

Quand quelqu’un avait ses doigts dans votre cul, tout devenait flou et, en quelque sorte, vous empêchait pratiquement de penser alors que votre corps tout entier criait son désir de se faire baiser, vous vous fichiez de savoir si ce que vous disiez ou non était boiteux.

Ted entendit la déchirure du sachet contenant le préservatif. Un instant plus tard, Len se pressa contre son cul. La grande, belle queue de Len Golden était plaquée contre son derrière !

« J’emmerde la cérémonie des Oscars, pensa Ted, c’est mille fois mieux ! »

Len n’hésita pas. Il enfouit sa queue à l’intérieur de Ted d’une seule longue poussée. Il le regarda dans le miroir pour voir ce visage parfait derrière lui, pour s’assurer que tout ceci était réel et que cet homme magnifique avait envie de lui. Théodore Harold Aaronson. Il savait que c’était la chose d’une seule fois, que demain, ils seraient de retour à leurs rôles respectifs en tant que star de films d’action et expert en maquillage, mais il s’en fichait. Il profiterait de cet instant aléatoire où leurs deux chemins s’étaient croisés et il s’en souviendrait pour très, très longtemps.

— C’est si bon, murmura Len alors qu’il s’enfonçait à nouveau. Si sacrément bon.

Sa main trouva l’un des mamelons de Ted et le fit rouler, posant son autre main sur ses hanches afin de le stabiliser. Entre chaque poussée, Len le mordillait de façon ludique entre ses épaules et son dos, le dégustant.

— Tu ne sais pas à quel point j’avais envie de faire ça.

Ted entendit les mots, mais ne voulait pas vraiment y croire. C’était agréable de les entendre, cependant.

Il siffla lorsque Len pinça ses mamelons plus fort, s’arrêtant pendant une fraction de seconde entre ses mouvements comme il s’assurait que Ted en profitait encore. À chaque fois, son souffle se trouvait au niveau de son oreille, lui envoyant des frissons le long de sa colonne vertébrale.

— Je ne pense pas que je vais pouvoir me retenir plus longtemps, l’avertit Len.

Pour l’instant, Ted se retenait au lavabo comme si sa vie en dépendait et sa queue était dure à nouveau.

— Jouis avec moi, bébé. Touche-toi.

Len frémit lorsqu’il éjacula. Il ne fallut que quelques caresses à Ted et il le suivit. Ils étaient tous deux haletants, le corps en sueur, collants. Len attrapa Ted en passant ses bras autour de sa poitrine et l’attira plus près, le tenant contre lui alors qu’il continuait de trembler.

— Dieu, Ted ! C’était foutrement incroyable.

Il lui fit tourner la tête et l’embrassa sur la joue, ses doigts caressant ses cheveux, son souffle chatouillant son cou.

— Si incroyable. Je ne peux pas croire que j’ai trouvé…

— Len ? Len ?

— Oh, merde ! C’est Margie.

Ils se figèrent tous les deux.

— Ta gestionnaire ?

— Adjointe. Et pénible avec ça…

— Lenny ? Lenny ! Zut, j’aurais cru qu’il y aurait quelqu’un ici.

Les deux hommes se séparèrent brutalement. Le cerveau de Ted hurla qu’ils ne pouvaient pas la laisser les trouver comme ça. Cela pourrait ruiner leurs carrières. Bien sûr, à peu près l’ensemble de cette industrie savait que Ted était homosexuel, mais être pris en flagrant délit dans une telle position non professionnelle… Et Len… Ted ne pouvait même pas penser à ce qui pourrait arriver à sa carrière si cela venait à s’ébruiter. Bien sûr, Marjorie était son assistante, mais n’importe qui pouvait être acheté avec suffisamment d’argent. Et cela ferait une sacrée bonne histoire pour certains tabloïds à ragots.

— Je me souviens d’elle.

Ted essaya de ne pas montrer son visage alors qu’il s’essuyait le visage et se nettoyait avec une serviette en papier avant d’enfiler son pantalon. Len jeta le préservatif usagé dans les toilettes et retourna à ses vêtements.

— Elle fait cet effet sur les gens. Je l’ai envoyée à la maison sur la plage pour aller chercher mon iPod.

Ted avait l’air confus mais Len se contenta de sourire et ajouta :

— Je l’ai fait exprès. J’espérais avoir un peu de temps seul avec toi.

Il attira Ted à lui et l’embrassa.

Le maquilleur n’était pas du tout certain de savoir comment prendre ça – il savait que Len ne devrait pas se montrer aussi négligent, en particulier pour une baise unique dans une salle de bain – mais il n’avait pas vraiment le temps d’y penser. Une minute plus tard, Len sortait de la pièce.

— Désolé, Margie. Ted et moi faisions une pause, l’entendit-il dire.

Ted remit son tee-shirt et fit de son mieux pour remettre ses cheveux en place avec ses doigts. C’est alors qu’il remarqua le tube de lotion après-rasage, posé sur le bord du lavabo. Len n’avait pas eu l’occasion de l’appliquer sur son visage.

 

***

 Chapitre 3

 

Les deux semaines suivantes furent consacrées au travail sur les prothèses pour l’alien, alter-ego de Len. Ted n’avait pas besoin qu’il soit physiquement présent pour faire son travail, si bien que la vie redevint normale. Enfin, relativement normale car il lui était difficile d’oublier Len, surtout depuis que chaque minute de chaque jour était remplie de visions de lui, du moment où Ted s’était penché sur lui pour faire le moule de son visage, ou de la fois où la queue de Len avait rempli son cul.

À la fin de la première semaine, l’atelier dans lequel Ted travaillait se trouva rempli avec une douzaine d’autres maquilleurs et assistants, sous sa direction. Il lui restait à peine assez de temps pour dormir et encore moins pour repenser à ce qui s’était passé avec Len dans la salle de bain.

Le tournage débuta le lundi, à la suite d’un long week-end passé à faire les changements de dernière minute que le metteur en scène avait demandé. Près de deux douzaines de tables de maquillage avaient été installées le long d’un mur de l’immeuble avec plusieurs zones privées et d’autres réservées aux costumiers des stars du film.

Ted n’avait pu dormir qu’environ trois heures la nuit précédente, mais il s’en moquait. Il aimait cette partie du processus. Au moment où il allait monter dans l’ascenseur pour descendre dans le petit bureau de son studio où il avait passé la nuit sur un lit de fortune, il en était à sa troisième tasse de café et planait à haute altitude à cause de la caféine. Il y avait beaucoup de nourriture là-bas – un grand buffet se tenait à l’écart, près de l’entrée principale. Il attraperait quelque chose plus tard, après qu’il ait terminé son travail préliminaire sur Len.

Tina travaillait déjà. Elle avait ordonné à deux des autres employés de Ted de préparer les tables de maquillage et avait affiché un grand calendrier sur le mur afin que les acteurs soient prêts au moment où le metteur en scène prévoyait de les faire jouer leurs scènes.

Premier avant tout le monde, bien entendu, se trouvait Len. Son maquillage était le plus compliqué. Ted avait fait une maquette d’après le moule de son visage durant tout le week-end. Même avec sa main experte, il lui faudrait au moins quatre heures pour le transformer en seigneur de guerre alien. Ted n’était pas sûr de savoir ce qu’il ressentait à ce sujet. Il voulait revoir Len, mais ils ne s’étaient pas reparlés depuis le fameux jour, dans la salle de bain.

« Tu aurais pu l’appeler ». Ce n’était pas la première fois qu’il y pensait, mais lire des articles à propos des femmes magnifiques avec lesquelles Len avait soi-disant des aventures dans les colonnes de différentes revues, n’avait pas donner à Ted suffisamment confiance, non plus.

— Bien sûr que je souhaiterais être Shari Lane, avait soupiré Tina lorsqu’elle avait repéré le mannequin qui se tenait aux côtés de Len. Je pourrais parfaitement m’habituer à m’accrocher au bras musclé de ce grand type.

D’après l’expression emplie de luxure qu’elle avait eue, Ted avait douté qu’elle voulait parler vraiment de ce genre de bras à propos de Len.

Au moment où Len se montra, vers six heures du matin, le manque de nourriture et trop de caféine faisaient que Ted était une boule de nerfs.

— Hey, Ted.

La voix de Len était claire et gaie. Si l’heure matinale de son maquillage l’ennuyait, il le cachait bien.

— Salut.

Ted ne rencontra pas le regard de Len, fouillant à la place dans quelques-uns des tiroirs de sa table de maquillage, faisant semblant de les organiser. Ils n’avaient nullement besoin d’être réarrangés. Tout était parfait. Ted les avait vérifié une demi-douzaine de fois depuis qu’il attendait l’arrivée de Len.

— Je t’ai apporté le petit déjeuner, dit Len.

Ted, finalement, releva les yeux et le regarda qui tenait un sac en papier blanc.

— Des câpres en plus et une rondelle de citron.

Le cœur de Ted se mit à battre si fort contre ses côtes qu’il était pratiquement sûr que Len pouvait l’entendre.

— Merci, fut tout ce qu’il réussit à dire en prenant le sac.

— J’ai déjà mangé le mien en venant. J’ai pensé que tu serais sur un timing très serré et que si je mangeais, cela t’aurait ralenti. Peut-être que demain, je pourrais venir quelques minutes plus tôt et nous pourrions prendre le petit déjeuner ensemble.

« Venait-il de vraiment dire cela ? » Ted posa le sac en papier sur la table et essuya ses mains moites sur son jean. Cette journée allait être extrêmement difficile s’il ne réussissait pas à se reprendre.

— Je… J’aimerais ça, balbutia-t-il.

Le sourire de Len était parfait. « Tout, à propos de cet homme est parfait », se rappela Ted alors qu’il sortait le bagel et en prenait une rapide bouchée.

— J’ai essayé de te joindre la semaine dernière, dit Len alors que Ted mâchait, mais tu ne m’as jamais rappelé.

Ted s’étouffa. Len se tenait près de son siège à la seconde suivante, lui tapotant le dos.

— Tu vas bien, Ted ?

Avec ses yeux larmoyants et son visage rouge à force de tousser, Ted ne pouvait que hocher la tête.

— Désolé, déclara Len avec une expression honteuse. J’aurais dû me douter que tu ne voudrais pas que je t’appelle.

— Quoi ?

La voix de Ted était rauque alors qu’il le regardait, sous le choc.

« Comment pouvait-il même penser qu’il ne voulait pas qu’il l’appelle ? ».

— C’est juste que j’avais espéré, après… eh bien…

Il fit une pause et sourit timidement.

— … Après l’autre jour, que toi et moi pourrions…

— Tu m’as vraiment appelé ?

Pendant un moment, Len le regarda comme s’il ne comprenait pas les mots de Ted.

— Je… Eh bien… ouais, dit-il finalement. J’ai en quelque sorte, soudoyé ton assistante pour qu’elle me donne ton numéro. Tina ?

Le cerveau de Ted, qui s’était figé pendant les dix dernières minutes sous l’effet de l’angoisse, se relâcha enfin.

— Merde. Je veux dire… Quel numéro t’a-t-elle donné ?

Len lui donna le numéro et Ted comprit enfin.

— C’est celui de mon téléphone à la maison, dit-il à Len qui avait l’air complètement confus. Désolé, dit-il en se morigénant tout seul. Je n’ai pas vérifié mes messages là-bas récemment. Je suis resté à Hollywood pour le dernier rush avant le début du tournage – j’ai une espèce de petit cagibi avec un lit, à côté. C’est juste que cela m’aurait pris trop de temps pour aller jusqu’à Long Beach et en revenir. Tel que je suis, je n’ai pas dormi plus de quatre heures par nuit depuis une semaine.

— Oh !

L’expression de Len était à présent, pleine d’espoir.

— Alors, cela veut dire que nous pouvons faire quelque chose ensemble ? Peut-être que tu pourrais me rejoindre pour dîner chez moi, à la maison sur la plage, ce soir, après le tournage ? Sauf si tu penses qu’il ne soit trop tard, bien sûr.

— Non… Je veux dire oui, j’aimerais vraiment ça. Mon assistante peut nettoyer après le tournage. C’est seulement le travail de préparation qui me retient si tard ici.

Venait-il juste d’obtenir un rendez-vous avec Lenny Golden ? Lenny venait-il juste de le lui demander de sortir ?

Len sourit à nouveau.

— Super. Mon chauffeur pourra te ramener par la suite, si tu as besoin de revenir ici.

Ted était presque sûr qu’il ne reviendrait pas ce soir. Ou du moins, il espérait ne pas s’endormir sur ce putain de lit.

 

***

 

Chapitre 4

 

Ils s’assirent à une table sur la terrasse du cottage en bord de mer de Len, un modeste deux-pièces à Cape Cod. Ted avait imaginé que ce serait une monstruosité tout de verre et de béton, mais avait été agréablement surpris de découvrir la petite maison avec ses bardeaux gris et ses volets blancs, cachée au milieu des dunes. Il était instantanément tombé amoureux de l’endroit, avec ses meubles confortables et usés, ressentant une sensation de confort. Cela lui rappelait sa maison de Long Island.

Le dîné avait été un repas simple de steaks grillés, de salade et de pommes de terre que Len avait lui-même préparé. Bien qu’ils aient fini de manger il y avait de ça près d’une heure, ils continuaient de parler autour d’une seconde bouteille de vin corsé d’un Sonoma Pinot Noir. Entre le vin et le grondement doux de la marée, Ted trouva qu’il était facile de se détendre, d’avoir une conversation confortable et paisible. Il trouvait que Len avait étonnamment les pieds sur terre, charmant avec un bon sens de l’humour, un peu caustique, et un esprit vif. Pour la première fois, Ted avait oublié qui était Len et appréciait simplement la compagnie de l’autre homme. Len se leva et contourna la table pour lui verser un autre verre de vin, terminant ainsi la deuxième bouteille. Ted frissonna, réalisant qu’il se tenait debout derrière lui.

— Merci, dit-il.

— Pas de quoi. Je peux en ouvrir une autre, si tu veux.

— Je ne parlais pas du vin. Je tenais à te remercier pour cela. Ted hésita. Pour le dîner.

Pourquoi se sentait-il toujours aussi maladroit auprès de Len ? Ce n’était pas comme s’il n’avait jamais parlé à une célébrité auparavant. Pour la plupart d’entre elles, il serait heureux s’il n’avait jamais à leur reparler à nouveau. Non, décida-t-il, ce n’était pas sa célébrité qui le mettait si mal à l’aise – c’était Len lui-même.

Il semblait si… vrai.

Une partie de Ted savait ce que les acteurs faisaient – faire croire des choses aux gens à propos d’eux qui n’étaient que simplement des mensonges. Mais il y avait quelque chose de différent à propos de Len, et Ted savait que son instinct était bon. Pourquoi ne pas se faire confiance ?

Il sentit les lèvres de Len sur sa peau à la jonction entre son épaule et son cou. Il frissonna. Durant tout le dîner, il avait réussi à ignorer les faibles vibrations de désir que Len avait suscité en lui. Mais après trois verres de vin et un délicieux repas, sa maîtrise de lui avait peu à peu disparu et la pensée d’avoir des relations sexuelles avec Len bourdonnait dans son cerveau. Il remua sur son siège, se repositionnant à cause de sa bite qui durcissait.

— Tu viens à l’étage ? demanda Len en léchant une ligne qui remontait jusqu’à son oreille.

— Bien sûr.

Comme s’il allait dire non ! Cela avait été hot dans la salle de bain, peut-être même le sexe le plus hot que Ted avait jamais eu. D’accord, c’était sans aucun doute, le sexe le plus chaud qu’il avait jamais eu. Mais à la pensée de pouvoir y aller lentement, d’explorer le corps splendide de Len, des lèvres et de la langue de Len explorant son corps… c’était encore plus hot.

Il prit la main que Len lui offrait et ils gravirent l’escalier montant à l’étage. Ted ne pouvait pas s’empêcher de remarquer toutes les petites aquarelles sur les murs de chaque côté de l’escalier représentant l’océan et la côte.

— Elles sont belles, dit-il en s’arrêtant pendant un moment pour admirer le travail. Où les as-tu trouvées ?

— Ma mère les a peintes. C’est le port de Port Jefferson, pas très loin de chez moi. Et celui-ci, il montra du doigt la représentation d’un port avec une centaine de petits voiliers, c’est une régate à laquelle mon père a participé.

— Je ne suis jamais monté sur un bateau.

Ted était un peu honteux de l’admettre d’autant qu’il avait grandi à vingt minutes de l’océan.

— J’aimerais t’emmener naviguer. J’ai un petit voilier que je garde à quelques kilomètres plus bas sur la route. Je ne l’utilise pas souvent, cependant.

— Trop occupé ?

— Nan. Je n’ai encore trouvé personne avec qui je voulais naviguer avec.

Len épingla Ted contre le mur et s’en prit à son oreille, puis glissa sa langue entre ses lèvres. Ted gémit.

— Allez, dit Len en souriant, mettant son bras autour de sa taille et le guidant jusqu’à la chambre à coucher.

— Jolie, déclara Ted, élogieux lorsque Len alluma la lumière.

La chambre était, comme la plupart de la maison, simplement décorée dans de doux tons de verts et de bleu océan. Le lit king size occupait la plupart de l’espace, mais les portes fenêtres conduisaient sur un petit balcon donnant sur la plage. Les rideaux et les portes étaient ouverts pour le moment, permettant au souffle d’une brise fraîche d’entrer, apportant avec elle une odeur saline.

Len s’assit sur la courtepointe moderne, cousue main, qui couvrait le lit et tapota la place à côté de lui. Ted expira lentement avant de le rejoindre.

— J’adore cet endroit, déclara Ted. C’est tellement… paisible.

— Merci. J’ai tout décoré moi-même. Len dut voir la surprise de Ted car il ajouta : J’ai utilisé les services d’un décorateur pour mon appartement de Los Angeles. Je déteste cet endroit, mais je ne voulais pas que la presse vienne ici pour des entrevues et autres trucs. Seuls mon agent et Margie connaissent cette maison. Len passa un bras autour des épaules de Ted et se pencha vers lui. Je suis vraiment content que tu sois là ce soir.

— Moi aussi.

L’expression de Len était difficile à déchiffrer, surtout lorsque ses mains attrapèrent le premier bouton de la chemise de Ted qui ne pouvait pas s’empêcher de fermer les yeux pendant que les doigts de son amant effleuraient sa peau à chaque fois qu’il défaisait un bouton pour révéler un peu plus de peau. Lorsqu’il eut fini, il le poussa doucement sur le lit, embrassant son abdomen et faisant rouler ses mamelons entre ses doigts.

— C’est bon ? demanda-t-il.

Ted ne put qu’acquiescer.

— Je sais que tous les gars n’aiment pas ça.

Len retira son tee-shirt, invitant Ted à tendre la main et à toucher sa peau satinée. Il s’allongea à côté de lui et cette fois, ce fut Ted qui poussa Len sur son dos, se mettant à califourchon sur lui.

Il effleura la peau douce de l’acteur. Sans crème pour l’enduire ou le silicone, c’était différent. Elle était lisse au toucher. Le contraste entre sa merveilleuse douceur et les muscles solides était de toute beauté. Cela rappela de nouveau à Ted ses cours avec l’argile, il pouvait s’imaginer sculpter le corps de cet homme, récréer la mémoire de ce contact.

Il déboutonna son jean. Aussi tentant que cela soit de s’arrêter pour juste admirer la beauté physique pure de son torse, Ted avait besoin de voir tout son corps. Il avait seulement entrevu sa queue dans la salle de bain et il voulait le toucher, le goûter, se vautrer dedans.

Il ne lui fallut que quelques secondes pour lui retirer son pantalon et son boxer. Len donna des coups de pied pour éloigner ses vêtements, sans regarder ailleurs et Ted se rendit compte que l’autre homme voulait voir sa réaction – qu’il avait besoin de son approbation.

« Comment pouvait-il même penser que je ne voudrais pas de lui ? ». Et pourtant, c’était là, dans ses yeux.

La queue de Len était longue et gracieuse. Coupée. « Bien sûr, qu’elle l’est », pensa Ted en souriant. Aucun garçon juif respectable de Long Island ne voudrait être non circoncis.

Le souvenir de son passé fit hésiter Ted, ses insécurités remontant à la surface maintenant que la légère ivresse due au vin se dissipait. Il se sentait tellement inférieur face à la beauté de cet homme.

Tout va bien ?

La voix de Len ramena Ted au présent avec un frisson et il comprit que son silence pourrait être mal interprété.

— Tout est merveilleux, dit-il malgré sa peur. Tu… C’est… Tu es beau.

À ses mots, Len se détendit.

— Merci, fut tout ce qu’il dit.

— Lubrifiant ?

Len passa sa main sous l’oreiller et sourit. Il sortit une bouteille et un préservatif et les tendit à Ted.

— Je me sentais seul, dit-il d’une voix rauque et j’avais souhaité que, peut-être, la prochaine fois tu sois ici, avec moi.

Ted sourit d’une joie pure et simple et l’ensemble de ses insécurités restantes s’évaporèrent. Il prit le lubrifiant et le préservatif et les déposa, avant de s’éloigner du lit.

— Où vas-tu… ? commença Len, s’arrêtant rapidement alors que Ted laissait tomber son tee-shirt sur le sol.

« Tu peux le faire », se motiva-t-il comme il se penchait pour déboutonner son jean. Len se redressa sur les oreillers et le regarda avec impatience, attendant qu’il arrache les boutons à la volée et repousse son pantalon sur ses hanches.

— Tu es beau, Teddy.

Les mots le prirent par surprise. Lenny Golden pensait qu’il était beau ?

— Je le pense vraiment.

Ted prit une grande inspiration et fit descendre son caleçon. Il entendit nettement le hoquet de Len, mais avant qu’il ne se retrouve pris dans l’embarras, Len se tenait là, debout devant lui.

— Seigneur, dit Len alors que ses mains exploraient son corps nu, tu n’as aucune idée de combien tu m’excites, n’est-ce pas ?

Ted était sans voix alors que Len continuait à marcher autour de lui, ses doigts caressant amoureusement sa peau. Il était étourdi par son toucher.

— Ta peau est si douce, continua Len, imperturbable. J’aime la manière dont elle est pâle. Ses mains continuèrent leur exploration de son corps, revenant vers le haut pour se faufiler dans ses cheveux. J’aime la douceur de tes cheveux, la manière dont ils retombent devant tes yeux lorsque tu travailles.

Ted pouvait à peine respirer. Était-ce bien Len qui disait toutes ces choses sur lui ?

— Je sais que tu ne me crois pas, Teddy. Alors laisse-moi te le montrer.

Len lui prit ses mains et le poussa en arrière jusqu’à ce que ses cuisses touchent le bord du lit, puis il tira Ted au-dessus de lui. Il prit le préservatif et le roula sur sa queue.

Silencieusement, Ted versa le lubrifiant sur ses mains et le réchauffa entre ses paumes avant d’enduire Len. Il ne regardait pas ailleurs cette fois. Il empoigna Len alors qu’il glissait un doigt en lui, regardant les yeux de son amant s’écarquiller de plaisir.

— Oh, putain ! Tu vas me rendre fou. Je veux être à l’intérieur de toi. Je veux voir ton visage lorsque tu jouis.

Ted s’empala lui-même sur Len. Il prit son temps, juste pour savourer l’expression de bonheur sur le visage de l’autre homme, alors qu’il le montait, une main pressée contre la poitrine musclée alors qu’il montait et descendait. Len prit son érection dans sa main lissée, imitant délibérément ses mouvements, faisant courir son pouce sur le bout de sa queue jusqu’à ce qu’il crie son orgasme. Len le suivit une minute plus tard, son visage affichant une expression aussi sereine que celle que Ted avait imaginé.

— Oui. Oh, bordel, oui !

Len attira Ted contre lui, l’enveloppant, embrassant ses cheveux et son visage. Il n’avait jamais rien ressenti de tel auparavant et cela lui fit peur. Il se sentait faible dans l’étreinte de Len, mais également en sécurité. Il n’avait pas besoin de beaucoup réfléchir pour savoir qu’il était en train de tomber amoureux de Len. Ou peut-être était-ce déjà chose faite.

Plus tard, Ted était allongé dans la semi obscurité avec sa tête sur la poitrine de Len.

— Fatigué ? demanda Len.

— Oui. Mais je n’ai pas sommeil.

C’était difficile de penser à dormir avec Len aussi près de lui.

— Veux-tu rester pour la nuit ?

Ted se redressa sur un coude et abaissa son regard sur le bel homme.

— Tu veux que je reste ?

Len l’embrassa.

— Je le veux depuis longtemps.

— Tu ne me connais que depuis quelques semaines, plaisanta Ted avec un sourire narquois.

— Ce n’est pas vrai. Nous nous sommes rencontrés il y a longtemps. À New York.

— Tu… Tu te souviens de ça ?

Len attrapa Ted et le repositionna à côté de lui.

— Tu pensais que je ne m’en souviendrais pas ?

— Je… Eh bien… Je… Non.

Ted pouvait sentir les vibrations de son rire chaleureux traverser la poitrine de Len.

— Je savais qui tu étais à la minute où je t’ai vu au studio.

— Vraiment ? Je ne pensais même pas que tu m’avais remarqué à l’époque.

— Je t’avais remarqué. Plus que cela même. Je pense que j’ai dû faire une dizaine de rêves te concernant cet été-là.

— Tu plaisantes.

— Nan. Je me souviens de toi. De ces bottes géniales que tu avais l’habitude de porter. Des tee-shirts en mailles. Des piercings. Des anneaux aux mamelons… Merde ! Tu n’avais aucune idée d’à quel point tu as pu m’exciter.

— Pourquoi n’as-tu rien dit ? À l’époque, je veux dire ? Je ne pensais même pas que tu avais remarqué que j’existais.

Ted était stupéfait, complètement incrédule.

— J’avais dix-neuf ans et venais de comprendre que j’étais gay. Je ne savais pas quoi penser. Je t’ai évité.

— Tu m’as évité ?

Ted était assis maintenant, sa bouche légèrement entrouverte.

— Je suppose que j’étais bon acteur, même à l’époque. L’expression de Len était mélancolique. Il prit une longue inspiration et expira doucement. Je devais l’être. Et j’ai fait des choses dont je ne suis pas très fier. Je me disais que c’était pour ma carrière.

— Hollywood n’ouvre pas exactement grand ses portes aux acteurs gays, convint Ted. J’ai de la chance. Personne ne se préoccupe du fait que le maquilleur puisse être un pédé.

Len grogna.

— Ils s’inquiéteraient probablement si ce n’était pas le cas.

— Donc le top-modèle avec lequel tu étais sur la photo… ?

— Une idée de mon agent. Mais c’est juste pour la galerie… du moins jusqu’à maintenant. J’ai arrêté de coucher avec elles il y a plusieurs années. Je me sentais comme une véritable merde de les utiliser comme ça. Je ne pouvais plus le faire.

Ted déglutit difficilement. Il était pratiquement certain qu’il ne faisait pas « qu’utiliser » les femmes avec lesquelles il avait été, ce qui était la raison pour laquelle il se sentait comme de la merde. La douleur qu’il vit dans les yeux de Len n’était pas feinte. Il se pencha et effleura sa mâchoire de ses lèvres puis l’embrassa.

— Alors, dit Len, reprenant Ted dans ses bras, le faisant rouler afin qu’ils soient face à face. Tu n’as pas répondu à ma question. Veux-tu passer la nuit ici ?

Ted murmura « oui » et fut perdu alors qu’il embrassait de nouveau Len.

 

***

Chapitre 5

 

Treize mois plus tard

 

Ted tira sur le col raide de son smoking et se décala sur ses pieds. Les journalistes étaient partis, Dieu merci ! Il se tenait en coulisses, attendant. Il patientait depuis une bonne heure maintenant, espérant que quelqu’un puisse lui dire ce qu’il devait faire, mais à chaque fois qu’il le demandait, ils se contentaient de hausser les épaules et de disparaître dans le chaos. Il ne savait pas s’il devait retourner à son fauteuil.

« Probablement pas », pensa-t-il, soulevant la statuette de bronze et la regardant. Il n’avait jamais vu personne s’asseoir au milieu du public, tenant un Oscar entre ses mains, lorsqu’il avait regardé la cérémonie des Oscars quand il était gamin.

Quelques minutes plus tard, il y eut une vague de mouvements à la porte de la petite salle.

— Teddeeeeee ! cria Tina, jetant ses bras autour de lui et l’embrassant sur la joue. Nous avons réussi !

Il n’allait pas lui rappeler que c’était son maquillage qui leur avait fait gagner l’Oscar.

« Laisse-la en profiter. Elle a certainement contribué à ton succès ».

— Et maintenant ? demanda-t-elle quand il ne répondit pas.

— Aucune idée. Je suppose que nous devons tout simplement flâner dans les coulisses et voir qui sont les autres gagnants ?

C’est ce qu’ils firent, se rendant dans une grande salle contenant un grand écran plat, non loin de la scène. Trop tard, semblait-il, pour attraper l’annonce du Meilleur Acteur.

— Oh, non, s’écria Tina. Nous l’avons raté !

Plusieurs des occupants de la pièce leur jetèrent un regard noir. Ted prit Tina par la main et l’entraîna dans le couloir, à quelques mètres de l’endroit où les gagnants étaient pris en photos et répondaient à des interviews de la presse. Une grande foule s’était déjà rassemblée là, mais Tina le tira vers elle, poussant tout le monde jusqu’à ce qu’ils se tiennent à quelques mètres de l’objet de l’intérêt de la presse. Il n’y avait pas à se tromper sur les cheveux bruns, ni même à le confondre avec la tête de quelqu’un d’autre.

Il a gagné !

Ted avait espéré et prié pour ça. Il savait à quel point Len avait travaillé sur le film et avait vu à quel point l’homme avait été incroyable. Il était tellement soulagé de voir que d’autres acteurs l’avaient également remarqué.

Tina le traîna en avant, poussant quelques personnes en cours de route, afin de se positionner à l’avant de la foule.

— Félicitations, articula Ted, lorsqu’il attrapa les yeux de Len.

Ces yeux magnifiques ! Pendant six semaines, ils avaient vécu ensemble à la maison de la plage, puis Len était parti sur le tournage d’un nouveau film en Amérique du Sud, et Ted n’avait pas encore pris l’habitude de se réveiller sans ce regard posé sur lui. Même maintenant, il sentit son corps répondre.

— Tina, dit-il à son oreille, nous devrions vraiment y aller.

Len et lui avaient fait tellement d’efforts pour éviter l’attention des médias, qu’il n’allait pas risquer sa couverture maintenant alors qu’il était enfin reconnu pour l’acteur exceptionnel qu’il était.

— Non, dit-elle, son expression soudain sérieuse. Restez ici. Vous devez rester ici.

Ted était sur le point de protester à nouveau lorsqu’il remarqua qu’elle échangeait un clin d’œil avec Len.

— Tina, je pense vraiment… commença-t-il, mais avant qu’il ne puisse finir de parler, Len se dirigeait vers lui.

— Prêt à faire les gros titres ? lui demanda-t-il à voix basse pour que seul Ted puisse l’entendre.

— Je… Quoi ? Ted rechercha Tina pour lui demander de l’aide, mais elle lui adressa un sourire en retour. Len, que se passe-t-il ?

La réponse de Len fut de le prendre dans ses bras et de l’embrasser. Pas une bise amicale sur la joue, même pas un bref baiser sur les lèvres, non, le genre de baiser qu’il l’avait vu utiliser avec les femmes. Le genre de baiser qui se répercuta jusqu’au bout de ses orteils et les fit se recourber avec désir. Le genre de baiser qui…

— Monsieur Golden ! Monsieur Golden !

Les reporters semblaient tous crier en même temps. Le cerveau de Ted n’était pas encore revenu à sa place, mais Len, toujours professionnel, était tout sourire devant eux.

Mesdames et Messieurs, dit Len en posant son bras autour de Ted en commençant à marcher en direction des vestiaires, j’ai une petite célébration à fêter. Je vous promets de vous raconter toute l’histoire. Mais pas ce soir.

Il embrassa un Ted stupéfait encore une fois, prit ensuite la statuette de ses mains et la tendit à Tina ainsi que la sienne, avant de le diriger vers une loge et de refermer la porte derrière eux.

— Quoi… Je veux dire, quand… Merde, Lenny, tu avais prévu ce truc depuis longtemps, n’est-ce pas ?

Le sourire malicieux sur le visage de Len indiquait la réponse que Ted attendait.

— Je te l’ai dit, Teddy. J’en ai assez de ces conneries. J’espérais que tout se passerait de cette façon, mais lorsque je t’ai rencontré, j’ai décidé de le faire, même si je ne gagnais pas.

— Et Tina ?

Ted mit ses mains sur ses hanches et fronça les sourcils.

— Eh bien, je lui ai demandé si elle pensait que tu serais d’accord avec ça.

— Et tu l’as crue ?

Le visage de Len se tendit soudain.

— C’est le cas, n’est-ce pas ? D’accord ? Je veux dire, tu es connu en tant que tel, nous sommes ensemble, et…

Ted l’embrassa.

— Oui, espèce d’idiot ! Bien sûr que je suis d’accord avec ça. C’est juste que… Je ne sais pas… Je n’ai jamais pensé…

— Oh, merde ! Je suis tellement désolé, bébé, j’ai pensé que c’était ce que tu voulais…

— Tu as foutrement raison, c’est ce que je voulais !

Len le regarda interloqué par la violence de la réaction de Ted.

— Bien sûr que je voulais ça. Je n’ai aucune idée de pourquoi tu veux de moi, mais putain, je ne suis pas un idiot.

Cette fois, c’était au tour de Len d’avoir les yeux embués par l’émotion. Il attira Ted contre lui et le prit dans ses bras puissants, appuyant sa tête contre sa large poitrine.

— Teddy, dit-il et sa voix se brisa, n’as-tu pas encore compris ? Je t’aime. Toi. Teddy Aaronson. Celui qui pense qu’il est un geek, mais qui est le gars le plus sexy que j’ai jamais rencontré. Le gars qui vient juste de gagner un putain d’Oscar parce qu’il est le meilleur ! Je t’aime. Moi. Lenny Goldberger. Né à North Shore et y a grandi. Je t’aime, Teddy.

— Mais…

— Je n’ai pas changé, poursuivit Len, tenant Ted dans ses bras, de telle sorte qu’il n’ait pas d’autre choix que de regarder son amant dans les yeux. Je suis toujours le gamin d’à côté qui se faisait battre à l’école. L’enfant qui n’aurait pas fait d’études supérieures si cela n’avait pas été pour Monsieur Pintsky, le professeur d’art dramatique. Le gamin que tu as connu lors d’un été et qui était trop timide pour te parler durant toutes ces années. Le crétin qui a finalement compris en quoi il était bon. C’est moi, Teddy ! Je suis toujours là. Et je veux de toi. Bien plus que tu ne peux l’imaginer. Et même si tu ne m’aimes pas, c’est d’accord, parce que je peux attendre aussi longtemps que tu le veux et…

— Je t’aime, Lenny.

Il ferma les yeux alors que Ted l’attirait plus près.

— Mais ce que tu as fait ce soir…

— Cela peut me faire perdre quelques rôles, admit Len. Mais la plupart des gens qui frappaient à ma porte… seront encore là demain. Tu seras là demain, n’est-ce pas ?

Ted renifla.

— Sois maudit ! Oui, bien sûr. Tu vas me faire pleurer. Je ne pleure jamais !

— Eh bien, es-tu prêt pour aller fêter ça, alors, bébé ?

— Es-tu sérieux ?

Ted s’éloigna de Len et le regarda comme s’il avait perdu l’esprit.

— Tout à fait. Il est temps que le monde rencontre le vrai Len Golden et son magnifique partenaire.

Ted voulut protester, mais il n’y avait pas moyen lorsque Len lui souriait comme ça.

— D’accord.

Ted imaginait que la presse devait les attendre comme des piranhas, le regardant comme s’il était le dîner.

Cela va bien se passer. Je serai avec toi à chaque étape du chemin, déclara Len. Laisse-moi faire. Tu restes juste près de moi et je t’assure que tout va bien se passer. Je t’aime, tu te souviens ?

« Et que pouvez-vous répondre à ça », pensa Ted avec un hochement désabusé de la tête. Excepté : « Coupez. C’est dans la boîte ! »

FIN

 

 

 

[1] La présence de puits de goudron a permis de découvrir des animaux conservés dans ce matériau. L’asphalte (familièrement nommé goudron) est lentement remonté jusqu’à la surface terrestre de cette région sur une période de plusieurs dizaines de milliers d’années, formant des centaines de mares gluantes qui emprisonnèrent animaux et plantes ayant commis l’imprudence de s’y aventurer. Au cours du temps, l’asphalte fossilisa leurs restes. Il en résulte une collection incroyablement riche de fossiles datant de l’époque de la glaciation du Wisconsin.

 

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